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Notre classe

Grève dans la santé

Bordeaux. Soutenez la grève des travailleurs de la logistique à l’hôpital Pellegrin !

Depuis mardi, le service de la logistique à Bordeaux est en grève. Des petites mains invisibles qui aujourd'hui réclament du matériel, des effectifs supplémentaires et des meilleures conditions de travail, dans le premier CHU de France où la situation est déplorable pour l'ensemble du service hospitalier.

jeudi 8 octobre

Depuis mardi, le service de la logistique de l’hôpital Pellegrin est en grève. Sur un effectif de quarante, plus d’une vingtaine de personnels ont répondu à l’appel à la grève dont le préavis a été lancé par le syndicat Sud du CHU de Bordeaux pour une continuité illimitée. Parmi les principales revendications, des moyens et du matériel, pour ne plus avoir à bricoler, ainsi que des effectifs supplémentaires, et de manière plus générale de meilleures conditions de travail.

Au micro de SudOuest, le délégué syndical Sud Franck Olivier déclare : « Nous demandons notamment à être équipés en tenue vestimentaire de travail : beaucoup d’agents viennent avec leur tenue personnelle, pas forcément adaptée, ce qui contrevient aux règles sanitaires. Nous souhaitons que la direction investisse dans du matériel, comme un transpalette électrique, et remettre en état celui que nous utilisons. Nous voulons aussi que la direction rénove notre vestiaire qui est dans un état plus qu’insalubre : les douches ne fonctionnent plus, il n’y a plus de volets et de portes  ».

La logistique, service des « petites mains invisibles » à l’hôpital

Le service de la logistique c’est en un sens les « petites mains invisibles de l’hôpital » : ils gèrent tout ce qui est plateaux repas, pharmacie (médicaments pour les patients), dossiers pour patients, transfert du linge propre et sale (parfois plusieurs tonnes par jour), tout ce qui est récupération et tri des déchets hospitaliers, mais aussi déménagement de mobilier... En un sens, ce sont les hommes à tout faire dans l’hôpital, ils nous racontent que ce sont eux qui, pendant le confinement, sont allés chercher les déchets infectieux à bord du train médicalisé venant de Mulhouse à la gare de Bordeaux Saint-Jean pour les ramener au CHU de Pellegrin.

« On est le dernier maillon de la chaîne » : ils racontent que pendant le confinement, c’est du véritable bricolage qu’ils ont dû affronter, en ramenant leur propre matériel (ce qui est quasiment quotidien), et avec les suppressions de postes aujourd’hui tout est défalqué sur l’ensemble des autres postes. Avec un SMIC à 37 heures, ils interviennent 365 jours sur l’année et travaillent les week-ends, avec des primes déchets à géométrie variable : en effet, comme ils sont en sous-effectifs, en changeant de poste du jour au lendemain les travailleurs peuvent, indépendamment de leur travail quotidien, avoir droit à la prime ou non.

Depuis ce mardi, ils font grève sur un préavis illimité, déposé par Sud. Sur un effectif de 42 personnels, ils sont une vingtaine à être mobilisés.

Ils réclament des tenues adaptées, des vraies chaussures de sécurité, de l’équipement en général convenable, en plus de meilleures conditions de travail et davantage d’effectifs. En effet, les travailleurs estiment qu’aujourd’hui il manque 6 personnels pour accomplir le travail normalement.

Ci-dessous, des photos et vidéos des locaux dans des états lamentables, avec fuites d’eaux et d’excréments dans les sous-sols, des déchets qui s’accumulent etc., alors qu’il s’agit du premier CHU de France !

« Il y a onze ans, on était cinquante-deux, aujourd’hui il y a 10 personnels de moins et deux fois plus de charge de travail !  » nous raconte un gréviste sur le piquet de ce jeudi matin. Du jour au lendemain, on leur change de poste, et le matériel manque : ils racontent qu’il y a des palettes de 600 kilos qu’ils doivent tirer à la main parce que leur trans-palette électrique est constamment en panne.

Face à leur grève, la direction envoie des huissiers

« Vous n’êtes pas importants » : voilà le discours de la direction face aux travailleurs de la logistique en colère. À ce jour, ils n’ont eu aucune réaction alors que la grève a commencé ce mardi, mais ils ont tout de même commencé à serrer les vis sur le service minimum, en envoyant des huissiers pour aller chercher un certain nombre de grévistes chez eux.

Alors qu’une vingtaine de travailleurs tourne sur les différentes journées de grève, une partie est assignée pour assurer le service minimum, prévenus le soir même pour les obliger à travailler le lendemain. Des actes qui coûtent 242 euros à la Direction du CHU, qui préfère dépenser quasiment 250 euros pour chaque gréviste assigné par un huissier, plutôt que de mettre des moyens pour acheter le matériel que réclament les travailleurs !

« Les personnels se sont déclarés grévistes 60 heures à l’avance, alors que l’obligation légale porte ce délai à 48 heures, poursuit le syndicat. En réalité, des directeurs qui nous parlent de restrictions budgétaires à longueur de temps paient au prix fort des huissiers au dernier moment car ils n’ont pas été capables d’organiser le service minimum. Ce que la direction a dépensé en huissiers aurait suffi pour financer nos tenues vestimentaires. » raconte Franck Olivier, délégué syndical. Hier soir, après moins de 24 heures d’arrêt de travail, neuf grévistes ont vu débarquer à leur domicile des huissiers mandatés par la direction afin qu’ils reprennent le travail dès ce mercredi. Une procédure qui fait vivement réagir le syndicat Sud. « Ces assignations par voie d’huissiers dès 24 heures de grève prouvent encore une fois à notre direction que les travailleurs de l’ombre de l’hôpital sont indispensables au bon fonctionnement de l’établissement ».

Grève inédite pour un secteur mobilisé en pleine crise sanitaire

Les travailleurs nous racontent que c’est une grève inédite pour ce service, qui n’avait pas été en grève depuis quinze ans. Ils avaient fait deux heures de grève en pleine crise sanitaire, pour réclamer du matériel et la prime Covid à 1500 euros pour tous, qu’ils ont obtenue.

Pas de moyens pour l’hôpital public, c’est un problème généralisé en pleine crise sanitaire après des années de coupes budgétaires dans les services publics et particulièrement dans la santé, qui nous mène à la catastrophe et dans le gouffre comme on a pu le voir aux heures du pic de l’épidémie à la première vague. Les travailleurs nous racontent que quelques jours avant le départ de l’épidémie en France, ils ont trouvé plusieurs palettes avec une multitude de cartons de masques, périmés depuis 2017, qu’on leur a demandé de jeter. Après des injonctions successivement contradictoires, soit disant qu’ils n’auraient pas besoin de masque, il a ensuite été rendu obligatoire... sans qu’il soit distribué réellement aux salariés, qui doivent ramener leur équipement acheté eux-mêmes !

Soutenez les grévistes, venez au piquet et participez à la caisse de grève !

Les travailleurs semblent être déterminés à continuer la grève tant que leurs revendications ne seront pas obtenues : tous les matins, ils donnent rendez-vous à l’entrée du CHU de Pellegrin dès 7H, avec les militants de Révolution Permanente et du NPA Jeunes, nous invitons à largement venir les soutenir dès ce vendredi matin !

Pour les soutenir financièrement, participez et partagez leur caisse de grève que vous pourrez trouver en ligne ici.




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