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Politique

Ni peste, ni choléra

« Bouger » sur la réforme des retraites : Macron manœuvre pour ressusciter le front républicain

Macron avait clôturé sa campagne de 1er tour à Neuilly, il a entamé celle du 2ème dans le Nord. Une opération séduction des classes populaires dans laquelle le candidat a fait feu de tout bois, se disant même prêt à "bouger" sur la retraite à 65 ans. Une manœuvre évidente pour tenter de ressusciter le front républicain.

lundi 11 avril

Crédit photo : LUDOVIC MARIN / AFP

Vendredi dernier, Emmanuel Macron choisissait de clôturer sa campagne de 1er tour en se rendant sur le marché de Neuilly, ville la plus riche de France. Un joli symbole pour le Président des riches et son programme de guerre sociale. Ce lundi, deuxième tour oblige, c’est à Denain (Nord) où Marine Le Pen réunit 41,67 % des voix, qu’il s’est rendu pour mettre en scène une rencontre avec les « classes populaires. »

Première étape de ce qui se veut une « campagne de contact  » sur le terrain « matin, midi et soir » selon un cadre de la majorité, l’objectif d’Emmanuel Macron est clair : se poser en rempart à l’extrême-droite, draguer les classes populaires et ranimer le fameux « front républicain ».

En ce sens, dès son arrivée, à Denain, Macron s’est empressé d’annoncer que la prime Macron, mise en place pendant le mouvement des Gilets Jaunes, deviendrait « une obligation » s’il était réélu, tout en expliquant que son projet « doit être enrichi » sur les questions du travail et de l’écologie. Interrogé sur ses déclarations contre les non-vaccinés, Macron a cependant eu du mal à chasser le naturel, expliquant que sa promesse de les « emmerder » était « affectueuse » !

Mais c’est sur le sujet des retraites qu’il a fait les annonces les plus offensives, faisant feu de tout bois pour son opération séduction. Interpellé sur le sujet par des retraités, il a évidemment défendu son projet de réforme et d’attaque aux régimes spéciaux, clamant que « les difficultés de ces secteurs ne correspondent plus aux réalités » avant de donner des gages en promettant qu’il indexerait « dès cet été les retraites sur l’inflation ». Une mesure réaffirmée dans la soirée lors d’une interview sur BFM TV où Macron est allé plus loin.. Interrogé sur la possibilité d’un « référendum » quant à la réforme des retraites, Macron a expliqué n’exclure cette éventualité pour aucune mesure, avant d’affirmer que « les 65 ans ne sont pas un dogme ». « Je veux rassembler » a-t-il précisé, expliquant qu’un report limité à 64 ans serait envisageable.

Une annonce de taille, présentée comme un signe de sa volonté de « compromis » et de « consensus », qui ressemble fortement à une manœuvre. A deux semaines du deuxième tour, difficile de ne pas voir dans cette annonce un signe de la fébrilité de Macron, et de sa volonté faire feu de tout bois pour tenter de réactiver le front républicain et draguer les classes populaires qui ont soutenu les candidats de la gauche, et en particulier Jean-Luc Mélenchon.

Une tactique cynique qui cache mal un quinquennat d’offensive contre notre classe et un programme de guerre sociale. Comme il l’a affiché ces dernières semaines, Macron entend en effet redoubler l’offensive dans un hypothétique futur quinquennat : retraites, RSA conditionné, casse du service public… et ce, tout en continuant à renforcer les aspects les plus autoritaires de la Vème République. Face à cette tentative hypocrite, et alors que Macron est un des principaux responsables de la progression historique de l’extrême-droite au 1er tour, qui a surfé sur son tournant autoritaire, sécuritaire et raciste, il n’y a pas à choisir entre la peste et le choléra. L’urgence est à la construction d’un troisième tour social pour se défendre et contre-attaquer face aux offensives à venir.



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