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Déclaration du MRT brésilien

Brésil. « Pour une grève nationale contre les putschistes et pour l’abrogation des réformes réactionnaires »

Après la mobilisation de l’extrême-droite dimanche, le Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs brésilien appelle à une réponse ouvrière et populaire en indépendance de l’Etat. Aucune confiance dans la police et la droite pour résoudre la situation : les directions syndicales doivent appeler à la grève et à un plan de bataille contre les actions putschistes, pour l’abrogation des réformes du travail et des retraites et contre toutes les privatisations !

Esquerda Diário Brésil

10 janvier 2023

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Huit jours après l’investiture de Lula, la base protofasciste d’extrême droite a de nouveau organisé des actions réactionnaires ce dimanche. Celles-ci ont bénéficié de la connivence ou du soutien de la Police Militaire et du responsable de la Sécurité de Brasilia, Anderson Torres (ancien ministre de la Justice de Bolsonaro), et du gouverneur du district fédéral Ibaneis Rocha, suspendu pour 90 jours sur décision du Ministre de la Cour Suprême Alexandre de Moraes.

Sans cela, les manifestants n’auraient pu rentrer pénétrer aussi facilement les édifices des « Trois Pouvoirs » de Brasilia. L’intérieur de la Cour suprême, le Palais du Planalto et le Congrés ont été pris d’assaut et saccagés. Des images montrent la police escortant la manifestation jusqu’au siège des trois institutions.

L’appel à cette manifestation était connu depuis des jours et ces événements prévisibles, ce qui renforce les soupçons de soutien de la part des forces de police et du gouvernement de Brasilia, sans qui ces émeutes n’auraient pu aller aussi loin. C’était déjà le cas lors des actions organisées par ces mêmes putschistes à la suite des résultats de l’élections présidentielles, incendiant des bus et bloquant des routes, qui avaient rencontré une certaine sympathie parmi les forces de l’ordre.

Alors que les médias évoquent un « Capitole » brésilien, plusieurs représentant de pays impérialistes à l’échelle internationale tels qu’Emmanuel Macron, le président américain Joe Biden, et plusieurs chefs d’État latinoaméricain, entre autres, ont dénoncé ces actions. Loin de toute motivation démocratique, les gouvernements impérialistes de la France et des États-Unis condamnent ces actions afin d’envoyer un message à leurs propres oppositions en interne, comme Trump et Marine Le Pen.

Au Brésil, le rapport de forces et le contexte politique actuels ne permettent aujourd’hui pas à ces manifestations d’élargir le soutien dont elles bénéficient à l’heure actuelle, y compris au sein des bases populaires de l’extrême-droite. Au contraire, il semblerait que cette énième action creuse le fossé entre un secteur plus radicalisé et la base électorale de Bolsonaro.

Ces éléments tendent à renforcer l’unité du régime et de la majorité de la bourgeoisie autour du gouvernement Lula-Alckmin, augmentant le sentiment d’unité nationale contre l’extrême-droite parmi les masses et la tolérance vis-à-vis de la présence de figures de la droite au sein du gouvernement. Ce type d’unité avec les secteurs bourgeois et les institutions du régime sont un frein au développement d’une réponse politique de la classe ouvrière et des mouvements sociaux, avec leurs propres méthodes, imposant leurs revendications à l’agenda politique. Or, ce serait la seule issue pour combattre efficacement l’extrême-droite.

Pendant ce temps Jair Bolsonaro, qui se trouve réfugié à Orlando aux Etats-Unis, a publié un tweet essayant de se dissocier des actions. Il doit cependant être tenu responsable de ces événements, qu’il a encouragé tout au long de son mandat, pendant la campagne électorale mais aussi par son silence après sa défaite électorale. Un élément central de sa politique a de fait été s’encourager ces actions putschistes.

Comme nous l’avons toujours affirmé, l’extrême droite n’allait pas disparaître avec les élections. Elle se montre plus que jamais active et polarise le spectre politique à droite. Cette pression sert d’excuse au gouvernement pour justifier ses concessions à la droite, et de renforcer les mesures autoritaires et répressives.

Dimanche soir, Lula a fait une déclaration à la télévision nationale, décrétant que la sécurité du district de Brasilia allait être placée sous la responsabilité de l’État fédéral, confiant aux institutions de l’État capitaliste le soin de répondre à ces actions réactionnaires. Pourtant, ce sont ces mêmes forces de l’ordre qui ont favorisé la croissance de l’extrême droite depuis le coup d’État institutionnel de 2016. Notre classe ne devrait pas faire confiance à ces institutions, ni espérer qu’elles « défendent la démocratie » ou règlent le problème du bolsonarisme.

Au contraire, même si leur attention est temporairement tournée vers l’extrême-droite, elles sont un violent instrument de contention des luttes sociales et ouvrières. Aussi, de telles mesures déplacent le rapport de forces à droite. Elles placent les institutions du régime et les mécanismes les plus autoritaires en garants de l’ordre, empêchant ainsi les tentatives de mobilisation indépendantes qui articulent des luttes contre les réformes réactionnaires du bolsonarisme et les menaces de coup d’État.

Le soutien aveugle de secteurs de la gauche institutionnelle, comme le PSOL, à l’intervention fédérale, et la revendication que le bonapartisme judiciaire (qui a mené le coup d’État institutionnel de 2016) « garantisse la démocratie », envoyant un signal de confiance dans les institutions du régime, finira par se retourner contre les travailleurs et la gauche elle-même. On ne peut pas oublier que c’est lors de l’intervention fédérale du putschiste Temer, en 2017, que la conseillère municipale de gauche Marielle Franco a été assassinée, et que de nombreux crimes contre la population noire et les habitants des favelas ont été perpétrés. Rappelons également le rôle des forces répressives à Brasilia contre les travailleurs et les mouvements sociaux, comme lors des manifestations contre les lois Travail de 2017 ou contre les indigènes en 2021.

Il y a une réaction en cours des partisans du régime politique, dégradé par le coup d’État institutionnel, qui cherchent à contenir davantage le bolsonarisme. Rodrigo Pacheco, président du Sénat, Arthur Lira, président de la Chambre des députés et membres de la Cour suprême, ont fait des déclarations en ce sens.

Il y a quelques jours, le ministre de la Défense du gouvernement Lula, José Múcio, a déclaré que les actions de cette base d’extrême droite, qui campe devant les casernes des forces armées, étaient des « actes de démocratie ». L’homme politique issu d’Arena, le parti de la dictature militaire, choisi par Lula et exalté par les militaires et par Bolsonaro, a également déclaré qu’il avait des parents et des connaissances parmi ces secteurs.

Pour l’instant, la plupart des militaires qui ont soutenu l’ensemble du gouvernement Bolsonaro ne se sont pas prononcés, car les secteurs mobilisés sont aussi leur base sociale. L’ex vice-préident d’extrême-droite Hamilton Mourão a posté un tweet se désolidarisant des actions. La veille de l’investiture de Lula, il a également blâmé Bolsonaro pour « l’usure » que subissent les forces armées, mais sans nommer directement ce dernier.
Des personnalités bolsonaristes comme Tarcísio de Freitas, gouverneur de São Paulo, ont dû se désolidariser de la « violence » des actions, affirmant que l’opposition et les manifestations devaient se faire pacifiquement. Un symptôme qui indique que le rapport de forces actuel ne fournit pas de bonnes conditions pour que des actions comme celles de dimanche aient le soutien de la base bolsonariste plus large.

Il n’est pas possible de combattre l’extrême droite en se réconciliant avec elle, avec des personnalités comme Múcio ou Daniela do Waguinho, ministre du Tourisme du gouvernement Lula entretenant des relations étroites avec les milices de Rio de Janeiro, en plus d’être membres de l’União Brasil, le parti allié de Bolsonaro en 2018.

Nous ne pouvons pas laisser la lutte contre l’extrême droite entre les mains de la police - qui a plus d’une fois montré sa sympathie à l’égard du bolsonarisme - ni des institutions de l’État capitaliste et de ses mécanismes autoritaires. La conciliation de classe n’a historiquement fait qu’ouvrir plus d’espace à l’extrême droite. Pour cette raison, les organisations politiques qui se placent à gauche du PT et de la bureaucratie doivent se positionner indépendamment du gouvernement, comme nous en avons discuté avec le PSOL.

Notre rejet le plus déterminé de toutes les actions des putschistes consiste à définir la meilleure stratégie pour faire face au bolsonarisme, par les méthodes de la classe ouvrière, en organisant un front ouvrier uni, qui ne pourra voir le jour qu’en combinant la lutte pour l’abrogation des réformes réactionnaires et le soutien aux luttes sociales en cours, comme la mobilisation des livreurs de repas le 25 janvier.

C’est pourquoi il faut que la CUT [principale centrale syndicale, dirigée par le PT, NdT] et les autres centrales syndicales sortent immédiatement de leur paralysie et appellent à une grève nationale et à un plan de lutte. La Fédération Unique des Travailleurs du Pétrole doit mobiliser ses militants contre les menaces graves dans les raffineries, en organisant les raffineurs à la base.

« Pas d’amnistie » pour Bolsonaro et tous ses partisans doit aussi signifier la lutte décisive contre les réformes du travail et des retraites, de la sous-traitance et contre toutes les privatisations, pour unifier les énormes contingents de la classe ouvrière, comme les coursiers qui se mobilisent pour une journée nationale de grèves le 25 janvier, main dans la main avec les mouvements sociaux. C’est le seul moyen d’inverser la conjoncture politique héritée du coup d’État de 2016 et des gouvernements de Temer et Bolsonaro.

Seules les méthodes de lutte de la classe ouvrière, en indépendance de classe, garantissent que cette lutte sera menée jusqu’au bout. C’est pourquoi la politique des secteurs du PT et des syndicats eux-mêmes, condamnant la mobilisation des coursiers, est absurde.

Ceux qui disent que les mobilisations ouvrières vont renforcer l’extrême droite sont les vrais responsables de son développement. C’est pourquoi nous voulons dialoguer avec tous les travailleurs et les jeunes qui veulent se mobiliser contre l’extrême droite, en montrant que l’issue à la situation n’est pas la défense de l’unité nationale bourgeoise et de l’escalade autoritaire qui l’accompagne avec l’intervention fédérale, mais la construction d’une politique indépendante.

Ce n’est qu’avec cette mobilisation de la classe ouvrière, unifiant jeunes, femmes, indigènes, hommes et femmes noirs, LGBTs, en indépendance de l’État, que nous pourrons mettre un terme à ces mobilisations réactionnaires, qui alimentent l’extrême droite et maintiennent en vie un régime politique très dégradé, qui soumet les travailleurs et les pauvres à la faim et au chômage tandis que les entrepreneurs et l’agro-industrie engrangent des millions.

Ce plan de lutte doit proposer une perspective de fond, qui articule la bataille pour que les capitalistes paient la crise, celle pour mettre un coup d’arrêt aux menaces de coup d’État de l’extrême droite et celles pour lutter contre les oppressions et pour la défense de l’environnement.

Traduction : Jyhane Kedaz.


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