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Monde

20 jours de grève

Brésil. 20 000 grévistes du secteur du pétrole défient la politique néolibérale de Bolsonaro

20 000 travailleurs en grève depuis 20 jours contre le licenciement de 1 000 salariés posent un défi important à la politique réactionnaire de Bolsonaro et son gouvernement.

vendredi 21 février

La grève des travailleurs du pétrole s’avère être le principal pôle de résistance aux plans néolibéraux du gouvernement de Bolsonaro. Elle en est à son 20e jour avec plus de 20 000 grévistes et 120 sites paralysés dans tout le pays. Et cela malgré le fait d’être confrontés au gouvernement, à la répression du pouvoir judiciaire et au black-out des principaux médias. Les grévistes montrent qu’il est possible de faire face aux licenciements massifs, à la privatisation du secteur et aux plans politiques d’un gouvernement réactionnaire et au service grands groupes financiers internationaux.

Les raffineries de tout le pays et plusieurs usines liées à la production de pétrole sont en grève depuis le premier février pour défendre les emplois et contre la privatisation de Petrobras, le géant pétrolier de l’État brésilien. La grève nationale dans le secteur du pétrole a commencé après une semaine de mobilisations devant l’entrée de l’entreprise FAFEN (Fábrica de Fertilizantes Nitrogenados), une filiale du géant brésilien Petrobras, à Araucária dans le sud du pays, qui veut fermer l’usine et mettre à la rue un total de 1000 salariés entre travailleurs du groupe Petrobras et ceux des sous-traitants.

Partout dans le pays, les travailleurs du pétrole ont pris conscience qu’après la fermeture de FAFEN, des milliers de travailleurs, chez Petrobras ou chez les sous-traitants, verront leur emploi menacé, dans les raffineries, les terminaux ou les plateformes. La mobilisation qui a commencé à Araucária suite aux annonces de fermeture de FAFEN, s’est rapidement répandue et devenue une grève nationale du secteur du pétrole. Faudrait remonter à la grève de 1995 pour voir une telle démonstration de force et d’unité dans le secteur. C’est la première et la plus forte confrontation de ce secteur avec le gouvernement de Jair Bolsonaro.

Une lutte contre Bolsonaro et le néolibéralisme

La lutte pour la défense de tous les emplois de Petrobras et ceux des sous-traitants est aussi une lutte contre la privatisation du secteur et le projet de concession de la richesse nationale à l’impérialisme, une politique accentuée par l’actuel gouvernement. En effet la privatisation du secteur pétrolier et la vente à des prix dérisoires des richesses du sous-sol, des raffineries et des pipelines du pays s’inscrit dans un projet plus global de concession des secteurs stratégiques de l’économie brésilienne aux investisseurs étrangers. Un projet s’inscrivant dans la logique ultralibérale du ministre de l’économie Paulo Guedes.

Ce projet d’affaiblissement de Petrobras pour ouvrir la voie aux intérêts impérialistes est avec la réforme des retraites, la réforme du travail et d’autres attaques contre les travailleurs, une partie importante de l’agenda qui a conduit la Bovespa (le CAC40 brésilien), le pouvoir judiciaire et la corporation médiatique Rede Globo (même si cela a un peu changé depuis) à soutenir Bolsonaro aux dernières élections et à impulser le coup d’État institutionnel contre Dilma Rousseff en 2016.

En ce sens la lutte des travailleurs du pétrole est aussi un combat contre le projet national impulsé par les classes dominantes et leur appareil judiciaire et médiatique qui voudraient avancer contre les droits des travailleurs et le pillage des ressources du pays dans leur intérêt et celui des grands groupes financiers internationaux. Les grévistes, pouvant arrêter le plan de licenciements à FAFEN pourraient aussi freiner l’ensemble du projet de privatisation porté par le gouvernement réactionnaire de Bolsonaro, la Rede Globo, tous les partis qui ont soutenu le coup d’État institutionnel et l’opération Lava Jato. Mais ce serait un coup également pour les bureaucraties syndicales, largement liées au PT, qui au niveau national n’organisent pas de véritable résistance et qui tentent de contenir la lutte des travailleurs pétroliers. N’oublions pas que le PT applique les attaques là où ils gouvernent. Dans ce sens la victoire de la lutte des travailleurs du secteur pétrolier va dans l’intérêt de tous les travailleurs, des secteurs populaires et de la jeunesse de tout le Brésil.

Gouvernement, patrons et pouvoir judiciaire main dans la main contre les grévistes

L’entrée dans la lutte d’un secteur stratégique de la classe ouvrière n’a fait pas attendre la réponse répressive du gouvernement, de la direction de l’entreprise et du pouvoir judiciaire. Depuis le début le silence médiatique s’est combinée à des mesures de répression judiciaire visant à démoraliser les grévistes et à garantir les intérêts du gouvernement Bolsonaro et de l’impérialisme. Le juge Ives Gandra du Tribunal supérieure du travail (TST) et soutenu par la magistrature elle-même a imposé des amendes aux syndicats et a autorisé l’embauche de travailleurs temporaires pour briser la grève, entre autres mesures arbitraires. De son côté la direction de l’entreprise a fait pression en harcelant les grévistes en leur envoyant des lettres contenant des menaces, avec des réductions de salaire, des suspensions des jours de vacances et, d’autre part, avec des récompenses financières pour les employés qui se sont rendus au travail.

Cependant en ne parvenant pas à briser la détermination des grévistes, qui continuaient à élargir leur grève malgré la répression, le pouvoir judiciaire faisait un saut dans la répression ce lundi 17 février. Le juge du TST déclarait la grève des travailleurs du pétrole illégale et décrétait qu’elle devait arrêter immédiatement. La décision du TST tombait le 17e jour de la grève alors que celle-ci avait réussi à briser le black-out des médias, et à provoquer des impacts évidents sur la production et les profits des entreprises.

Mais cela n’a rien changé à la détermination des grévistes. Ce mardi 18 février, après la décision du TST, les travailleurs du pétrole ont encore voté pour la reconduction de la grève dans les dizaines d’assemblées organisées dans tout le pays. 120 unités restent bloquées dans tout le pays et plus de 20 000 travailleurs sont en grève.

C’est pour briser cette détermination que la justice est en train de tenter une nouvelle manœuvre. Elle a décrété la « suspension » des licenciements… pour 15 jours. La tentative est de faire arrêter la grève, désarmer les travailleurs et ensuite permettre au patronat de poursuivre son plan.

Mais si la justice et le gouvernement tentent toutes ces manœuvres c’est parce que les grévistes peuvent gagner. La victoire des travailleurs du pétrole serait un coup dur contre la politique réactionnaire et néolibérale de Bolsonaro, mais elle donnerait aussi de la confiance à l’ensemble des travailleurs du brésil et des autres pays pour faire face à l’offensive du capitalisme. Si la première étape de la lutte contre la réforme des retraites a inspiré la grève des travailleurs du pétrole brésiliens, sa victoire pourrait redonner de la force à l’ensemble de secteurs qui se préparent pour un deuxième round contre Macron.




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