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Crise sanitaire

Brésil. Des dizaines de milliers de personnes dans la rue contre la politique criminelle de Bolsonaro

Une vague croissante de contestation envers le gouvernement de Bolsonaro au Brésil s’est amplifiée ces dernières semaines à l’image du samedi 29 mai où des manifestations se sont déroulées dans plus de 200 villes. Ces manifestations surviennent en plein échec de la campagne de vaccination et au moment où le taux de décès atteint des chiffres astronomiques.

lundi 31 mai

Crédits : AFP

De nouvelles manifestations se sont déroulées à São Paulo au Brésil, le samedi 29 mai, afin de protester contre le président brésilien Bolsonaro et sa politique catastrophique de la crise sanitaire. Son portrait, jeté à terre et brûlé, en dit long sur la cote de popularité de l’ancien militaire, qui est tombé à 24%. Des rassemblements se sont ainsi constitués dans au moins 200 villes et plusieurs dizaines de milliers de manifestants étaient présents. Un chiffre qui reste tout de même timide en raison du silence des grandes organisations de gauche qui n’ont pas appelé à manifester telles que la Centrale unique des travailleurs (CUT) et le Mouvement des sans-terre (MST). Parmi les manifestants étaient présents les syndicats de gauche (drapeaux rouges), les écologistes (drapeaux verts), féministes (drapeaux violets) et les drapeaux noirs en hommage aux décédés du Covid, mais aussi un grand nombre de professeurs, d’étudiant.e.s, de fonctionnaires, d’ouvriers syndiqués, de retraités et de membres des classes moyennes.

Avec 461 000 morts, le Brésil fait donc partie des pays les plus touchés par le Covid-19. Pourtant, son chef d’État continue d’appeler le virus une “grippette” et à prendre des bains de foule sans masque. Une situation qui est due à la gestion d’un gouvernement pro-patronal et qui ne prend pas au sérieux la campagne de vaccination, pourtant indispensable afin d’envisager une fin à la pandémie. Néanmoins, une telle campagne n’est envisageable qu’avec la levée des brevets sur les vaccins. Une mesure de cette ampleur permettrait non seulement au Brésil mais à la globalité des pays sous domination impérialiste de sortir d’une telle situation épidémique.

Par ailleurs, des enjeux diplomatiques et donc directement reliés à la politique que mène Bolsonaro entrent en jeu. En effet, le Brésil a actuellement recours aux vaccins AstraZeneca, et au vaccin chinois CoronaVac, dont l’efficacité serait relative. Malgré le fait que le pays possède les infrastructures pour produire et distribuer les vaccins sur son territoire, celui-ci se trouve dépendant de la Chine pour obtenir les principes actifs. Or, les rapports diplomatiques entretenus entre le gouvernement Bolsonaro et le gouvernement chinois étant conflictuels, des retards sont observés quant à la livraison de ces actifs. Des rapports qui s’illustrent par certaines déclarations de Bolsonaro, connu pour avoir eu des propos accusateurs envers la Chine en l’accusant, par exemple, d’avoir voulu créer “une guerre bactériologique”, aboutissant à une situation inquiétante, à l’image de l’interruption de la production du vaccin CoronaVac annoncée il y a quelques semaines par l’Institut Butantan de São Paulo.

Autre problématique : le refus du gouvernement brésilien de recevoir des offres de Pfizer qui aurait pu être livrées dès décembre et qui constituait un total de plus de 70 millions de doses. Une décision justifiée par Bolsonaro sur les effets secondaires du vaccin qui pourraient transformer la population « en crocodile ».

Outre le fait d’interventions peu politiques et même aberrantes, Bolsonaro continue de minimiser la dangerosité du virus pour simplement préserver les intérêts patronaux et de la classe bourgeoise, évidemment beaucoup moins touchée par la pandémie. Aujourd’hui, et selon l’institut PodeData, 57% de la population brésilienne réclame la destitution de l’ancien militaire. Tout comme ce fut le cas pour Trump, la crise sanitaire a pu dévoiler à d’anciens électeurs pro-Bolsonaro la politique pro-patronale du chef d’État qui ne souhaite pas épargner la crise aux travailleurs et aux classes populaires mais bien préserver les intérêts des plus riches.

Les manifestations actuelles sont bien révélatrices du rejet de la politique Bolsonaro de la part d’une partie de la population brésilienne mais elles montrent aussi que la plupart des manifestants soutiennent en opposition, l’ancien président de l’Etat brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva. Le PT et Lula, à la tête de la CUT et des syndicats majoritaires préfèrent cependant ignorer l’ampleur du mouvement pour refuser de remettre en question l’ensemble du régime de coup d’Etat mis en place par Bolsonaro, Mourao, les militaires et l’impérialisme américain qui se cache derrière l’opération Lava Jato. Seule l’unification des travailleurs et des étudiants mobilisés contre l’ensemble du régime du coup d’Etat peut être une alternative dans cette situation de crise historique. Il est nécessaire de soutenir ces vagues de contestations qui s’inscrivent dans un contexte de crise sanitaire, sociale et économique. De manière plus urgente, il est essentiel de revendiquer la levée des brevets partout dans le monde. Comme nous l’écrivions dans un article précédent : « Il est urgent que nous opposions à la gestion autoritaire et capitaliste de la crise sanitaire, une gestion démocratique par la population. Il est urgent d’investir massivement dans les hôpitaux et les structures de santé afin d’augmenter le nombre de lits en réanimation. Exigeons la levée immédiate des brevets sur les vaccins ainsi que la réquisition immédiate de l’appareil de production, ça n’est que sous contrôle des travailleurs et travailleuses que nous pourrons mener à bien une stratégie de vaccination massive ! ».




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