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Monde

« Ni études ni enseignements jusqu'à la chute du système »

« Bouteflika dégage ! » : des milliers d’étudiants poursuivent la mobilisation contre le régime

La manœuvre grossière de Bouteflika : promettre qu’il n’ira pas jusqu’au bout de son éventuel 5e mandat, n’a dupé personne. En effet, la réponse populaire à cette manœuvre ne s'est pas faite attendre, notamment parmi la jeunesse. Après les manifestations nocturnes de ce dimanche, plusieurs milliers d'étudiants se sont mobilisés ce mardi, dans la capitale et dans plusieurs autres villes d'Algérie.

mercredi 6 mars

Crédit photo : AFP/Ryad Kramdi

Essayant de gagner du temps face à la profonde crise sociale ouverte et tentant de calmer le mécontentement populaire massif qui a éclaté suite à l’annonce de sa candidature pour briguer un 5ème mandat, Bouteflika a annoncé, en cas de victoire aux élections présidentielles, qu’il n’ira pas jusqu’au bout de son mandat, proposant « une élection présidentielle anticipée dont la date de la tenue sera fixée par la conférence nationale », à laquelle ce dernier ne se présentera pas.
Une volonté de gagner du temps en espérant que les mobilisations perdent en intensité. Une manœuvre grossière qui n’a échappé à personne.

En effet, la réponse populaire face à cette manœuvre a été immédiate, et en premier lieu au sein de la jeunesse. Ce dimanche, des manifestations nocturnes ont eu lieu, auxquels les jeunes ont massivement participé, refusant cette mascarade et toute nouvelle élection de Bouteflika.

Ce mardi 5 mars, c’est la jeunesse scolarisée qui a à nouveau fait une démonstration de force, après les manifestations du 26 février dernier, en descendant massivement dans la rue. Le 26 février, les étudiants témoignaient dans les rues de leur rejet du 5e mandat, mais aussi des organisations étudiantes traîtres ayant apporté leur soutien à Bouteflika.

Ils ont été ce mardi plusieurs dizaines de milliers à défiler à nouveau ce mardi dans la capitale - affrontant la répression et l’interdiction de manifester instaurée à Alger à partir de 2001 - et dans plusieurs autres villes d’Algérie, chantant des slogans contre la répression et la présidence de Bouteflika : « Hé Bouteflika, il n’y aura pas de 5ème mandat » ; « Ramenez les commandos de l’armée et la BRI (unité d’intervention de la police), il n’y aura pas de 5ème mandat ». Une très forte mobilisation a eu lieu également à Oran, deuxième ville du pays, mais aussi à Constantine, Annaba, Bejaïa en Kabylie, à Blida, Tizi-Ouzou, ainsi qu’à Sétif et Tlemcen. Avec des cortèges de plusieurs milliers d’étudiants dans chaque ville, accompagnés également d’enseignants. En effet, pour cette journée de mobilisation, plusieurs professeurs et universitaires avaient appelé à se mettre en grève et à rejoindre les manifestations étudiants.

La détermination et l’opposition à un 5ème mandat de Bouteflika au sein de cette partie massive de la jeunesse sont très forte : « Non, c’est non ! Il n’a pas compris le message du peuple ? On va lui faire comprendre aujourd’hui et encore plus vendredi », déclarait ce mardi Selma, étudiante à Alger. Dans cette continuité, un autre étudiant affirmait ceci : « Bouteflika veut un an de plus, nous on ne veut pas une seule seconde, c’est déjà trop, qu’il dégage maintenant ».

Mais, au delà de l’opposition à un éventuel 5ème mandat de Bouteflika, c’est l’ensemble du régime et du système qui est dénoncé et auxquels la jeunesse algérienne s’oppose aujourd’hui : « Ni études ni enseignements jusqu’à la chute du système » pouvait-on lire sur certaines pancartes. Une remise en cause globale du régime qui tend par ailleurs à s’étendre à l’ensemble de la mobilisation populaire, comme en a témoigné le dernier vendredi de manifestation - 1er mars dernier - qui était plus massif que le précédent.

Cette remise en cause du régime dans son ensemble a été fortement reprise ce mardi parmi la jeunesse algérienne et les étudiants. Et pour cause, alors que les moins de 30 ans représentent près de la moitié de la population algérienne, ces derniers sont en première ligne des politiques antisociales et austéritaires menées par le gouvernement Bouteflika et le régime. Taux de chômage très élevé, avec un taux officiel record de 12% – mais qui dans les faits est bien plus élevé – des salaires gelés, une précarisation croissante, des attaques de plus en plus fortes contre les acquis sociaux, dictées notamment par le FMI et la Banque Mondiale – destruction du code du travail mais aussi des retraites – ainsi qu’un renforcement de l’autoritarisme du régime avec des attaques de plus en plus liberticides, l’avenir qu’a à offrir à la jeunesse le gouvernement actuel, mais aussi les partis d’oppositions qui représentent pas d’alternative au régime et à la politique actuelle mais un maintien et une continuité, n’est rien d’autre que précarité et misère. Ce qui explique le rôle central que joue actuellement la jeunesse algérienne dans les mobilisations actuelles ainsi que la radicalité qu’elle exprime.

Ce mardi, de nombreuses universités étaient quasiment désertes, à l’instar de l’immense campus de Bab Ezzouar, près du centre ville d’Alger. « Des grèves étudiantes massives d’une ampleur que j’avais jamais vu avant », déclare un enseignant de Bab Ezzouar. Au sein de cette mobilisation populaire, la question de la grève et de sa nécessité est fortement mise en avant par les étudiants. Plusieurs appels à la grève générale ont émergé de ce secteur, qui peut jouer un rôle centrale dans l’approfondissement de la contestation actuelle et de la crise du régime. En effet, si une jonction s’opère entre ce secteur - qui a un potentiel très explosif et radical - et les travailleurs - capables de bloquer l’économie et de poser la question de la grève et de sa généralisation - ainsi que les autres secteurs précarisés qui luttent actuellement, la contestation pourrait franchir un cap considérable et poser les possibilités de mettre en échec le pouvoir actuel.




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