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Politique

Extrême précarité

Bordeaux. Scandale social : plus de 1200 personnes ont besoin d’un logement d’urgence !

Alors que la Ville de Bordeaux a fait appel à plus de 450 bénévoles à l'occasion de la Nuit des Solidarités, pour mettre à jour les comptages de sans-abris sur la ville, la préfète de Gironde, Fabienne Buccio, a répondu dans un communiqué remettant en cause le sérieux de ce recensement. Un scandale, montrant une volonté de balayer sous le tapis les politiques racistes et répressives qui ont mis à la rue des centaines de migrants et sans-abris depuis le début de sa nomination.

mercredi 26 janvier

Un état des lieux alarmant : plus de 800 personnes seraient en nécessité d’un logement d’urgence à Bordeaux

C’est un sombre premier tableau dressé suite à la mobilisation jeudi soir de plus de 450 bénévoles pour quantifier la précarité extrême dans laquelle sont plongés les sans-abris de la commune. Ce sont 561 personnes qui vivent dans la rue ou des campements, qui ont été recensées, qui s’ajoutent aux « 287 hommes, femmes et enfants actuellement à l’abri dans des squats dont le recensement a été effectué par les services municipaux et métropolitains en parallèle de la Nuit de Solidarité. Ce sont donc 858 personnes qui nécessitent une mise à l’abri urgente à Bordeaux » a indiqué la Ville de Bordeaux, citée dans SudOuest. Un chiffre à mettre en perspective avec les 169 places d’hébergement d’urgence ouvertes cet hiver par la Préfecture sur la métropole bordelaise.

Selon la Fondation Abbé Pierre, de 2012 à 2020, le nombre de sans-abris en France aurait doublé, atteignant au dernier recensement un chiffre électro-choc de 300.000. Un chiffre qui vient s’ajouter à celui encore plus large de 1,5 million de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

Ce lundi, une vingtaine d’association de métropole sont venues surenchérir le bilan : pour elles il y a des centaines de cas en plus ! D’après elles, «  Il faut ajouter plusieurs centaines qui sont à l’abri et échappent à la rue grâce à la solidarité associative et citoyenne sur Bordeaux et aussi en Gironde. [...] A minima 432 personnes en situation d’extrême précarité et en demande de solutions d’hébergement ou de logement.  »

Autour du 24 décembre 2021, deux sans-abris ont été retrouvés morts dans la rue en moins d’une semaine.

La Préfecture de Gironde conteste : elle veut balayer sa responsabilité sous le tapis

Mais face au tableau dressé par les bénévoles, à l’appel de la Ville de Bordeaux en partenariat avec l’INSEE, la Préfecture de Gironde a publié vendredi matin un communiqué remettant en cause le sérieux de l’enquête : «  La réalité des appels au 115 la nuit dernière dément formellement ce chiffre. Aucun appel n’a été recensé pour une demande d’hébergement d’urgence alors que des places étaient disponibles  » réagit Fabienne Buccio, la préfète. Face à cette réaction, une vingtaine d’association pointe justement dans un communiqué commun «  Le manque de sérieux et de crédibilité d’une telle approche [qui] interroge sur la volonté de l’Etat de connaître la réalité du terrain  ».

Des propos scandaleux accompagnés de leurs lots de racisme expliquant une soit disante confusion entre « personnes dormant réellement à la rue, campements de roms, personnes en squats  ». Pour elle, « l’amalgame des situations enlève toute crédibilité à cette action, le nombre de personnes en situation d’urgence à la rue n’est pas connu, c’était pourtant l’intérêt de l’opération ».

À juste titre, les associations expliquent que la préfecture "se dédouane de son inaction, ne prenant pas ses responsabilités laissant penser par ailleurs qu’une partie de la population en campements n’est pas en situation d’urgence, ni digne d’être mise à l’abri sous prétexte de non recours au 115, elle confirme son mépris".

Au travers de cette stigmatisation la préfète justifie ses politiques d’expulsions de migrants et d’habitants des squats, comme à La Zone Libre, qui réunissait des centaines de familles, qui a été violemment évacué sous ses ordres. Ce matin-là, à 6H, 350 personnes dont 110 enfants étaient mises à la rue. Et avec eux, ce fut le cas de dizaines d’autres lieux occupés qui abritaient des centaines de personnes, comme l’Éclaircie et La Vie est Belle, le Kabako, LX Perchatte et bien d’autres dans la métropole et ses alentours.

Si la Préfecture par sa communication cherche à mettre sous le tapis les politiques d’expulsions massives de familles ou encore de mineurs isolés qu’elle a mené, elle est principalement responsable de ce nombre effarant de personnes à la rue. Fabienne Buccio, - qui a été nommée après Didier Lallement – avait montré ses talents en matière d’expulsions de migrants à Calais, dont elle avait donné l’ordre, et s’est inscrite dans la même dynamique à Bordeaux.

Cette prise de position de la préfète vient finalement démentir un travail de quantification de la précarité, dont les résultats mettent à l’amende les très maigres mesures – ou mesures cosmétiques - prises par la Préfecture. Cela fait d’ailleurs écho à une première réponse de la Préfecture à une lettre qui lui était adressée par 13 associations [l’activation du le plan grand froid, suite à de tragiques décès de plusieurs sans-abris] dans la ville. Fabienne Buccio avait estimé cette demande non justifiée, affirmant que suffisamment de nouvelles places d’hébergement étaient ouvertes.

Scandale social : la mairie EELV est aussi responsable !

Lors de ses vœux à la presse, Pierre Hurmic a annoncé vouloir prioriser la question sociale en 2022 afin « d’amortir les effets sociaux et sanitaires de cette crise qui a aggravé ». Pour cela la mairie met sur la table la mise en place d’une "sécurité sociale alimentaire" ou encore une "mutuelle solidaire" à l’échelle de la commune afin de garantir «  l’accès de chacun aux droits fondamentaux, se nourrir, être à l’abri, se soigner, être propre  ».

Bien que l’on puisse saluer la démarche enclenchée par la mairie pour établir la situation objective de la précarité extrême avec cette « nuit des solidarités » dans la métropole bordelaise et que nous ne pouvons être qu’en accord avec les résultats et les objectifs avancés, nous pouvons douter d’un projet politique réellement progressiste et offensif sur les questions des sans-abris et du mal-logement de la part de la mairie. En effet, il est nécessaire de rappeler les responsabilités de la Ville de Bordeaux, même sous la direction du groupe écologique, dans cette situation d’extrême précarité. En effet, la mairie n’a pas hésité à participer pleinement à la politique d’expulsion de la préfecture, soit en fermant les yeux ou en étant directement le donneur d’ordre. C’est le cas de L’Éclaircie et La Vie est Belle, à Bègles, évacuant une centaine de personnes l’été dernier, dont le CCAS (Centre Communal d’Action Social) était propriétaire des terrains. Ce même centre qui était à l’initiative de l’enquête sur les sans-abris, dont la présidente n’est autre qu’Harmonie Lecerf, adjointe au maire, est celui qui se vantait d’avoir relogé 29 personnes sur 400 à l’expulsion du bidonville rue Lajaunie. Ainsi, au travers de ces annonces et de cet acte « fondateur de la politique contre le sans abrisme », tel que l’intitule Pierre Hurmic, la mairie écologique tente une nouvelle fois de se doter d’un vernis progressiste et de cacher ses propres responsabilités.

Si les premières mesures avancées par la mairie constituent encore des effets d’annonces et restent à confirmer, il n’en est pas moins qu’elles sont minimales et ne répondent pas profondément à l’urgence. Il s’agit de développer immédiatement un véritable programme d’urgence pour répondre à l’extrême précarité et le mal logement, au travers d’un programme de rupture et qui s’oppose aux logiques capitalistes.

Rappelons une chose : près de 22 500 logements vides sont recensés à Bordeaux. Ils doivent être immédiatement réquisitionnés sans indemnités afin de permettre à toutes les personnes dans le besoin d’avoir un toit. D’autant plus à rebours des politiques racistes et sécuritaires, nous exigeons l’arrêt immédiat des expulsions, la défense du droit au regroupement familial, mais aussi la liberté d’installation et circulation, ainsi que la régularisation de tous les sans-papiers.

De même, alors que les prix du logement ne cessent de flamber sur Bordeaux, un plan de travaux publics pour rénover et construire des logements sociaux doit être mis sur la table afin d’apporter une réponse de fond au problème du mal-logement. Rappelons que sur ce terrain, la métropole de Bordeaux est un mauvais élève, d’après la préfète (et non sans hypocrisie de sa part), l’objectif des 50 000 logeents sociaux sur Bordeaux n’a été réalisé qu’à 60% en 2021 ; pourtant actuellement 40 000 demandes resteraient dans l’attente. Entre l’effondrement de plusieurs immeubles en centre ville depuis un an et ceux qui menacent de l’être dans un futur proche (pendant dix ans, 900 arrêtés de péril d’immeuble n’ont pas été suivis par la mairie,) un plan de rénovation ambitieux est urgent si nous ne voulons pas connaître le drame qu’ont connu les marseillais lors des effondrements d’immeubles au début du quinquennat de Macron.

Dans le contexte de crise sanitaire, une réponse de fond doit être apportée à l’extrême précarité, les associations sont de plus en plus débordées et les mesures minimales ne suffisent plus. L’État doit immédiatement fournir à toutes et tous les moyens de vivre dignement au travers d’un revenu universel à la hauteur du smic pour toutes celles et ceux qui se retrouvent sans revenus ou avec des pertes considérables. Au moment où les prix explosent, les charges sur les services essentiels doivent être gelées voire annulées. Le "quoi qu’il en coûte" qui a permis de soutenir les patrons a démontré que l’argent est bien présent, au lieu de subventionner leurs bénéfices records, il aurait dû à l’inverse soutenir de toute urgence les plus fragiles et précaires. Revendiquer le droit à un travail et son partage à l’ensemble des travailleurs est dans la même logique une nécessité, il est inadmissible que des personnes soient privées d’emplois et condamnées à la précarité pendant qu’autres s’épuisent par de longues journées de travail.

Dans la même veine, la santé doit véritablement devenir accessible à l’ensemble de la population, un droit universel financé intégralement par les profits faramineux du grand patronat sur la base de la nationalisation de toutes les mutuelles et leur intégration à la Sécu afin de garantir le remboursement intégral de tous les soins.

Une chose reste sûre, la réaction de la préfecture est scandaleuse et montre l’aspect le plus réactionnaire de cette institution dont nous n’avons rien à attendre. De Macron à Pécresse, les principaux prétendants à l’Elysée en avril 2022 prochain portent plus que jamais des projets réactionnaires au programme néolibéral qui prônent la régression sociale et la répression. Ainsi vouloir lutter contre l’extrême précarité et la précarité aujourd’hui il est nécessaire de porter un programme dans une perspective révolutionnaire en rupture franche et en opposition à ce système qui engendre et entretient la misère sociale.



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