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Politique

Tournant sécuritaire

Bordeaux. La majorité municipale veut « plus de bleus dans nos rues », la droite applaudit et surenchérit

Ce mardi 12 juillet, à l'occasion du Conseil municipal de la ville de Bordeaux, le maire EELV et son adjoint ont présenté la nouvelle stratégie territoriale sur la sécurité. Voulant "plus de bleus dans nos rues", la mairie écologiste de Bordeaux opère un tournant sécuritaire important pour la capitale girondine. Un plan applaudi des deux mains par la droite et face auquel on ne peut rester les bras croisés.

lundi 18 juillet

Crédit photo : Twitter mairie de Bordeaux

Ce mardi 12 juillet, la majorité du Conseil municipal de Bordeaux, menée par le maire EELV Pierre Hurmic, présentait sa nouvelle feuille de route sur la sécurité. S’appuyant sur les dernières agressions de l’extrême droite, notamment lors de la Marche des Fiertés et dans le quartier Saint-Michel, mais également le règlement de compte récent du responsable régional du Rassemblement national, le maire de Bordeaux justifie ainsi son revirement en matière de sécurité par une « une inquiétude sur quelques faits de dégradation mais aussi une recrudescence des violences verbales et physiques ». La veille d’abord dans SudOuest, puis au Conseil Municipal, il se félicite de sa feuille de route proposée par les délibérations à l’ordre du jour : « Trop angélique pour les uns, trop répressive pour les autres, cela me conforte dans le sens qu’elle est équilibrée  ». Au lendemain de l’hommage rendu à la police nationale à Mérignac présidé par la Préfète Fabienne Buccio, Hurmic, par ses propositions de renforcement des moyens de répression, satisfait la droite du Conseil Municipal qui attendait ce tournant de longue date.

"Sanctions et répression" : une politique autoritaire ouvertement assumée par EELV et ses alliés

C’est Amine Smihi, au poste clef d’adjoint au maire chargé de la tranquillité publique, de la sécurité et de la prévention, qui présente la feuille de route précédée par quelques mots d’introduction du maire écologiste. Pour l’adjoint au maire, le phénomène de métropolisation en lien avec la « crise de croissance » que connaît Bordeaux depuis 2015 nécessite de « rehausser l’ensemble des dispositifs de sécurité et prévention  ». Sa première priorité : « renforcer les moyens et effectifs de la police municipale et de tranquillité publique  » : sans surprise, et dans la droite lignée des premières mesures de la mairie au début de son mandat qui consistaient au renforcement de la police municipale, la majorité municipale assume complètement son tournant sécuritaire.

Au menu, plus de flics, et plus de fric pour les flics : « nous sommes passés de 215 agents municipaux en juin 2015 à 236 en 2022 » se félicite Amine Smihi au Conseil. S’inscrivant dans la continuité de la première mesure prise par le maire lors de sa prise de fonction en augmentant les effectifs de policiers municipaux, la majorité propose une augmentation de 15% des effectifs, à raison de 10 agents supplémentaires par an sur le mandat. Pour rendre la ville « attractive » pour les policiers, l’arsenal est déployé sur tous les terrains : extension et réaménagement des locaux, revalorisation salariales, augmentations des indemnités, restructuration des brigades... ce sont les maîtres mots de l’adjoint, qui annonce que plusieurs brigades à vélo, de circulation, et cynophile (brigades canines) sont mises en place ou en cours de l’être. Dès septembre, les bordelais devront s’attendre à voir plus régulièrement des brigades équestres dans tous les parcs et espaces publics.

Mais la majorité du Conseil ne s’arrête pas là. En plus d’annoncer fièrement la nomination de 140 policiers nationaux sur la ville, Amine Smihi déclare qu’ils ont fait la demande d’une compagnie de CRS à demeure, « pour une présence dissuasive  » précise-t-il. « On veut plus de bleus dans nos rues  » reprend-il de la bouche de Hurmic, tel semble être le nouveau maxime de cette mairie de « gauche ».

D’autre part, dans une deuxième délibération adoptée par le Conseil ce mardi, la majorité du parlement bordelais a présenté la proposition de 33 nouvelles caméras de vidéo-surveillance. Un revirement dont on pourrait s’étonner, puisque Pierre Hurmic s’y opposait pendant sa campagne municipale. Pour justifier ce tournant, Amine Smihi annonce la création d’un comité « éthique » et préfère parler de « vidéo-protection » : un changement de sémantique qui n’enlève rien au caractère de surveillance des caméras de rue.

Coalition EELV-PS-PCF à la majorité de la mairie : vous avez dit "de gauche" ?

Vincent Maurin, maire de quartier de Bordeaux Maritime et militant PCF, explique au Conseil Municipal que face aux réseaux de trafic de drogues, il y a « une réponse policière nécessaire  ». Dans la lignée des vastes opérations menées la semaine dernière au quartier des Aubiers, - le plus pauvre de Bordeaux – l’utilisation des stupéfiants devient un prétexte pour la criminalisation des jeunes de quartiers populaires. C’est d’ailleurs là que l’un des derniers services publics dans le quartier avait fermé, La Poste, et où le maire de quartier s’est félicité du retour... d’un distributeur de billets.

Dans le sens du dispositif Quartier de Reconquête Républicaine lancé en 2018 par le ministre de l’Intérieur d’alors Gérard Collomb, la majorité municipale de Hurmic veut défendre le bilan de leurs opérations dans les semaines à venir, et renforcer la présence policière dans les quartiers des Aubiers, à Chantecrit, mais aussi plus au centre vers Saint-Michel et Saint-Jean – Marne jusqu’à la Victoire.

Ce revirement sécuritaire s’opère dans la droite lignée du renforcement de l’arsenal répressif par le gouvernement Macron. A ce titre, l’adjoint au maire Mathieu Hazouard du groupe socialiste n’a pas hésité à se joindre aux propos de la préfète Fabienne Buccio sur la « noblesse de la fonction des policiers en leur rendant hommage ». Une phrase qu’elle avait elle-même repris de Darmanin qui rendrait hommage aux forces de répression la veille.

"Contents d’avoir le sujet sur la table" : avec la majorité municipale, la droite applaudit et surenchérit

Sans surprise, la droite s’est félicité de ce tournant de la part de la majorité municipale.

C’est l’ex-maire de Bordeaux, Nicolas Florian, du groupe LR, qui chahute Pierre Hurmic : « il aura fallu deux ans pour aboutir à ce début d’action...pendant ce temps là les choses se sont dégradées ». Applaudissant le tournant de la « gauche » municipale, la droite la met en contradiction sur ses propres engagements, dénonçant le caractère tardif de sa feuille de route et faisant des propositions supplémentaires pour aller encore plus loin.

C’est en ce sens que Géraldine Amouroux, du groupe Union de la Droite et du Centre, fait la proposition d’un commissariat supplémentaire dans le quartier Saint-Michel, ainsi que la mise en place de postes de police mobiles, à l’image de Montpellier. Aziz Skalli, conseiller municipal de LREM, se dit de son côté « content d’avoir le sujet sur la table », mais déplore une « banalisation des incivilités et de la délinquance », qui appelle pour lui une « réponse forte : sanction et répression ". Malgré les invectives contre le maire et la surenchère sécuritaire, la droite a voté pour l’ensemble des délibérations à l’ordre du jour.

Ce Conseil municipal, qui sera suivi d’autres dispositions lors du prochain à l’automne et des bilans des dispositifs mis en place depuis le début du mandat de Pierre Hurmic, incarne un véritable tournant en matière de sécurité. Si Pierre Hurmic se défend du « tout répressif », c’est pourtant l’horizon qu’il souhaite installer sur la métropole, augmentant considérablement les moyens et les effectifs policiers. Une politique scandaleuse, qui ne répond en rien aux difficultés des habitants et jeunes des quartiers populaires, si ce n’est par la sanction et l’omniprésence policière sur le terrain. Ces décisions sont aussi dans la droite lignée du silence complice, voire de l’accompagnement, des expulsions de lieux de vie composés majoritairement de migrants, par la mairie depuis son élection. Le vernis vert et progressiste de la première mairie de "gauche" à Bordeaux après l’ère Juppé, tombe petit à petit, révélant toute son hypocrisie. Le groupe EELV-PS-PCF mené par Pierre Hurmic s’inscrit finalement dans les politiques autoritaires et liberticides du gouvernement dont elle se revendique pourtant en opposition.

Alors que les offensives de l’extrême droite permettent à la mairie de légitimer le renforcement de son arsenal répressif et coercitif, il est important de refuser ce virage à droite toute de la mairie, à l’ordre du jour depuis le début de la mandature EELV à Bordeaux. L’ensemble des organisations politiques, syndicales et associatives doivent dénoncer et préparer une réponse conséquente sur le terrain des mobilisations, face à ce virage sécuritaire qui ne va servir qu’à stigmatiser et réprimer encore plus les habitants des quartiers populaires dans une ville en pleine gentrification.



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