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Élections au Brésil

Brésil. Lula remporte les élections mais le bolsonarisme sort renforcé : il faut le combattre dans la rue !

Lula a gagné les élections au Brésil avec une marge très faible. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour fêter la défaite de Bolsonaro, mais ce dernier sort renforcé de la séquence, dans une situation de haute polarisation. Alors, comment combattre le bolsonarisme ? Billet de André Barbieri, écrivain pour Esquérda Diario (journal frère de Révolution Permanente au Brésil).

mardi 1er novembre

Lula a remporté les élections présidentielles brésiliennes, avec un score de 50,9%, contre 49,1% pour Bolsonaro. Un écart très faible donc, avec moins de 2% de différence… en sachant que Bolsonaro a récupéré beaucoup de votes entre le premier et le second tour.

Bolsonaro devient donc le premier président brésilien à ne pas être réélu après son premier mandat depuis la fin de la dictature, soit 1988. Biden, représentant de l’impérialisme américain, Macron en France, Scholz en Allemagne et d’autres gouvernements européens ont félicité Lula pour sa victoire.

En votes absolus, Lula a obtenu 60,3 millions de votes (3 millions de votes en plus qu’au premier tour), contre 58,2 millions pour Bolsonaro… Soit 7 millions de votes de plus qu’au premier tour. Ces données confirment le scénario de la droitisation en cours, qui s’est illustré lors des élections parlementaires il y a un mois de ça, avec l’avancée du bolsonarisme au Congrès.

Dans l’État de São Paulo par exemple, Bolsonaro a battu Lula avec 1,7 million de voix au premier tour, et au second tour, avec une marge de 2,6 millions de voix. Mais la politique ultra-libérale de l’extrême droite, qui a généré mort, faim et chômage pendant la pandémie de Covid-19, a connu une réponse dans les urnes par les secteurs les plus précaire de la population brésilienne : dans la région du Nord Est, Lula a conservé la même avance de 13 millions de voix sur Bolsonaro qu’au premier tour.

Face au bolsonarisme : Lula entre concessions à droite et union nationale

Lula avait déjà déclaré que "son gouvernement ne serait pas un gouvernement du PT » [Parti des travailleurs], comme en témoigne le soutien reçu par la candidate de la droite traditionnelle Simone Tebet après le premier tour, celui de la conservatrice Marina Silva, ou de son candidat à la vice-présidence, le néolibéral et conservateur Geraldo Alckmin, ainsi que d’autres forces de droite.

Lors de la conférence de presse de dimanche soir, Lula a prononcé un discours d’unité nationale et de conciliation avec les partis et les institutions de l’État (notamment l’armée), tentant d’effacer la division actuelle du pays dans « deux Brésils ». Il n’a pas mentionné qu’il allait revenir sur les principales réformes menées par la droite depuis 2016, celle du travail et celle des retraites, exactement comme l’exigeaient les hommes d’affaires et le grand capital qui l’ont soutenu dans la course électorale.

Lula a souligné l’idée que ce « n’est pas une victoire du PT, mais d’un immense mouvement démocratique qui s’est élevé au-dessus des partis politiques ». « Peu importe à quel parti appartiennent le gouverneur et le maire », il a assuré qu’il y aurait des négociations. Il a déclaré qu’il devra gouverner le Brésil « dans une situation très difficile », en appelant à la « patience » face à une politique gouvernementale qui sera obligée de faire des concessions sur sa droite sur son programme.

Enfin, il a répété que la population souhaite plus de démocratie, des revalorisations salariales supérieures à l’inflation, la liberté religieuse, il s’est élevé contre le racisme et les discriminations. Aussi, il a déclaré vouloir rétablir des relations commerciales avec les États-Unis et l’Union européenne, sans mentionner la Chine. Il a dénoncé les destructions environnementales de Bolsonaro et pris la défense de l’environnement, sans évoquer l’agrobusiness destructeur. « Nous ne sommes pas intéressés par une guerre pour l’environnement, mais nous sommes prêts à défendre [l’Amazonie] » a-t-il déclaré. Il a également salué le pape François et passé en revue des citations bibliques. Puis, il a terminé en saluant Alckmin, après avoir immédiatement salué Simone Tebet et Marina Silva.

Une stratégie perdante ?

Dans un pays en pleine crise, la victoire électorale de Lula se joue dans un contexte de grande polarisation sociale.

Pendant la journée d’élections, les tentatives de fraude menées par les forces bolsonaristes pour empêcher l’électorat de Lula de voter, notamment dans le Nord Est, ont eu des répercussions importantes, soulevant des questions sur la campagne de Bolsonaro.

Le jour du scrutin, la police fédérale des routes (PRF) et l’armée ont mené des opérations visant à trouver différents moyens d’empêcher les gens de voter, en particulier dans la région du Nord Est (plus de la moitié des opérations dans le pays, dans une région qui compte 27 % de l’électorat national). C’est la région où Bolsonaro est le plus impopulaire. Plus scandaleux encore, le directeur du PRF est un partisan avoué de Bolsonaro qui a publié son soutien à Bolsonaro à la veille des élections.

Ces évènements ont affecté le vote dans le Nord Est et dans plusieurs villes où Lula avait un avantage au premier tour. Il s’agit d’une nouvelle ingérence autoritaire de l’appareil d’État répressif, une niche de l’extrême droite, qui s’est inscrite dans la scandaleuse mise sous tutelle avec supervision militaire des élections, avalisée par le juge de la Cour suprême fédérale, Alexandre de Moraes, et le Tribunal suprême électoral (TSE).

Alexandre de Moraes a d’ailleurs eu une politique de connivence absolue avec les agents de police au service de la droite, affirmant qu’ils n’empêchaient pas les bus transportant les électeurs de Lula d’atteindre les bureaux de vote, conformément au rapport du directeur pro-Bolsonaro du PRF, et a dit respecter "tous les policiers". Une preuve complète des mille et un liens entre le système judiciaire autoritaire et l’appareil d’État répressif.

Face à l’extrême-droite, aucune confiance en l’Etat : la réponse est dans la rue !

L’autoritarisme judiciaire fait partie des manœuvres de la droite qui facilitent le chemin du bolsonarisme depuis 2016, et ne peut être l’allié des travailleurs et des classes populaires brésiliennes. Aucune confiance ne peut être portée sur le Tribunal Electoral.

Ainsi c’est seulement par la force de ces derniers, par la grève et les mobilisations, qu’il est possible de stopper les menaces de l’extrême droite. De la même manière, face à toute menace de coup d’État ou de remise en cause des résultats électoraux par Bolsonaro, il est nécessaire de se mobiliser dans la rue, avec des appels de la part des directions syndicales notamment, pour paralyser le pays.

Car le bolsonarisme n’a pas disparu ; au contraire, il sort renforcé de la période.

Et l’alliance Lula-Alckmin, qui a étendu ses alliances à droite au nième degré, a montré que ce « Front large » contre Bolsonaro a fini par être un booster du vote d’extrême droite - phénomène qui est clairement apparu au premier tour.

Avec un programme de conciliation de classe, la campagne de Lula promettait de ne pas toucher aux réformes réactionnaires de ces dernières années, telles que la réforme du travail et des retraites, tout en étant guidée par l’agenda conservateur dicté par Bolsonaro, en publiant une lettre aux leaders évangélistes leur promettant leur participation à la politique, ainsi que la promesse de ne pas légaliser l’avortement. Des concessions terribles, qui ne font que renforcer les fondations mêmes du bolsonarisme.

Nous partageons le sentiment de haine contre Bolsonaro de tous les travailleurs, la jeunesse et les classes populaires qui ont rejeté l’extrême droite, et nous nous réjouissons de la défaite électorale de Bolsonaro. Dans le même temps, nous réaffirmons qu’il est impossible d’affronter le bolsonarisme en s’alliant avec la droite, comme le font Lula et le PT. Il est nécessaire de préparer la lutte contre le bolsonarisme et l’héritage du coup d’État indépendamment du gouvernement, en organisant la lutte par la base.

Après la défaite de Bolsonaro, l’axe principal doit être celui de la lutte pour l’abrogation totale de toutes les réformes et privatisations. La lutte pour la réduction de la semaine de travail à 30 heures sans réduction de salaire, en répartissant les heures de travail disponibles entre tous les travailleurs pour mettre fin au chômage et unir les employés et les chômeurs : voilà un exemple de revendication qui ne se gagnera jamais aux côtés de la droite et du grand capital.

Cette bataille est fondamentale pour préparer la construction d’une alternative indépendante, ouvrière et socialiste, qui donnera une réponse forte à la crise et affrontera efficacement l’ultra-droite et le boslonarisme.

[Article traduit de La Izquierda Diario]



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