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Jeunesse

La précarité tue

Bordeaux. Ni fermeture, ni précarité : des moyens pour l’université !

Ce mercredi plus de 200 étudiants étaient rassemblés place de la Victoire pour réclamer des moyens dans les Universités, dénoncer la précarité et la détresse psychologique que subissent les étudiants en ce moment.

jeudi 21 janvier

Ce mercredi à Bordeaux plus de 200 étudiants se sont réunis sur les marches de la fac de la Victoire à l’appel de différentes organisations étudiantes : NPA, Onzième Thèse, UEC, UNEF, Solidaires, EBM, JC, UNL, et Jeunes Insoumis. La banderole “Ni fermeture, ni précarité : des moyens pour l’Université” a donné le ton. Les tentatives de suicides à répétition la semaine dernière ont mis en exergue l’isolement, la précarité et la détresse des étudiants amplifiés par la pression de la continuité pédagogique et du maintien des partiels à tout prix en pleine crise. La date du 20 s’est donc dessinée nationalement pour lutter contre les fermetures des universités comme expression de la gestion chaotique de la crise sanitaire par le gouvernement.

Parmi les étudiants, on ressent beaucoup de mépris de la part du gouvernement. Un étudiant en psycho témoigne : "Ce qu’on trouve ironique, c’est qu’on nous dit beaucoup qu’on est là pour nous, sans qu’il n’y ait de moyens derrière.", avant d’ajouter au sujet des chiffres sur la détresse étudiante - pas moins d’un tiers des étudiants se questionnent sur leur état mental - que leurs « discours [ne sont] pas à la hauteur, les actions on en parle même pas... ». En effet ce même gouvernement insistait sur la responsabilité individuelle plutôt que de reconnaître que c’est la casse de l’université publique depuis des décennies qui la désarme face au virus sans aucun plan. Et ce, pendant que Vidal était plus préoccupée à poursuivre la politique sécuritaire et liberticide du gouvernement, au travers de la LPR. Ne lui en déplaise, ce n’est pas une question de “bonbon sur la table” mais d’investissement massif immédiat dans l’enseignement supérieur dont il est question pour rouvrir dans de bonnes conditions.

Dans une intervention, Yann, étudiant bordelais et militant à Onzième Thèse et au NPA Jeunes, leur projet est de sélectionner massivement et rentabiliser l’université. Alors que le marché du travail offre de moins en moins de débouchés aux jeunes diplômés - conséquence de la crise amplifiée par la covid-19 - la crise sanitaire offre une certaine aubaine pour appliquer la sélection “naturelle” des difficultés et inégalités profondes qu’engendre la crise, qui a pour conséquence de réduire l’accès à l’université et chercher à la privatiser par une plus grande concurrence en temps de pandémie. Dans des appartements exigus et insalubres, souvent sans revenu, accumulant détresse économique et psychologique, les décrochages sont massifs, 1 étudiant sur 6 d’après un rapport parlementaire. Alors que les inégalités sociales ont explosé, que les étudiants expriment leur détresse et leur angoisse, la sélection se renforce de plus en plus, excluant les plus précaires d’entre nous. En ce sens Yann réaffirme “nous avons tout intérêts à être solidaire entre nous, pas rentrer dans le jeu de la compétition entre les étudiants mais bien au contraire d’affirmer au gouvernement et aux classes dominantes, qu’on veut pas que l’université soit payante et sélective”

Dans ces coordonnées à l’université comme au travail, les étudiants font les frais d’une gestion pro capitaliste de la crise économique et sanitaire. “Pendant que des grands patrons se gavent de profits capitalistes, des jeunes ont perdu leur emploi, n’arrivent pas à payer leur loyer, ne remplissent pas leur frigo” relatait Jahan, militant au NPA Jeunes et Onzième Thèse également lors d’une intervention. La précarité étudiante avait déjà été sous le feu des projecteurs après l’immolation d’Anas à Lyon en 2019 et le mouvement qui s’en est suivi. Aujourd’hui les suicides dramatiques d’étudiants remettent cette question au centre des débats publics alors que l’isolement imposé aux étudiants a amplifié cet effroyable phénomène. “Macron, Castex et Vidal ont du sang sur les mains” ajoute-t-il, et c’est contre ces conditions de vie que se sont mobilisés aussi les étudiants qui n’en peuvent plus. Les mesurettes de quelques dizaines d’euros pour l’année, ou les annonces vides du plan “1 jeunes, 1 solution” ne sont pas à la hauteur de la crise et expriment au contraire un mépris toujours plus grand alors que des étudiants se jettent du 4ème étage de leurs résidences. Nous avons besoin d’un plan contre la précarité qui assure un revenu mensuel à hauteur du smic pour tous.

Il est nécessaire de rompre avec le dilemme insoutenable du gouvernement entre cours à distance et dépression ou cours en présentiel et 3ème vague. A rebours du fatalisme qu’ils tentent de nous imposer, nous devons exiger des embauches massives et des réquisitions de salles ainsi que des centres des tests massifs : un réel plan sanitaire pour rouvrir les universités. Si on ne peut pas faire confiance au gouvernement pour le mettre en place, comme le disait Jahan, “il va falloir que les étudiants relèvent la tête, se mobilisent, s’organisent” et ce aux côtés des enseignants et travailleurs de la santé et de l’université pour imposer notre gestion de la crise sanitaire. Et ce dès ce lundi 25 où un rassemblement pour “fêter la fausse rentrée des L1” à l’UBM est prévu, il est urgent de s’organiser et d’imposer des moyens massifs car c’est l’urgence, pour pouvoir revenir en présentiel dans les universités et mettre fin à ce désastre social que représente l’isolement et la précarité.

La détresse s’est libérée, elle doit désormais faire place à la rage pour refuser d’être la génération sacrifiée et se battre avec les travailleurs contre ce système qui nous précarisent tous, à l’image des plans de licenciements massifs. En ce sens à Bordeaux le rassemblement a d’une seule voix apporté son soutien aux ouvriers de la Raffinerie Grandpuits en grève reconductible depuis 2 semaines pour 0 licenciements alors que le PDG de Total veut en imposer pas moins de 700 sur leur site. Pour la jeunesse qui incarne une main d’œuvre pas chère pour les patrons qui les exploitent, le combat des raffineurs est le nôtre, les licenciements de nos parents aujourd’hui sont notre chômage de demain ! Une grande partie de la jeunesse incarne la génération écolo, et en ce sens nous devons combattre le greenwashing de Total qui cherche à masquer ce plan social, au même titre que les projets de Total en Ouganda font du groupe un pilier de l’impérialisme français contre lequel les jeunes ont lutté en juin dernier au travers du mouvement BLM contre le racisme d’Etats des pays impérialistes.

Pour continuer de faire entendre nos voix, les jeunes doivent s’organiser et soutenir les luttes des travailleurs des différents secteurs de la première ligne. Dès ce jeudi 21, sur le piquet des buandiers de l’hôpital haut levêque à 9h30, et mardi 26 janvier en manifestation avec l’éducation nationale et l’ESR en grève.




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