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Politique

Face à la dictature patronale

Bridgestone déterminé à fermer : faire grève, occuper, les salariés doivent prendre leurs affaires en mains !

Le couperet est une nouvelle fois tombé : la direction de Bridgestone a réitéré ce lundi que la fermeture du site de Béthune est bien « la seule option ». Une annonce, une nouvelle fois, terrible. Mais une confirmation qui, à rebours de toutes les illusions que la classe politique a cherché à semer, a le mérite de montrer que la solution pour sauver les emplois ne viendra par en haut, mais bien des premiers concernés : les travailleurs licenciés, les milliers de familles qui dépendent de ces emplois. Pour sauver l’usine, et les emplois, il va falloir reprendre nos affaires en mains. Ils veulent fermer l’usine : grève, occupation, il nous faut exiger la nationalisation sous contrôle des travailleurs !

mardi 22 septembre

Crédits photos : MICHEL SPINGLER/AP

Rencontre avec le gouvernement, « accords de méthodes », depuis plusieurs jours, des signaux légers donnaient à penser que l’horizon s’éclaircissait quant à un scénario alternatif à la fermeture de l’usine. Mais ce lundi une annonce fracassante a clôturé la rencontre multipartite entre gouvernement, élus, direction du site et organisations syndicales. Dans un communiqué, la direction de Bridgestone a indiqué que la fermeture du site de Béthune était "la seule option" possible, mais qu’elle entendait "participer activement à la recherche de solutions pour le site et le territoire".

Terminées donc les illusions que la classe politique avait cherché à véhiculer moyennant des larmes de crocodile. Report de la fermeture, investissements sous conditions, réindustrialisation du site, autant de « solutions » qui avaient été envisagées lors de l’annonce de la fermeture de Whirlpool à Amiens en 2017 où quelque 290 emplois étaient menacés. Autant de pseudo-solutions qui ont fini par mener à la reprise en juin 2017 par un entrepreneur picard contre un chèque de 2, 5 millions d’euros. Résultat des courses trois ans plus tard : l’entreprise a été mise en redressement judiciaire, la grande majorité des emplois supprimés. C’est ce que rappelle notamment Frédéric Chanterelle, délégué CFDT chez Whirlpool : « Les accords de méthode, les cabinets de reclassement, les millions dépensés... c’est toujours le même fonctionnement pour se retrouver à la fin, comme nous, avec très peu de CDI et un repreneur complètement foireux ». Avant d’ajouter « Le reclassement va se terminer en novembre et sur 290 salariés, moins de 60 ont retrouvé un CDI, c’est très, très peu ». Même son de cloche du côté de l’ancien délégué CGT de Continental, Xavier Mathieu, qui explique dans La Voix du Nord : « J’entends les politiques et en particulier Xavier Bertrand pousser des cris d’orfraie. Mais ils avaient poussé les mêmes pour nous. C’est du cinoche ! Ils n’ont rien à vendre ! J’ai envie de dire aux salariés de Bridgestone, ne faites pas confiance aux politiques »

Pourtant, du côté des syndicats de Bridgestone, le ton n’est pour l’instant pas le même. En effet, ceux-ci affirment conserver « un petit espoir » quant au maintien de l’activité après la réunion de crise avec le gouvernement. « On connaît cette direction de Bridgestone, comment elle opère. Mais il y a quand même un petit espoir du fait qu’ils acceptent de discuter : on aurait pu dire la porte est fermée, pas de discussion. Donc on s’accroche à ça », a ainsi affirmé Bruno Wable, secrétaire adjoint de la CGT Bridgestone. Du côté de la CFDT, le ton donne à penser que désormais, le gouvernement serait prêt à sauver le site : « Maintenant, c’est clair et net, l’État veut vraiment mettre de l’argent sur la table pour un projet cohérent » autour des pneus « à grosse dimension ».

Une position l’illusion qui semble adhérer aux promesses du gouvernement et des élus et qui, sous couvert de « dialogue social » et d’un « accord de méthodes », conduit à donner l’impression que seul le gouvernement pourrait intervenir pour donner une issue à la situation. Une position qui pose d’autant plus question que c’est le gouvernement qui n’a eu cesse de voter un ensemble de lois visant à faciliter voir à démultiplier les licenciements, de la loi Travail XXL aux ruptures conventionnelles collectives, et qui a distribué des milliards de subventions du plan de relance à des entreprises comme Renault qui suppriment par milliers des emplois.

A rebours de toute illusion quant à la classe politique (on se rappelle comment Emmanuel Macron et Marine Le Pen, en plein entre-deux-tours, avaient instrumentalisés la lutte des Whirlpool à Amiens) c’est au contraire en leurs propres forces, celles des travailleurs qui font aujourd’hui tourner le site, ainsi que les prestataires et sous-traitants, sur lesquelles il faut compter. Christian Duchateau, délégué CGT Bridgestone, évoquait d’ailleurs cette perspective lors du premier piquet devant le site la semaine dernière : « Si l’Etat débloque une enveloppe pour des millions, qu’il nous donne des millions. On va montrer qu’on est capable de faire des pneus et de fournir un marché pour la France et l’Europe, sans les patrons, on est capables de le faire ! »

La direction de Bridgestone montre toute sa détermination dans cette guerre de classe : les profits avant tout, nos vies ne valent rien. Face à leur détermination, nous devons opposer la nôtre en toute indépendance de classe. Aucune solution ne viendra par en haut comme l’ont montré récemment les fermetures de Ford Blanquefort ou Whirpool, comme celles de Continental et Goodyear il y plusieurs années de cela qui ont toutes approfondi la catastrophe sociale dans la région, avec son lot de divorces et de suicides qui brisent les vies de familles entières.
Contre cette dictature patronale, les travailleurs doivent opposer leurs méthodes de luttes. Premièrement, les syndicats de Bridgestone devraient, dans l’intérêt de l’ensemble des travailleurs, rompre immédiatement avec le « dialogue social » et avec cette « accord de méthodes » qui en définitive permet de maintenir les illusions qu’une solution viendra par la voie institutionnelle, mais aussi de faire gagner du temps à la direction et au gouvernement. Ensuite, face à leur projet de fermer l’usine les travailleurs ne peuvent rester spectateur. Seules les méthodes de la lutte de classe peuvent permettre de créer un rapport de force à la hauteur et de renverser la situation : pour sauver l’emploi, il y a ainsi urgence à occuper l’usine et exiger la nationalisation sous contrôle des travailleurs, sans indemnités ni rachat !




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