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Notre classe

Au supermarché

Brèves de caissière. Entre la bûche et les Fêtes

La foule est passée. A la fin de la journée, ce sera Noël en famille. Des centaines, des milliers de personnes sont passées avec leur caddie plein à craquer. D’autres moins. A la caisse on entend de tout. Les gens parlent seuls ou avec nous. « On se ruine pour les fêtes ». « Quelle corvée ». « Vivement que ça passe ! ». Et bip bip bip toute la journée. « Et ça vous fait 276€ Madame… ».

lundi 4 janvier 2016

Mariana Cano
La petite mamie qui est seule toute l’année aujourd’hui est contente. Ses petits-enfants viennent la chercher pour le réveillon. Une autre n’aura la visite de personne. Elle ne veut même pas entendre parler des fêtes, elle va se coucher tôt. Un vieux Monsieur aussi sera seul. Il prend seulement une baguette et une boîte de pâté.
Nous, on a mal aux bras et aux épaules à force de passer tant de produits. On a fait une pause pour manger du pain et de la charcuterie que le patron a mis sur la table. Comme c’est gentil…
Mais de quoi nous plaignons-nous ? À 20h on sera dehors, ça va. Il y en a plein qui passent Noël au pied de leur machines, à l’usine parfois. Et eux, de toute façon, de quoi se plaignent-ils aussi ? S’ils ont un boulot, c’est déjà pas mal. Et puis on est en France ! On est en État d’urgence mais tout va bien. On se rassemble autour du sapin, on mange, on boit un coup et on reçoit des cadeaux…
A ma caisse j’ai le temps de penser à tout ça. J’annonce bip bip bip des chiffres de manière mécanique, et bip bip bip. Je pense à ces enfants qui ne reçoivent rien pour Noël ni pour leur anniversaire. Certains ont froid, ils n’ont pas de chaussures ni d’habits chauds, pas grand-chose à manger non plus. Peut-être pas en France, mais ailleurs. Je pense aux enfants en Bolivie ou au Congo, qui travaillent dans les mines où l’espérance de vie n’arrive pas à 30 ans. Saloperie de capitalistes.
Je pense aux enfants qui traversent la mer en bateaux et y laissent la vie. A leur mère, à leur frères, tous au fond de la mer…
Y en a d’autres qui reçoivent des bombes sur leurs maisons le jour de Noël. Là-bas, à Bethléem, en Cisjordanie où serait né Jésus.
Et nous, ici, il fait bon. Le temps est doux, cette année.
Allez, bip bip bip, on se prépare pour une autre petite semaine de bip bip bip. Mais on trinque à tous ces enfants du monde et à leur triste sort en espérant que nos vœux révolutionnaires se réalisent.




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