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Politique

Municipales de 2020

Bordeaux. Philippe Poutou et deux de ses colistiers entrent au conseil municipal !

Dans un contexte agité des municipales, sur fond de coronavirus, Bordeaux était sous les phares médiatiques pendant la campagne, pour le duel entre les vestiges juppéistes et les verts qui ont gagné le poste de maire, mais aussi Philippe Poutou et sa liste Bordeaux en Luttes, qui fait aujourd'hui son entrée au conseil municipal, pour un combat anticapitaliste !

lundi 29 juin

Crédits photos Révolution Permanente bordeaux

C’est historique ! À Bordeaux, malgré la pression au vote utile pour ce deuxième tour, et dans un scrutin particulièrement marqué par une abstention record, le tout sur fond de coronavirus, la liste Bordeaux en Luttes menée par Philippe Poutou, seul candidat ouvrier et anticapitaliste obtient 9,39% des voix, lui offrant un total de trois conseillers.

Philippe Poutou, militant et porte parole du Nouveau Parti Anticapitaliste compte désormais un curriculum électoral plutôt fourni, multipliant les expériences à diverses occasions, des législatives de 2007 en passant par les européennes en 2009 et aux régionales en 2010, mais marqué surtout par ses deux candidatures aux présidentielles en 2012 puis en 2017, où il a été particulièrement remarqué pour ses tacles à Marine Le Pen et François Fillon.

La campagne Bordeaux en Luttes est issue de diverses sensibilités, regroupant des militants du NPA, du collectif Bordeaux Debout dont font partie des militants de La France Insoumise, ainsi que des Gilets Jaunes et militants associatifs du milieu militant bordelais, jeune, féministe et écolo, mais surtout d’indépendance de classe s’inscrivant dans une logique anticapitaliste et d’appui aux luttes depuis le parlement bordelais.

Les trois conseillers qui entrent ainsi triomphalement au conseil municipal début juillet incarnent ce profil : Philippe Poutou est localement très connu comme ex-ouvrier de Ford pour le combat mené aux côtés des autres militants CGT Ford, la dernière usine du géant constructeur automobile américain sur le sol français à Blanquefort, qui a scandaleusement fermé ses portes il y a quelques mois désormais, mettant à la porte plus de 800 salariés, condamnant au chômage et à la misère ces centaines de familles, ainsi que toutes celles vivant des emplois induits.

Evelyne Cervantes, numéro deux de la liste, accumule elle aussi un curriculum de combat militant et syndical : travailleuse administrative à TBM, entreprise de transports en commun dans la métropole bordelaise, elle s’est battue à bras le corps aux côtés des Gilets Jaunes.

Aujourd’hui militante à la France Insoumise, ayant fait plus de 10% dans une candidature pour les législatives en 2017, elle a d’abord activement milité au sein de la CGT ainsi que le PCF. C’est notamment pendant le mouvement des Gilets Jaunes qu’elle décide de déchirer sa carte CGT, contre les positions nationales prises par la confédération syndicale, mais c’est une double rupture, avec la CGT, ainsi que le Parti Communiste : « Plus tard, j’ai rendu ma carte parce que j’étais pas d’accord avec la position de la CGT sur les Gilets jaunes. Tu sais que la CGT et le PCF avaient un lien particulier, ces copains ont commencé à me faire lire l’Huma, etc. et j’ai passé quelques années au PCF, mais duquel j’ai été bien vite déçue. Déçue par mon syndicat et par le parti. Quand j’ai vu qu’il s’alliait avec le PS, et que j’ai vu qu’on était plus dans la lutte des classes mais la lutte des places, et cette phrase je l’ai écrite quand j’ai rendu ma carte et que je leur ai dit d’aller se faire … foutre ! Et en plus il y avait quelque chose qui me dérangeait beaucoup, il y avait quelqu’un qui décidait en haut, puis en bas tu appliquais tu fermais ta gueule. J’ai été ensuite militante dès la première heure de la France insoumise, dans lequel j’ai été candidate aux législatives en 2017, qui a été une de mes premières grandes aventures humaines.  »

Evelyne, aujourd’hui conseillère municipale pour Bordeaux en Luttes a participé activement aux manifestations, aux occupations de ronds points, etc. Et elle rappelle le 1er décembre 2018 à Bordeaux où un vieil homme se fait déchirer la mâchoire place Pey Berland, devenue symbole de la répression policière dans la ville dont la préfecture était à l’époque encore aux mains de Didier Lallement. Une bonne transition pour introduire Antoine Boudinet, numéro 3 sur la liste pour les municipales, lui-aussi embarqué au « parlement bordelais » : devenu figure des Gilets Jaunes et surtout figure des blessés et mutilés par les mains de la police, après s’être fait arraché la main par une grenade GLI-F4 le 8 décembre, il a construit avec d’autres blessés ensuite le collectif Mutilés pour l’exemple : « On est une bande d’éclopés qui militent à la fois contre les violences policières mais surtout contre toutes ces armes sub-létales, les techniques d’arrestation qui ont tendance à tuer des gens, c’est-à-dire l’ensemble des mesures répressives qui sont appliquées dans les manifestations, mais aussi dans les quartiers populaires au quotidien », nous raconte-t-il dans un entretien donné pendant la campagne.

Quant aux municipales, pour Antoine, c’est une première électorale. Il y a quelques mois, il nous disait : « Moi, je ne suis pas réformiste mais ça ne m’empêche pas d’être sur une liste municipale. Faire les élections, ok, mais il ne faut pas oublier que c’est d’abord dans la rue que ça se passe.  » en rajoutant quant à la colonne vertebrale de la liste, l’anticapitalisme : « Pourquoi on choisit l’anticapitalisme ? C’est tout simplement parce qu’il y a tellement de gens qui se font exploiter par des logiques de rentabilité, par des logiques de concurrence. On l’a bien vu avec la fermeture de Ford Blanquefort qui eux faisaient des bénéfices et ils ont quand même renvoyé tout le monde. Il y a des patrons qui exploitent sans relâche leurs employés. Si on regarde, le poste de patron, ce n’est pas très utile dans la société, on peut même dire qu’il ne sert à rien. […] C’est toute une misère mondiale que provoque ce système et en plus il est en train d’exploser de lui-même avec les nouvelles crises qui menacent. Ils sont en train de nous propulser dans le gouffre économique et écologique. »

En tout cas, c’est une première pour la ville de Bordeaux, où, comme le rappelle Philippe, « On a réussi à faire entendre la colère sociale et faire la démonstration que Bordeaux n’est pas qu’une ville bourgeoise » à l’occasion de la soirée électorale ce dimanche soir rue des Douves pour fêter le score.

Le premier conseil municipal devrait avoir lieu dès le 3 juillet, les militants de la liste Bordeaux en Luttes comptent vite se retrouver dès cette semaine en Assemblée Générale pour réfléchir aux perspectives et comment propulser Philippe, Evelyne et Antoine au conseil pour qu’ils portent haut et fort la colère sociale et l’anticapitalisme, dans un contexte où la crise sanitaire du coronavirus a mis en évidence les contradictions de ce système, au niveau de la santé, du sauvetage des entreprises et des répercussions sur les populations les plus vulnérables, à savoir les sans-abris, migrants, et dans les quartiers populaires et campagnes où les services publics de santé sont bien moins accessibles.

Dans la mesure où la crise sanitaire a accéléré le processus de crise économique, on en voit déjà certains contours, avec les différents plans de licenciements prévus dans l’aéronautique ou l’automobile, toujours pour sauver les profits des grands capitalistes au prix de milliers de vies, qui devront se vendre le moins cher pour s’arracher un travail et ne pas plonger dans le chômage et l’avenir de misère qu’il ne fait que promettre. Déjà à Bordeaux, la tension monte dans l’usine voisine de l’ex-entrepôt de Ford, Getrag Ford Transmissions à Blanquefort, qui fabrique des boîtes de vitesse. Avec la fermeture de son usine sœur, la situation de GFT ne s’est pas améliorée, et les syndicats tirent la sonnette d’alarme quant à la fermeture et les licenciements tragiques que cela induirait. Y compris dans la santé, où plusieurs milliers de grévistes à Bordeaux du premier CHU de France avaient montré leur colère le 16 juin, et comptent donner la suite de la couleur ce mardi 30.

Bordeaux en Luttes, comme l’indique son nom, mènera la bataille de la rue vers le conseil municipal, tout en gardant toujours un pied dans ce qu’il se passe dans la rue, les trois conseillers municipaux de la liste représentant des profils non seulement du milieu militant mais aussi des travailleurs et chômeurs et de la jeunesse, pour construire une véritable opposition face aux vestiges juppéistes avec Florian et Cazenave, mais aussi face à Hurmic, nouveau maire à la grande surprise de tous, dont les mesures n’ont de vert que l’écriture : parce que c’est dans la rue que l’on pourra construire un véritable rapport de forces pour changer ce système !




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