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Jeunesse

Détresse étudiante

Bordeaux Montaigne : une grande enquête auprès de 4700 étudiants révèle l’ampleur du mal-être

À la suite de la visibilisation médiatique de la détresse parmi les étudiants, à l'Université Bordeaux Montaigne, différentes organisations étudiantes se sont regroupées pour évaluer via une enquête, la situation des conditions de vie et d'études pendant la période de fermeture de l'Université. Parmi les 18 000 étudiants interrogés plus de 4700 ont répondu. Les réponses démontrent une réalité de plus en plus difficile pour l'ensemble des étudiants, et des perspectives d'avenir toujours plus incertaines.

mercredi 3 février

Depuis octobre, les facultés sont fermées pour motif sanitaire, ce qui a entraîné une détérioration des conditions de vie des étudiants, que ce soit au niveau de leur vie quotidienne, de leurs études, et de leurs perspectives d’avenir, de plus en plus sombres. L’isolement conduit à des dommages psychologiques de même que des conditions de vie alarmantes de larges couches de jeunesse. 

À l’Université Bordeaux Montaigne (UBM), plusieurs organisations étudiantes, élues dans les conseils centraux ou non, se sont retrouvées autour d’une table pour discuter de cette situation alarmante. Le collectif Onzième Thèse, la CNT, la CDVEA, EBM, FSE, Étudiant.e.s mobilisé.e.s, Ré-union Montaigne !, Solidaires étudiant.e.s Bordeaux, UNEF Bordeaux, UEC sont signataires d’une enquête qui a été envoyée aux 18 000 étudiants de l’UBM, parcourant les différents plans, de vie et d’études, des conditions des jeunes, pour quantifier ce mal-être profond dans la jeunesse scolarisée. Avec 4730 réponses, les résultats de l’enquête sont très clairs : une majorité des sondés exprime d’énormes difficultés à suivre les cours, mais aussi à remplir son frigo ou payer son loyer, témoignant d’une grande détresse dans la jeunesse. 

Les difficultés rencontrées par les étudiants durant ces derniers mois sont très nombreuses et parfois s’entrechoquent, que ce soit à un niveau économique, familial, médical ou sur le logement. En effet, 66% des étudiants sondés ont annoncé qu’ils ont rencontré des difficultés qui ont perturbé leur travail universitaire avec une prédominance pour les problèmes économiques à 38%, familiaux à 44% et de santé à 29%.

À l’annonce de la fermeture des facultés, bon nombre d’étudiants font face à un dilemme sur la question de leur logement, un problème pour 575 étudiants interrogés sur 4730. Soit partir retourner chez leur famille et quitter leur appartement étudiant, dont ils ne peuvent pas payer le loyer, soit rester sur place, des logements bien trop petits et parfois insalubres. À l’Université Bordeaux Montaigne 43% des étudiants ont répondu avoir quitté leur logement depuis octobre, tandis que 26% (1226 étudiants sur 4730) ont répondu vivre seuls, et ce depuis des mois. Le logement a aussi une influence sur les conditions d’études : 35 % des sondés indiquent qu’ils n’ont pas d’espace de travail correct pour se concentrer et travailler sereinement pendant les longues heures de cours en ligne et de travaux à rendre qui marquent ces derniers mois.

Sur le volet économique, un des principaux facteurs de difficultés pour les étudiants, de multiples situations se développent. Parmi les étudiants travaillant à côté de leurs études, 685 étudiants ont déclaré devoir effectuer des heures supplémentaires dû à des difficultés économiques, qui s’ajoutent au travail à l’université devenu bien plus pénible depuis octobre. D’autre part, 15% des sondés ont annoncé avoir perdu leur travail et rencontrer des difficultés économiques. Au niveau des moyens économiques de continuer ses études, 21% des sondés annoncent qu’ils ont des difficultés soit pour se nourrir correctement (9 %), soit pour payer leur loyer (12 %), rendant bien plus complexe une poursuite d’étude dans de telles conditions. On assiste ainsi à une augmentation de la précarité de l’ensemble de la société qui touche énormément les jeunes, sommés de concilier boulot mal payé et études, ou de renoncer à ces dernières pour subvenir à leurs besoins.

Cette situation continue d’alimenter la détresse grandissante des étudiants qui sont confrontés au risque du décrochage scolaire. En effet sur les 4 669 étudiants sondées, 50% soit 2320 étudiants ont déjà eu l’idée d’abandonner leur cursus au cours du premier semestre. Un chiffre qui donne une idée du risque de décrochage massif, qui pourrait s’accentuer au second semestre, que 75% des sondés annoncent appréhender fortement. Dans la continuité des difficultés psychologiques rencontrées par les étudiants, 73 % des étudiants déclarent avoir traversé une phase d’interruption de tout travail à l’université pendant une durée médiane de 10 jours durant ces derniers mois. Près de 82% des sondés annoncent ne plus être motivés et déterminés à poursuivre leur cursus. 59% des étudiants annoncent tenir le cap avec de nombreuses difficultés, 15 % déclarent être au bord du décrochage et totalement démotivés, et, le plus inquiétant, 7 % annonce être au bord du burn-out.

Le maintien des examens que ce soit par des partiels en présentiel ou par le contrôle continu a beaucoup joué sur la pression et le stress ressentis par des centaines de milliers d’étudiants. La question des modalités d’examens et du déroulement du second semestre est une préoccupation majeure chez les étudiants. De plus, les conditions d’enseignement à distance sont majoritairement négatives sur l’enseignement pour 61% des sondés, avec 38% des sondés qui affirment que cela rajoute une charge de travail supplémentaire. Tout cela crée une situation de remise en question de la part des étudiants des examens, premièrement sur leur mise en place. En effet, l’écrasante majorité, soit 88% des étudiants interrogés, pensent qu’ils ont été trop extérieurs aux prises de décisions sur les modalités d’examens au premier semestre et souhaitent être davantage consultés en vue du second semestre. De plus 63 % des sondés revendiquent la validation automatique du second semestre avec une note plancher à 10/20.

Devant l’ensemble de ces constats plus qu’alarmants, nous devons soutenir la principale revendication que fait émerger ce questionnaire, celle d’une validation pour toutes et tous de l’année avec un contrôle décisionnaire de la part des étudiants, principaux concernés, sur les modalités d’examens. Car le contexte de la crise sanitaire, la dégradation des conditions de vie des étudiants, les difficultés à suivre un rythme dense de cours depuis plusieurs mois ne peut permettre un maintien "normal" de l’année universitaire et de la sélection sociale que les examens opèrent. 

En ce sens, c’est à partir de cette enquête, qui permet d’évaluer et de mettre sur la table ce mal-être généralisé dans la jeunesse étudiante, que le collectif étudiant Onzième Thèse, avec plusieurs organisations étudiantes, portera dans le Conseil de la Formation et de la Vie Universitaire (CFVU) de l’UBM, une motion de prise de position contre la sélection sociale, et pour porter la validation automatique des deux semestres à la fac. À partir de l’exemple de la motion votée majoritairement au CFVU de l’Université Paris I Panthéon Sorbonne, qui a été retoquée par le Tribunal Administratif le 5 juin dernier, nous revendiquons dans la motion la souveraineté des étudiants et des professeurs sur les prises de décisions quant aux modalités d’examens, et d’autant plus dans une telle situation. C’est dans cette optique que le collectif Onzième Thèse intervient dans les conseils centraux à l’UBM où nous avons plusieurs élus, au CFVU et au CA, pour porter les revendications des étudiants, sans illusion aucune sur l’application de celles-ci du fait du caractère profondément anti-démocratique de ces instances, qui ne représentent pas les étudiants, et dans lesquelles les élus étudiants n’occupent qu’une place marginale.




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