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Brésil. Les députés approuvent la réforme des retraites, une attaque historique contre les travailleurs et la jeunesse

Le dix juillet dernier, les députés ont adopté à une large majorité le projet de réforme des retraites. Au Brésil, où cette réforme a été menée de pair avec la destruction du code du travail, l’allongement du départ à la retraite signifie pour beaucoup de travailleurs brésiliens de devoir se tuer à la tâche jusqu’à leur décès. Parmi les principales personnes touchées par cette réforme, les femmes et les veuves, ainsi que les travailleurs précaires et la jeunesse.

vendredi 12 juillet

Jair Bolsonaro aux côtés de Rodrigo Maia, actuel président de la chambre basse brésilienne. Crédits : Antonio Cruz/Agência Brasil

Le dix juillet dernier, les députés brésiliens ont adopté à une large majorité (379 voix contre 131) le texte de base concernant la réforme des retraites. Très impopulaire, ce projet phare de la bourgeoisie brésilienne avait déjà mené à d’importantes mobilisations des travailleurs et de la jeunesse en 2017 contre l’ex-président Michel Temer.

Une attaque historique contre les travailleurs et la jeunesse

La réforme impose l’âge minimal de départ à la retraite à 65 ans pour les hommes et 62 ans pour les femmes, la durée de cotisation variant en fonction des secteurs professionnels. Au Brésil, où cette réforme a été menée de paire avec la destruction du code du travail, l’allongement du départ à la retraite signifie pour beaucoup de travailleurs brésiliens de devoir se tuer à la tâche jusqu’à leur décès. Parmi les principales personnes touchées par cette réforme, les femmes et les veuves, ainsi que les travailleurs précaires et dits « autonomes ». En effet, en étant pour la plupart exclus d’un système de cotisations mensuelles, ces travailleurs, qui touchent déjà pour la plupart moins que le salaire minimum, voient leurs chances de percevoir une retraite s’amenuiser.

Cette réforme est également une attaque frontale contre les jeunes, puisqu’elle augmente la durée de cotisation, dans un pays où le taux de chômage des jeunes s’élève à 25% selon l’Institut de Recherches Economiques appliquées (IPEA), et où ceux-ci occupent les emplois les plus précaires.

Faire payer la crise aux travailleurs

Le projet a été défendu comme « indispensable » au redressement des finances publiques brésiliennes, dont le paiement de la dette s’élève à un milliard de réals par an. Il devrait, selon les prédictions du gouvernement, permettre d’économiser 168 milliards d’euros sur 10 ans. Un prétexte totalement hypocrite alors que les mêmes députés qui ont approuvés la loi, votaient quelques jours plus tôt des mesures d’exonérations fiscales pour les géants de l’agrobussiness et du lobby évangéliste.
De plus, alors que Bolsonaro se targuait d’être le candidat « antisystème » celui-ci n’a pas hésité à utiliser un vieux procédé de l’establishment brésilien qui consiste à acheter les voix des députés par l’intermédiaire de donations aux fonds municipaux, concernant ici des soi-disant dépenses de santé publiques. Le montant de ces pots de vin, délivrés la veille du passage de la loi à l’assemblée, s’élevait ainsi à 176 millions de réal brésiliens.

Les principaux gagnants de l’endettement public sont pourtant sans aucun doute le capital étranger impérialiste et la bourgeoisie nationale qui détiennent la dette et imposent aux travailleurs de payer la crise. Au-delà de l’argument hypocrite du redressement des comptes publics, il s’agit pour Bolsonaro d’imposer l’une des mesures de prédilection du patronat.

Un statut privilégié pour les forces répressives

Après amendements en seconde session, le texte adopté accorde un régime particulier aux policiers qui pourront, hommes comme femmes, prendre leur retraite presque dix ans avant la majorité des travailleurs brésiliens. Une manière pour Bolsonaro de renforcer son alliance avec les forces policières, fer de lance de la répression contre la jeunesse pauvre, et noire en particulier, et ce au moment où le génocide des Noirs et des habitants des favelas s’accentue, avec presque cinq meurtres par jour dans la ville de Rio de Janeiro.

L’échec de la stratégie parlementariste du Parti des Travailleurs (PT) et du Parti Communiste du Bresil (PCdoB)

Alors que les députés négociaient à l’assemblée cette attaque historique, les principales organisations du mouvement ouvrier ont fait preuve d’une passivité complice. En effet, la stratégie des principales centrales syndicales liées au Parti des Travailleurs (PT) et au Parti Communiste du Brésil (PCdoB), favorables de manière générale à une réforme des retraites, a été celle de la pression parlementaire, se refusant à convoquer un véritable plan de bataille. Le jour du vote à l’assemblée, des manifestations éparses organisées par les syndicats centraux dans certaines régions du pays ont donné le ton de la "résistance". Aucune assemblée n’a été organisée sur les lieux de travail pour préparer la lutte contre cette attaque.

Au-delà de la réforme des retraites, la présidence de Bolsonaro représente une destruction plus poussée des services publiques notamment dans la santé et l’éducation, restreignant l’entrée à l’université des fils de travailleurs, et appuyant en parallèle la répression féroce contre les jeunes des favelas, et promettant un avenir de misères aux travailleurs. Face à cela, les organisations du mouvement ouvrier, notamment du PT et du PC se doivent de mettre en place un véritable plan de bataille auprès de la jeunesse précaire et du mouvement des femmes, qui ont de nombreuses fois démontré leur volonté de lutter contre ce gouvernement réactionnaire.




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