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Brésil. Après une campagne polarisée, Lula emporte le 1er tour mais devra affronter Bolsonaro au second

Selon les résultats officiels, l'actuel président Jair Bolsonaro et le leader du PT Lula da Silva iront au second tour le 30 octobre prochain pour désigner le président brésilien.

lundi 3 octobre

Le dépouillement est fini : les résultats publiés par le Tribunal Suprême Électoral du Brésil donnent Lula da Silva, du Parti des Travailleurs (PT) en tête avec 48,43% des voix pour ce premier tour des présidentielles. Il disputera donc le second tour le 30 octobre prochain face à Jair Bolsonaro qui obtient 43,20% des voix. On retrouve en troisième et quatrième position, Simone Tebet du Mouvement Démocrate avec 4,16% et en quatrième position Ciro Gomes du Parti Démocratique Travailliste avec 3,04%. Ces résultats confirment une élection présidentielle polarisée avec un écart impressionnant entre les deuxième et troisième candidats les mieux placés.

Ces résultats montrent que Bolsonaro a atteint son principal objectif, à savoir éviter une défaite dès le premier tour. En effet, une fois que s’était dessiné clairement dans les sondages un rejet massif de son gouvernement, le président d’extrême-droite a cherché à éviter l’élimination dès le premier tour. Le rejet exprimé par la population était tel qu’il avait conduit certains instituts de sondages à envisager la possibilité que l’élection présidentielle soit définie directement au premier tour avec une victoire de Lula. On assiste finalement à un scénario bien plus polarisé sur la droite.

Le parti de Bolsonaro a par ailleurs obtenu de bons résultats aux législatives et aux gouvernatoriales. A São Paulo, Tarcísio de Freitas a devancé le candidat du PT, Fernando Haddad (candidat du PT aux élections présidentielles en 2018 contre Bolsonaro), avec 42,5% contre 35,6%, dans une élection qui se jouera également au second tour. Dans cet État, le candidat bolsonariste a absorbé les voix de la droite traditionnelle et a fini par liquider le PSDB historique (parti social libéral qui avait gouverné le pays avec Fernando Henrique Cardoso jusqu’en 2003), qui a perdu son plus important bastion électoral.

Bolsonaro sort donc de ce premier tour bien mieux localisé que ce que promettaient les sondages. L’extrême droite se maintient dans le Sud et a remporté un vote important dans l’État de São Paulo. Lula, de son côté, remporté un vote important dans un bastion du PT, la région du Nord-Est du pays, et a gagné le deuxième plus grand collège électoral du pays à Minas Gerais, bien que son avance dans cet État ait été plus faible que les sondages l’avaient prédit. Le candidat du PT a aussi obtenu une avance de 10% dans la capitale de São Paulo.

Bolsonaro qui avait déjà laissé entendre qu’il pourrait remettre en question le scrutin avec l’appui des militaires et de l’appareil judiciaire, pourrait désormais s’appuyer sur les scores serrés du premier tour pour amplifier sa campagne de remise en cause des résultats. C’est ce qu’avait tenté Keiko Fujimori lors des élections péruviennes de 2021, ou Donald Trump et ses partisans en 2020.

La différence de score pour Bolsonaro par rapport à 2018 (où il avait devancé le candidat du PT de 17 points au premier tour et de 11 points au second) est l’expression de la haine massive suscitée par l’extrême-droite et par un gouvernement qui a conduit à l’augmentation de la faim, de la misère et du chômage de millions de personnes, approfondissant la précarité et renforçant le pouvoir patronal dans les usines et les services.

Lula et le PT, qui ont passé des accords avec les partis de droite et avec des secteurs puissants du grand capital, restent favoris au second tour, même si les alliances et les tentatives de dialogue avec Ciro Gomes (PDT) et Simone Tebet (MDB) arrivés quatrième et troisième aux élections, restent à voir. Dans ce cadre, Lula, qui va devoir faire face au deuxième tour à un Bolsonaro qui conserve une partie de sa force et dessine de possibles alliances, pourrait être poussé encore un peu plus à droite.

Alors que le PT et Lula entendent maintenir l’opposition à l’extrême-droite sur un terrain institutionnel et multiplient pour cela les alliances avec la droite traditionnelle, à l’image de sa volonté de nommer vice-président Geraldo Alckmin, une figure de la droite très proche du patronat, il y a urgence à forger une réponse par en bas. C’est par la rue, avec un programme qui lutte pour l’abrogation de toutes les réformes anti-ouvrières, comme la réforme du travail et de la sécurité sociale, et pour les droits de l’ensemble de celles et ceux que l’extrême-droite attaque, qu’il sera possible d’affronter jusqu’au bout le camp de Bolsonaro et les pressions putschistes.



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