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Brexit : entre autoritarisme de Johnson et manifestation contre le « coup d’État »

La suspension du parlement britannique par Boris Johnson à l'heure où le débat sur le Brexit est crucial a déclenché des manifestations contre cette mesure anti-démocratique. Ce renforcement de la dynamique autoritaire au Royaume-Uni illustre la crise profonde que traverse le pays.

lundi 2 septembre

Un gouvernement en crise profonde

La décision de Boris Johnson, prise en accord avec la reine, de suspendre le parlement pendant les cinq prochaines semaines révèle à quel point le nouveau gouvernement anglais n’est pas assuré dans ses positions. En effet, le 31 octobre prochain, le Brexit doit être entériné et l’enjeu est désormais de savoir si une date ultérieure peut être fixée ou si le Royaume-Uni uni va sortir sans aucun accord avec l’Union européenne. Élu cet été au parlement avec une courte majorité conservatrice, le mandat de Johnson est dès le départ marqué par un manque de légitimité d’un côté et une volonté de mener jusqu’au bout un Brexit que Theresa May n’aura pas réussi à arracher.

Le leader conservateur s’appuie sur une rhétorique populiste ces derniers jours, fustigeant les conservateurs ayant dénoncé sa manœuvre pour empêcher les parlementaires de débattre en ces temps troubles : « Allez-vous choisir le camp de Jeremy Corbyn et de ceux qui veulent annuler le référendum [de 2016] ? Allez-vous choisir le camp de ceux qui veulent effacer le verdict démocratique des citoyens et plonger le pays dans le chaos ? Ou alors le camp de ceux qui veulent respecter le mandat populaire ? ». En brandissant le vote des anglais en 2016, Johnson entend semer la confusion entre les opposants au Brexit et ceux qui ne veulent pas du « no deal », c’est-à-dire l’absence d’accord avec l’UE, vers laquelle l’actuel premier ministre anglais semble bien se diriger.

Ce dernier n’a d’ailleurs pas hésité à lancer des menaces contre les députés de son propre camp favorables à une sortie avec accord de l’UE. Aux prochaines élections générales, les députés frondeurs pourraient se voir priver de l’investiture du parti. Une telle mesure, si elle semble excessive dans les rangs de conservateurs, n’en dévoile pas moins avec quel poigne de fer Johnson entend mener ses troupes au Brexit quitte à resserrer brutalement les rangs ou à se mettre à dos une partie de ses soutiens. Le premier ministre anglais navigue en effet toujours en eaux troubles puisqu’il ne dispose que de la majorité plus une voix à la Chambre des communes.

Manifestations contre le « coup d’Etat » de Johnson

La réaction face à la décision de Johnson n’est pas venue uniquement du rang des parlementaires. Elle s’est aussi fait entendre dans la rue le week-end dernier. Une importante pétition avait déjà reçu un million de signatures pendant la semaine pour protester contre la décision du premier ministre mais c’est l’ampleur la mobilisation au Royaume-Uni qui a marqué les esprits.

Le #StopTheCoup (Arrêtez le coup d’État) a mobilisé dans plus de trente villes plusieurs centaines de milliers de personnes contre les manœuvres de Boris Johnson. Plusieurs des participants dénonçaient les prérogatives que s’octroit le premier ministre et le spectre de l’extrême droite dans ces décisions. Johnson vient en effet de décider un arrêt du parlement d’une longueur historique surtout pour un dirigeant non-élu au suffrage universel (il n’a été élu que par les membres du parti conservateur).

A Londres, les manifestants se sont rendus à Downing Street, lieu de résidence du premier ministre, et ont scandé des « Shame on you » et des « Stop the Coup ». Les préoccupations démocratiques étaient au centre de leurs revendications. Le mouvement Momentum, proche de Corbyn, avait appelé à des actes de désobéissance civile mais ils n’ont pas été très suivis par les manifestants à Londres.

La réaction suscitée ce week-end face aux dérives bonapartistes et anti-démocratiques de Boris Johnson illustre la crise aussi bien du Royaume-Uni que de l’Union européenne. D’un côté comme de l’autre, les tendances nationalistes et les effets de la crise économique ouvrent la voie à des coups de forces et à des régimes « démocratiques » de plus en plus teintés d’autoritarisme.




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