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Notre classe

COMPLIQUÉ COMME L’ABC

Bordeaux. Les laboratoires : un autre étage dans l’enfer des CHU

Les laborantins des laboratoires du CHU de Bordeaux Pellegrin, plus précisément à l’Accueil de Biologie Centralisée, vivent un enfer quotidien à cause de la direction. Leur mission consiste à réceptionner plusieurs milliers de bilans médicaux à la journée provenant de patients hospitalisés sur les trois sites que compte le CHU (Pellegrin, Saint-André et Haut l’évêque) ou extérieurs au CHU comme les laboratoires privés allant jusqu’au monde entier.

jeudi 8 août

Le laboratoire du CHU détient la plus grande chaîne automatisée d’Europe appelée le PABIM (Plateau Automatisé de Biologie Médicale). Les agents de l’ABC reçoivent les bilans, les enregistrent informatiquement et les distribuent aux laboratoires des différentes disciplines (Biochimie, Bactériologie, Parasito etc.) à l’aide de pneumatiques ou en les déposant sur la chaîne automatisée.

Parmi eux ce sont des techniciens de laboratoires ayant un BTS, des aides laboratoires avec un CAP en biologie médicale, d’autres ont des maîtrises en biologie ou sont de simples personnes ayant été prises car nul autre ne veut venir y travailler, sa mauvaise réputation n’étant plus à faire… Ils ont entre 19 et 60 ans, certains d’entre eux ont quelques mois d’expérience et d’autres en ont des dizaines d’années.

Chaque jour ils viennent travailler pour un travail intéressant, qui requiert une connaissance certaine en biologie (pas comme un biologiste peut en avoir mais tout de même), ils sont en outre les petites mains qui participent grandement à la conformité des prélèvements et à leur acheminement. En d’autres termes, ils sont la plaque tournante des laboratoires au niveau organisationnel, ce qui est difficile à expliquer même du point de vue de leur hiérarchie qui ne semble pas bien saisir toutes les subtilités qu’ils rencontrent chaque jour. Même ces derniers semblent perdus face à cette multitude d’instructions bien spécifiques que les agents sont conséquemment tenus de connaître.

Malgré cela, un épuisement et un état de fatigue morale se fait ressentir rien qu’à les voir et à les entendre parler. Et il faut bien le dire, leurs nerfs sont mis à rudes épreuves. Le respect de leur profession est bafoué et leur intégrité humaine s’amenuise constamment. La charge de travail quant à elle ne cesse de s’intensifier. Selon leurs dires, ils subissent de la part de certains cadres une forte « pression » psychologique (« pour ne pas utiliser des termes plus juridiques »), leurs faits et gestes sont épiés ainsi que leur temps de parole. Infantilisés, tout est sujet à évoquer une vie de lycée, de collège, de primaire et même de « première année de maternelle ». « Nous attendons patiemment le jour où ils nous rabaisseront au niveau de la crèche » lance l’un d’entre eux. Depuis peu « une boîte à doudous pour portable » (de la propre bouche des cadres) a été mise en place, et une interdiction formelle de parler leur est invectivée. Malgré un travail éprouvant les temps de pause sont chronométrés à la minute près, sous peine d’être humiliés au vu et au su de tous.

Là aussi, l’automatisation de l’outil de travail amène à la perte de l’emploi. Ainsi pour certains, après plusieurs dizaines d’années de bons et loyaux services au sein de la fonction publique hospitalière, la direction leur demande de trouver expressément un travail, et ce n’est pas le bureau des formations qui leur est d’une grande aide. « Sinon il y a des places en cuisine ou à la laverie ! » aurait sorti un cadre. Pour quelqu’un qui a fait la quasi totalité de sa carrière en ces murs, les trottoirs sont étroits et les routes bien trop larges pour y traverser. Ceux-là sont tout de même les plus chanceux car au vu de leur statut, des petites portes s’offrent à eux. Pour les plus jeunes, les contrats précaires de CDD d’une durée très courte, du moins trop courte pour se projeter dans l’avenir ou même pour trouver un lieu d’habitation, la précarité vient s’y ajouter !

Ces agents ne demandent nullement la charité, et ne veulent surtout pas faire la distinction avec le personnel soignant qui ne rencontre pas les mêmes difficultés. Ils ne veulent pas non plus la division : « les syndicats s’en occupent très bien eux mêmes en segmentant les grèves ! » lance une agent, « une grève de tous les corps de la fonction hospitalière aurait un plus grand impact ». Ils souhaitent simplement mettre au grand jour leur profession et les graves problèmes qu’ils rencontrent.

Crédit photo : Respectmag




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