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Notre classe

Bordeaux. La préfecture et la mairie expulsent les sans-abris : il faut réquisitionner les logements vides !

Le 14 décembre, un arrêté préfectoral ordonnait l’expulsion d’une trentaine de sans-abris sous le Pont de Pierre sous prétexte de montée des eaux, les déplaçant sur les Quais au niveau des Quinconces sans aucun moyen mis en place pour assurer une alternative de logement à ces derniers.

jeudi 7 janvier

La plupart des sans-abris sont pourtant inscrits au CCAS (Centre Communal d’Action Sociale), en attente de logements sociaux depuis des mois, voire des années, dans une situation de précarité qui s’aggrave d’autant plus avec la crise sanitaire et économique.

Malgré l’image de politiques sociales dont Hurmic veut se vernir, rien n’est fait concrètement pour les plus précaires qui ont perdu leur emploi et se retrouvent par conséquent à la rue parce qu’ils ne peuvent plus payer leur loyer. On compte environ 2 000 sans-abris à Bordeaux. C’est dans cette situation que les associations d’aide aux sans-abris ont mis en place une « aire d’accueil solidaire » où sont installées des tentes.

Les tentes ont été payées par l’association Les maraudes du cœur, mais n’étant pas suffisamment solides et le froid sur les quais étant pire encore que sous le pont, les jeunes bénévoles et Estelle Morizot, présidente de l’association, ont donc décidé de déplacer à la plaine des sports pour construire des cabanes à l’aide de palettes.

Pendant que les associations essayent de répondre avec difficulté aux besoins immédiats des sans-abris à Bordeaux, l’adjointe au maire Harmonie Lecerf - actuellement chargée du social au CCAS - a tenté un « coup de com’ » pour récupérer à son compte l’initiative. Dans cet article de Sud Ouest, elle revendique d’avoir sollicité les propriétaires de la Grande Roue pour faire un don de 5 000€ à l’association d’Estelle Morizot. Estelle quant à elle déclare à Révolution Permanente que ces mesures restent très insuffisantes :

« La mairie nous a donné 5000 euros mais ce n’est pas suffisant, cela fait plusieurs années que les bénévoles dépensent plus de 30 à 40 euros de leurs poches pour protéger les sans-abris. Rien que pour l’achat des tentes, des couvertures, la nourriture pour les sans-abris du pont de Pierre, sans compter la construction des cabanes, nous en avons eu pour plus de 3 000€. Ce sont par ailleurs les mineurs du Kabako qui ont fabriqué des gants et des bonnets pour les sans-abris du pont de Pierre… »

Comme le démontrent ses déclarations, Harmonie Lecerf n’est effectivement pas préoccupée d’apporter des solutions à la situation des sans-abris mais seulement de les déplacer du centre ville, usant d’une rhétorique réactionnaire qui les stigmatise comme la source de « tensions avec les commerçants et les riverains ». Ensuite concernant le campement solidaire sur les quais, les élus EELV assurent que la mairie « ne les délogera pas de cet endroit et essaie de gérer la situation au mieux … ». Mais une fois de plus ces déclarations d’intention sonnent creuses quand on sait que la Mairie, Hurmic à sa tête, cautionne la politique xénophobe d’expulsion des squats bordelais par la préfète Fabienne Buccio.

Si le maire et les élus ne sont pas directement en capacité d’expulser un squat ou les sans-abris du Pont de Pierre, ils marchent main dans la main avec la Préfecture pour que ces expulsions aient lieu. Si la préfecture peut ordonner ces expulsions, c’est bien parce que les premières mesures d’Hurmic ont été d’augmenter les effectifs de la police municipale à Bordeaux, permettant ainsi d’assurer les expulsions. Ces expulsions mettent des centaines de personnes à la rue comme ça a été le cas pour le squat de Lajonie où Harmonie Lecerf se vantait d’avoir relogé 29 personnes sur 400 qui y vivaient. Pour cette dernière, le problème c’est qu’ « il manque plusieurs centaines d’hébergements d’urgence à Bordeaux », ce qui justifie par conséquent d’abandonner des centaines de personnes à rester sans-abris. Concernant la situation des sans-abris du Pont de pierre, elle déclare donc à 20 Minutes que « la municipalité a ouvert récemment la salle Gouffrand pour mettre à l’abri 17 personnes » alors que 30 personnes avaient besoin d’une solution d’urgence et que la salle a une capacité d’accueil de 230 personnes ! La question du logement aujourd’hui est une urgence pour des centaines de personnes, plongées dans la misère, mais d’autant plus dans le cadre de la pandémie dont la gestion a été totalement erratique : les sans-abris sont particulièrement exposés et vulnérables face au virus.

Pourtant en 2018, 22.262 logements sociaux étaient disponibles rien qu’à Bordeaux et sur 15.346 demandes, seules 1.965 ont été acceptées : Harmonie Lecerf et Laurent Chivallon, qui préside le CCAS depuis 20 ans, laissent donc 13.381 demandes sans réponse, abandonnant des milliers de familles à des conditions de vie précaires et vétustes. Il y aurait largement les moyens matériels de loger tous les sans-abris mais aussi les familles nombreuses qui vivent dans des petits appartements de bâtiments insalubres, car 22.000 logements restent vacants rien que dans la Métropole bordelaise. Ces logements appartiennent en grande partie à la mairie ou à la préfecture, ils sont laissés vacants pour permettre la spéculation immobilière des grands propriétaires fonciers qui font construire 4.500 logements par an à Bordeaux.

Pour répondre à la situation des sans-abris du Pont de Pierre comme de tous travailleurs précaires, des travailleurs étrangers qui vivent dans les squats, des travailleurs licenciés ou au chômage qui n’arrivent pas à payer leur loyer face à l’augmentation des prix de l’immobilier, les 22.000 logements sociaux doivent être mis à disposition par une organisation et un contrôle démocratique de la population et des travailleurs sur leur distribution et attribution. De plus, les 22.000 logements vacants doivent immédiatement être réquisitionnés, ils ne doivent plus servir à la spéculation immobilière des grands propriétaires fonciers mais au contraire aux besoins de la majorité de la population !




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