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« Bougnoule », « bicot » : des policiers mis en cause pour leurs échanges racistes à Nancy

« Je ne veux pas être dans le groupe du bougnoule », « on a vu mieux comme casting », « C’est bientôt fini » « le bicot ». Le journal Le Monde a pu se procurer un rapport de l'IGPN dévoilant une nouvelle fois le racisme et « l'ambiance malsaine » dans un commissariat à Nancy. Loin d'être un cas isolé, cette affaire montre une fois de plus le racisme de l'institution policière.

mercredi 8 septembre

Crédit photo : AFP

Après la mise en cause de policiers normands pour des faits de racisme, voilà une nouvelle affaire similaire dans la Police Nationale. Dix policiers de la BAC de nuit de Nancy répondront devant la justice, vendredi 10 septembre, de faits de harcèlement moral et d’injures non publiques à caractère raciste, épilogue de plusieurs années de graves dérives au sein d’un service sous emprise.

Dans un rapport accablant qu’a pu consulter le journal Le Monde auprès de l’IGPN, une commandante présente dans le détail les faits de xénophobie, harcèlements et le comportement de meute de cette brigade.

On y apprend par exemple comment un de leur collègue d’origine maghrébine, Saïd B., a joué le rôle de souffre-douleur à l’intérieur de la brigade. « Je ne veux pas être dans le groupe du bougnoule », assure-t-il avoir entendu dans les couloirs du commissariat peu après son arrivée dans le service. Des vexations encore plus directes ne vont pas tarder à s’enchaîner. Sur la porte de son casier, ce mot, scotché : « On a vu mieux comme casting », puis cet autre : « C’est bientôt fini. ». Une casquette identique à celles que portent les dealers de cité est déposée en évidence près de son poste de travail, on refuse aussi de lui serrer la main, de lui adresser seulement la parole. Sur le groupe de messagerie privée dont il est évidemment exclu, il est le « bico », le « bougnoule », la cible d’injures et de récurrentes accusations d’incompétence.

Par ailleurs, chacun des policiers portait un tatouage en forme de tête de loup ainsi que des vêtements de la marque Thor Steinar, une marque très prisée des milieux néonazis. Pour l’instant, des blâmes et des exclusions temporaires ont été prononcés à l’encontre de certains des policiers mis en cause, avant un conseil de discipline prévu fin septembre. Une éventuelle révocation reste de la compétence exclusive du ministre de l’Intérieur.

Malgré les témoignages accablants de plusieurs des policiers passés par la brigade depuis 2016, les fonctionnaires mis en causes nient farouchement les accusations. Les propos haineux et décomplexés, corroborés par plusieurs témoins, ainsi que l’impunité dont jouissait les policiers rappellent une fois de plus le racisme de l’institution policière qui, loin d’être un élément contingent, en constitue un aspect fondamental. Un racisme qui se révèle aujourd’hui à la faveur de faits impliquant d’autres policiers, mais qui s’exerce au quotidien dans les quartiers populaires et contre les personnes racisées.




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