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"Marielle presente !"

Brésil : Un an après le meurtre de Marielle Franco, deux anciens policiers arrêtés

Le 14 mars 2018, Marielle Franco, conseillère municipale à Rio de Janeiro, militante afro-féministe PSOL était assassinée. Ce mardi 12 mars, deux anciens policiers suspectés du meurtre sont arrêtés. Mais une question reste à résoudre : Qui a commandité l'assassinat ?

mercredi 13 mars

Crédits photo : Facebook Manuela Matos Monteiro

Il y a un an, Marielle Franco, militante du PSOL (Parti Socialisme et Liberté), conseillère municipale de Rio, engagée dans la lutte contre la corruption et pour le droit des minorités, ainsi que le conducteur de la voiture dans laquelle elle se trouvait, furent froidement exécutés de plusieurs balles dans la tête. Très vite, les soupçons se tournent vers la Police militaire dont Marielle Franco dénonçait les exactions dans les quartiers populaires de Rio.

Depuis un an, l’enquête qui semblait être au point mort a fait un premier pas ce mardi. Un policier militaire à la retraite, tireur d’élite, Ronie Lessa, 48 ans et un ancien policier révoqué de la police militaire, Elcio Vieira de Queiroz (46 ans), ont été arrêtés.

Le premier est accusé d’être l’auteur des coups de feu qui ont tué Marielle et Anderson, tandis que Queiroz est accusé d’être le conducteur de la voiture utilisée dans le crime. Le bureau du procureur général accuse les deux hommes d’homicide volontaire mais aussi de tentative de meurtre de la conseillère parlementaire Fernanda Chaves, qui se trouvait également dans la voiture avec Marielle et le chauffeur.

Les deux policiers semblent avoir le bras long. Ronie Lessa vivait dans la même résidence que Jair Bolsonaro jusqu’à ce qu’il devienne président. Selon l’enquête, le suspect menait des recherches régulières sur internet pour connaître parfaitement les lieux que Marielle fréquentait. Le second suspect, Queiroz était membre d’un réseau de corruption policière, membre de la sécurité de jeux illégaux à Rio mais plus encore, on a retrouvé une photo de lui apparaissant avec Bolsonaro. Les services du procureur de Rio en charge de la lutte contre le crime organisé ont déclaré que « l’assassinat a été méticuleusement planifié pendant les trois mois qui ont précédé le crime ». Cependant, l’enquête n’a pas révélé qui sont les commanditaires de cet assassinat politique.

Les milices paramilitaires, formées surtout d’anciens policiers sont apparues il y a une vingtaine d’années dans le cadre de la « guerre contre la drogue » (ou, plutôt, de la guerre pour le contrôle du territoire et du trafic) dans les quartiers pauvres de Rio. Elles sèment aujourd’hui la terreur avec des systèmes sophistiqués d’extorsion et de corruption et font désormais la loi dans les favelas.

Les activités militantes de Marielle Franco contre la corruption, les violences policières et les trafics des milices dans les favelas dérangeaient particulièrement tandis que les élections présidentielles approchaient.

En effet, l’assassinat de Marielle et d’Anderson est survenu dans un contexte politique précis : la plaie ouverte par le coup d’Etat institutionnel contre Dilma qui a porté au pouvoir Temer n’était pas refermée ce qui a permis l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro. Marielle a été assassinée alors même que l’ancien président Temer avait décrété la mise sous tutelle de la ville de Rio. Pour la façade, Temer prétendait ainsi mettre un terme aux violences dans les favelas. Mais l’objectif réel était de réprimer les mobilisations contre les réformes du travail et de la sécurité sociale et de blinder le régime. A la suite du coup d’Etat institutionnel contre l’ancienne présidente Dilma Rousseff et de la mise en accusation de Lula la situation, loin de s’améliorer, a empiré. C’est ce dont attestent les nombreux assassinats de jeunes de favelas par la police militaire ces derniers mois. C’est notamment contre ces violences que se dressait la conseillère municipale, Marielle Franco, au moment où elle a été assassinée.

L’État est responsable de la mort de Marielle et veut absolument éviter une instruction judiciaire qui irait jusqu’au bout. L’enquête traîne et subit d’innombrables obstructions, tout en étant la plus discrète possible afin de préserver les responsables du meurtre. Il est clair que ce ne sera pas le pouvoir judiciaire, dont l’autoritarisme a été un pilier central du coup d’État institutionnel et de l’avancée de l’extrême droite, qui rendra justice à Marielle.

Un an après le meurtre de Marielle et Anderson, ce jeudi 14 mars, de nombreuses manifestations sont prévues dans tout le pays mais également au niveau international. L’occasion pour que la mobilisation massive qui avait soulevé, l’année dernière, tout le pays indigné par son assassinat reprenne, pour exiger l’arrestation de ceux qui ont ordonné sa mort et réclamer vérité et justice pour Marielle à travers une enquête et un procès indépendants du pouvoir corrompu.




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