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Jeunesse

Université Bordeaux Montaigne

Bordeaux. Le Crous ferme un restaurant universitaire : un pas de plus dans la précarité étudiante

Le Crous de Bordeaux a annoncé la fermeture du restaurant universitaire Le Sirtaki sur le campus de l’Université Bordeaux Montaigne. Les 18 000 étudiants de l’Université avaient déjà des difficultés à prendre leur repas, cette nouvelle décision du Crous annonce une rentrée 2022-2023 sous tension et une augmentation de la précarité.

vendredi 15 juillet

Crédits photo : Annuaire Crous

Sur le campus de l’Université Bordeaux Montaigne, à Pessac, ce sont plus de 18 000 étudiants qui sont inscrits, sans compter celles et ceux des autres établissements du campus de Pessac. Ainsi, pour 65 000 étudiants sur tout le campus de Pessac, on trouve 6 structures du Crous pour se restaurer.

Mais en cette fin d’année, les portes du restaurant universitaire (RU) central de l’UBM, le Sirtaki, ont fermé et le Crous entamera des travaux de rénovation cet été. Le Sirtaki était le restaurant universitaire le plus fréquenté par sa centralité géographique au sein du campus, pratique pour les étudiants qui sortent directement de cours et qui n’ont qu’une heure pour manger. Cette année, les files d’attente devenaient interminables… soit les étudiants arrivaient en retard en cours, soit ils préféraient sauter le repas. Le manque de places était déjà sans appel, mais la situation va encore empirer avec la fermeture du Sirtaki.

Mandy, étudiante en licence d’anglais-italien, témoigne : “ça arrivait souvent qu’on saute le repas parce qu’on n’avait pas le temps de jongler ou d’attendre. Parfois on mangeait en cours”. Claire, dans la même promotion que Mandy, réagit elle aussi : “la seule solution pour manger c’était de se rabattre sur les food trucks du campus. Sauf que c’est une mauvaise solution : un sandwich et un paquet de chips à 5€ plutôt qu’un repas équilibré à 1€, voilà ce qu’on nous supprime ! Les RU créent des emplois, s’il n’y a pas assez de places pour les étudiants pour tous y manger le midi, alors c’est important d’avoir plusieurs RU sur le même campus. Et en plus le repas à 1€ nous sauve vraiment parce qu’il y en a qui n’ont pas les moyens de mettre 3 ou 5€ par repas par jour”.

C’est en CFVU de l’UBM le 7 juillet que Romain Cadet, étudiant en Histoire et élu étudiant pour le collectif Le Poing Levé, apprend la fermeture du Sirtaki. A la sortie du Conseil, Romain déclare que “la fermeture du RU va rendre la rentrée catastrophique, et en plus avec l’inflation la précarité va exploser. Le gouvernement et le Crous sont pleinement responsables. Macron avait annoncé son projet d’université payante, une université élitiste de laquelle il faut virer les plus précaires… alors le Crous fait de même, en fermant les RU, ça vide la fac des étudiants qui ne pourront plus manger”.

Ce manque de places est le résultat de la politique menée par le Crous qui a déjà fermé plusieurs RU sur les campus bordelais, les seules solutions mises en place sont l’installation de Food Truck plus chers pour les étudiants. La politique du Crous pousse par conséquent les étudiants vers des situations de précarité, suivant les directives ministérielles de Frédérique Vidal en 2021 qui annonçait la suppression des repas à 1€ pour les étudiants non-boursiers, les faisant payer leur repas 3,30€. L’autre conséquence de cette politique est la suppression des emplois, et là encore les postes vacataires du Sirtaki seront supprimés.

Manger dans les RU est devenu d’autant plus compliqué que le Crous de Bordeaux interdit les paiements en espèces depuis juin 2019, ne laissant la possibilité de payer qu’en étant titulaire d’un compte et d’une carte Izly et qui empêche par conséquent à certains étudiants de bénéficier des tarifs réduits. Cette mesure a pourtant été condamnée par le Tribunal Administratif de Bordeaux en décembre 2020, une décision de justice que le Crous refuse d’appliquer, interdisant toujours en 2022 le paiement par espèces dans ses restaurants.

Ces problématiques ont toutes pour point commun une précarité étudiante grandissante depuis la crise sanitaire et maintenant avec une inflation estimée à 5,8% qui ne sera pas rattrapée par l’augmentation de 4% des bourses étudiantes. En plus de l’inaction du gouvernment, le Crous - établissement sous tutelle du Ministère de l’enseignement supérieur - s’est rendu de nombreuses fois responsable de la situation de précarité des étudiants, en particulier en ce qui concerne le Crous de Bordeaux : insalubrité et cafards dans les résidences étudiantes, interdiction des distributions alimentaires au Village 6, expulsion des étudiants de leur logement Crous

Face au gouvernement et les institutions de l’Etat comme le Crous qui continuent d’appliquer des politiques qui précarisent la jeunesse étudiante et travailleuse, il est urgent de revendiquer un investissement massif dans les universités, comme dans tous les services publics, afin de répondre aux besoins des plus précaires et de toute la population. Celui-ci permettrait de mettre en place d’une part des services de restauration alimentaire à la hauteur des besoins de plus en plus criants, assurant la gratuité des repas et la construction des infrastructures nécessaires pour l’accueil de tous les étudiants. A ces revendications s’ajoute l’embauche massive de personnels et la titularisation de tous les travailleurs et travailleuses du CROUS pour assurer le fonctionnement d’un réel plan contre la précarité étudiante. Là où le gouvernement fait payer la crise aux plus précaires, aux étudiants et jeunes travailleurs entre autres, nous défendons de faire payer la crise aux capitalistes et ainsi financer l’ensemble de nos mesures par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes. Nous exigeons également un revenu à hauteur du SMIC revalorisé à 1800€ pour tous les étudiants, afin d’assurer une vie digne à toutes et tous.



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