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Monde

Notre mémoire et la leur

Bristol. La statue d’un esclavagiste reste en place 125 ans, celle d’une antiraciste moins de 24h

Une statue d'une militante anti-raciste a été installée clandestinement à Bristol, pour remplacer celle d'un esclavagiste. Elle a été retirée en moins de 24h. Une bataille politique pour la mémoire des luttes antiracistes et contre l’héritage esclavagiste entretenu par la classe capitaliste.

jeudi 16 juillet

Il y a quelques semaines nous assistions à des scènes exprimant la haine contre les racistes et l’héritage esclavagiste : dans le contexte de la vague de mobilisations contre l’assassinat de George Floyd aux États-Unis, des manifestants antiracistes enlevaient la statue du marchand d’esclaves Edward Colston dans la ville britannique de Bristol et la jetaient dans les eaux d’un port à proximité.

En effet, cette statue a été érigée dans la ville en 1895, mettant à l’honneur cet esclavagiste du XVIIe siècle qui est considéré comme le « fondateur » de Bristol. Comme on pouvait lire dans les colonnes du New York Times en juin dernier, « Bristol est, à toutes fins utiles, la ville qu’Edward Colston a construite. Le déboulonnage de sa statue a rouvert une douloureuse enquête sur le passé, qui a longtemps divisé cette ville portuaire de 460 000 habitants, en mettant à nu ses contradictions. Elle est multiculturelle mais ségréguée, festive mais livrée aux spasmes de la révolte, libérale mais enrichie par les profits de l’esclavage ».

C’est donc contre ce monument réactionnaire, érigé à la gloire de ceux qui ont fait leurs fortunes personnelles et posé les bases du capitalisme à travers l’exploitation de millions de personnes réduites en esclavage, que des manifestants ont décidé d’enlever cette statue. Le tout dans un contexte de remise en question mondiale du racisme structurel du système capitaliste.

C’est aussi en ce sens que mercredi dernier des militants antiracistes de la ville de Bristol ont décidé de remplacer la statue de l’esclavagiste Colston par celle de Jen Reid, militante nord-américaine de Black Lives Matter. La statue a été réalisée par l’artiste plastique britannique Marc Quinn qui espérait que son œuvre serve à ouvrir un débat sur comment on « commémore les gens à travers des statues ».

Or, rien n’y a fait. Les autorités de la ville ont décidé d’enlever la statue en moins de 24 heures. « Je comprends que les gens veulent s’exprimer, mais la statue a été érigée sans autorisation », a déclaré le maire de Bristol, le travailliste Marvin Rees, qui est lui-même fils d’un père jamaïcain.

Les capitalistes ne supportent pas voir la mémoire de leurs « grands hommes » remise en question par les classes populaires, notamment quand cela peut devenir une remise en question générale de leur domination. C’est en ce sens que la statue de l’esclavagiste Colston a pu tenir 125 ans et que celle d’une militante antiraciste moins de 24h.

Comme nous l’avons vu ici en France où Macron s’est clairement positionné contre le « déboulonnage de statues », la lutte pour la mémoire, pour l’histoire, pour notre histoire, est aussi un terrain sur lequel agit la lutte de classes. Et c’est dans la mobilisation, dans le combat contre le capitalisme, que les travailleurs, les classes populaires et tous les opprimés pourront préserver leur mémoire et faire apparaître la vérité sur les oppresseurs et exploiteurs que les capitalistes érigent en héros.




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