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Monde

La capitale belge en alerte maximale

Bruxelles. Black-out médiatique et climat de guerre

Julian Vadis Depuis trois jours, Bruxelles est en alerte maximale. Les métros, les écoles, les universités et de nombreux magasins sont fermés tandis que, dans les rues, la police et l'armée sont omniprésentes. Selon le Parquet belge, 16 personnes ont été interpellées dans le cadre de perquisitions menées dans l’agglomération de Bruxelles en relation à la traque de djihadistes. La plupart des personnes interpelées ont été relâchées.

lundi 23 novembre 2015

Black out médiatique et militarisation totale de l’espace public

« Vous savez quand les Belges nous donneront quelque chose ? » demande une journaliste de télévision, dans des propos relayés dans Libération. Alors que le couvre-feu dans la capitale belge devrait durer au minimum jusqu’à mercredi, les journalistes s’échangent les quelques bribes d’information qui filtrent péniblement dans une ville en état de siège. Depuis vendredi soir, la capitale belge et européenne est, en effet, en « menace de niveau 4 ». Les pouvoirs publics craignent un attentat de la même ampleur qu’à Paris et 16 personnes ont été interpellées dimanche et lundi soir à Bruxelles et ailleurs dans le pays, sans plus d’informations. Pour le reste, silence radio. Un véritable black out médiatique qui entretient un climat de peur permanent au sein de la population bruxelloise.

La police et l’armée sont omniprésentes dans la ville et sa banlieue. Les consignes sont on ne peut plus claires : arrêter d’alimenter les réseaux sociaux sur les opérations de police, appel aux salles de spectacle, aux cinémas, aux restaurants, aux bars, aux musées, aux centres commerciaux et à tout lieu susceptible d’attirer les foules à rester fermés jusqu’à nouvel ordre. Evidemment, ces consignes drastiques s’accompagnent d’une présence décuplée des forces de répression sur le terrain, où les rues ont été investies par les forces armées, chars d’assaut et véhicules de transport de groupes, sans oublier les hélicoptères qui survolent la ville. « On s’en souviendra : tout était fermé et on n’a rencontré que des flics et des militaires », témoigne un groupe de touristes parisiens en visite dans la capitale belge.

Imposer une chape de plomb sur la ville

Si on peut s’interroger sur l’utilité réelle de ce couvre feu : alors que la plupart des communes flamandes de la périphérie de la capitale restent, à quelques exceptions près, en alerte de niveau 3, une chape de plomb militaire est tombée sur la ville. « Quand il n’y a pas de dispositif sécuritaire, les gens sont dehors, mais quand il y a la police partout, plus personne ne sort ! » explique un commerçant dans des propos relayés par Le Monde. De toutes les perquisitions, aucune n’a débouché sur la découverte d’armes. Il est donc légitime de s’interroger sur le motif de l’interpellation des 16 personnes. Mais Bruxelles est avant tout considérée, avec Strasbourg, comme l’une des deux places fortes de l’Union Européenne. Dans un contexte où l’Union toute entière, sous l’impulsion de la France, est entrée dans la logique du va-t’en-guerre, le bouclage militaire de Bruxelles est avant tout un signal fort envoyé à la population.

« Si ça dure trop longtemps, il pourrait y avoir des incidents. Je crains qu’on s’en prenne aux gens d’origine étrangère » concède même un policier. Une division de la population pour réprimer les masses populaires ? L’exemple français de l’application de l’état d’urgence en offre déjà de nombreux exemples, et le black-out médiatique laisse craindre une censure des actes répressifs violents, laissant de fait libre court aux interventions policières et militaires les plus réactionnaires.

Malgré le peu d’information disponible, il semble que ces mesures sécuritaires n’ont absolument pas permis de ne serait-ce que de trouver des armes, et encore moins de retrouver la trace de Salah Abdeslam, terroriste présumé lors des attentats de Paris, et considéré aujourd’hui comme ennemi public numéro 1. La situation à Bruxelles laisse entrevoir, malgré le peu d’information, l’exemple maximal de ce que peut engendrer un état d’urgence total. Musellement de la presse, militarisation totale de l’espace public, privation des libertés individuelles et collectives. Dans un pays secoué, jusqu’à il y a quelques semaines, par de fortes grèves générales régionales contre le gouvernement de Charles Michel et sa réforme des retraites, le terrorisme « tombe à pic ».



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