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Brexit saga : chronique d’une démission annoncée

Les rumeurs d’une possible démission forcée de la Première ministre britannique se sont avérées fondées, ce vendredi matin. Poussée en partie par le manque de consensus au sein même des Tories et notamment, par l’échec du projet de Brexit, rejeté plusieurs fois au sein du parlement. Boris Johnson, ancien maire de Londres et favori au sein du parti conservateur, est le candidat le plus probable pour remplacer la Première ministre.

vendredi 24 mai

Crédit photo : TOBY MELVILLE / REUTERS

Ce vendredi matin, depuis le 10 Downing Street, la Première ministre du Royaume Uni, Theresa May a annoncé son départ. Depuis des mois, elle subissait des critiques virulentes de la part des « hard brexiters » qui ne voulaient pas d’un accord de sortie négocié avec l’Union Européenne, mais aussi contestée par les travaillistes avec Jeremy Corbin à la tête et notamment ses « alliés » du parti démocratique unioniste nord-irlandais.

La conjoncture n’était pas du tout favorable, les prochaines élections européennes annoncent une débâcle pour le parti conservateur (moins de 10% des voix), n’ayant pas été capable de satisfaire ses bases pro-Brexit. Le parti travailliste n’est pas en bonne posture non plus, ce qui confirme nos prévisions sur une crise profonde de gouvernementalité qui traverse la Grande-Bretagne depuis plusieurs années, mais aussi d’autres puissances européennes, comme l’Allemagne et l’Espagne notamment.

L’accord avait été rejeté par le parlement britannique à trois reprises, une quatrième proposition d’accord devait se réaliser début juin mais le nouveau calendrier annoncé par May laisse cette option de côté. Pour les « hard brexiters » cet acharnement pour trouver un accord de sortie avec l’UE a provoqué leur exaspération, leur perte de confiance et une défiance envers May qui sont traduites par une vague de reproches et critiques qui ont déferlé en interne du parti à l’encontre de la Première ministre.

Entre temps, la course aux candidats est déjà en marche, avec Boris Johnson à la tête, mais aussi Dominic Raab qui représente une jeune frange libérale, plus radicale que celle représentée par Johnson, ou encore Jeremy Hunt, ministre des Affaires étrangères du gouvernement May, qui représente les voies les plus modérées du brexit.

En fin Théresa May a terminé son discours devant la très populaire porte noir du « Ten Downing Street » au bord des larmes en disant « Je vais bientôt quitter la fonction qui a été l’honneur de ma vie de servir. La deuxième femme première ministre, mais certainement pas la dernière  ». « Je pars sans mauvaise volonté, mais avec une immense et durable gratitude, d’avoir eu la possibilité, de servir le pays que j’aime ».

La première ministre britannique à tout tenté pour réaliser un Brexit avec accord qui serait le plus avantageux pour la city et le capital financier européen, allant jusqu’à une éphémère alliance avec ses ennemis jurées, les travaillistes. Des pourparlers qui n’ont pas abouti en vue des faiblesses du gouvernement May, l’objectif étant de trouver un compromis, avec un Brexit permettant tout de même un accord sur une union douanière avec l’UE.

La dernière manœuvre en date, effectué il y a quelques jours seulement, ce fut la promesse d’appeler à un nouveau referendum, un dernier essai pour draguer certains ministres travaillistes. Sauf que ce referendum n’est serait pas basé sur le brexit en soit mais sur les conditions de sortie de l’UE. « Votez ma loi, et vous pourrez ensuite l’amender en prévoyant un deuxième référendum » puis, « Les députés qui veulent un référendum sur l’accord ont besoin d’un accord, et donc de la loi qui le rend possible », a-t-elle réaffirmé.

Toutes ces tentatives ont fait faillite, aujourd’hui l’issue la plus probable serait celle d’un Brexit dur en vue des options de remplacement qui sont sur l’échiquier. Autant Boris Johnson et Dominic Raab étant partisans de cette solution.

Le Brexit a déjà coûté le poste de deux premiers ministres : James Cameron et Théresa May. Mais dans l’histoire ce sujet à été moteur de plusieurs crises au sein des gouvernements britanniques, n’oublions pas Margaret Tacher et sa phrase célèbre « Nous voulons récupérer notre argent  », le sujet européen avait accéléré la chute de la dame de fer, mais aussi de son successeur John Major, les quatre personnalités politiques étaient membres du parti conservateur.

Entre temps la population européenne reste dans une impasse, acculée par les politiques libérales, le chômage chronique et l’austérité, prônée par Bruxelles. De l’autre coté le populisme d’extrême droite gagne du terrain avec de vaines promesses d’un avenir meilleur sous l’égide du drapeau nationale et la défense des intérêts nationaux à tout prix. Autant l’une que l’autre ne sont que de fausses solutions, qui mèneront le sort des travailleurs européens dans une impasse. La seule union européenne possible est celle des travailleurs, qui sera obtenue à travers la mobilisation et l’organisation des travailleurs, étudiants et chômeurs autant contre le libéralisme de Bruxelles mais aussi contre la xénophobie réactionnaire incarné par le populisme de droite.




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