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Bure. Un procès pour criminaliser les millitants anti-nucléaire

Sept opposants au projet d'enfouissement de déchets nucléaires comparaissent dans un procès hors norme digne du grand banditisme. Les moyens judiciaires considérables déployés pour l’instruction témoignent de la mise au pas de la justice pour la défense des puissants industriels du nucléaire français

mercredi 2 juin

Crédits : AFP

Ce mardi s’ouvre au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, dans la Meuse, le procès de plusieurs militants opposés au projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure. En effet, les habitants de la commune se battent depuis 2004 contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à 500 mètres de profondeur. La mobilisation s’est beaucoup accélérée ces dernières années du fait du commencement des travaux. Bure est par conséquent devenu l’épicentre de la contestation antinucléaire en France.

Après trois ans d’enquête aux moyens inédits, sept opposants au projet accusé d’« association de malfaiteurs » vont comparaitre, du mardi 1er au jeudi 3 juin ».
Depuis le début des travaux sur le site de Bure, la répression de la mobilisation n’a fait qu’augmenter avec des moyens policiers considérablement déployés. Pour une manifestation de 200 personnes en 2017 : les forces de l’ordre auraient utilisé, ce jour-là, « 320 grenades lacrymogènes, 37 grenades GLI-F4, 21 cartouches de lanceurs de balles de défense et cinq grenades de désencerclement » d’après un officier de gendarmerie auditionné dans le cadre de l’instruction.

En effet, c’est à partir de cette manifestation que va s’appuyer toute l’instruction qui a commencé ce mardi : Suite à la petite manifestation, de nombreuses perquisitions vont être menées et un impressionnant dispositifs d’écoute téléphoniques, mis en place. Ce dispositif est principalement concentré sur les figures de l’opposition au projet d’enfouissement à Bure.

D’après les procès-verbaux présentés dans le dossier d’instruction, la plupart des personnes mises sous écoute ont été écoutées en permanence par une équipe de gendarmes spécialement créée pour la répression du mouvement : la « cellule Bure » dédiée à la surveillance du mouvement. Dans son ordonnance, le juge d’instruction évoque « le rôle incontournable » et « l’influence significative » de J. D., 38 ans, « permanent » et coprésident de l’association Bure zone libre, créée en 2004 et gérante de la Maison de la résistance.

« Ce procès est celui de la criminalisation des opposants au nucléaire », considèrent Mes Alexandre Faro, Raphaël Kempf et Matteo Bonaglia, membres du collectif d’avocats des prévenus. « Pendant trois ans, des militants ont été sous contrôle judiciaire strict et n’ont donc pas pu s’organiser et agir politiquement. »

Il est clair que ce procès est celui de la criminalisation des militants antinucléaires. Les important moyens mis en place par les forces policières et les entraves aux libertés incarné par les nombreux contrôles judiciaires témoigne d’un acharnement judiciaire.

Dans ce procès, l’institution judiciaire est clairement mise au service de défendre les puissants intérêts de l’industrie nucléaire français qui souhaite, à travers le projet de Bure, tenter de prouver la possibilité d’une gestion des déchets nucléaire « responsable ». En effet, la construction d’un site de stockage "définitif" des déchets nucléaires est un enjeu considérable pour le pays le plus dépendant au nucléaire au monde.

Pour bien comprendre cet acharnement judiciaire, il est important de rappeler les liens historiques entre l’industrie nucléaire et l’État. Le nucléaire d’abord développé dans le cadre militaire sur le sol algérien, a été perçu par la bourgeoisie française comme un moyen de réunir sa dépendance au pétrole du moyen orient dominé par les puissances anglo-saxonnes. Mais cette indépendance cache en réalité une dépendance aux mines d’uranium du Niger et du Mali qui composent le pré-carré français en Afrique et justifie des ingérences militaires afin de défendre les installations d’extraction.

Le procès des militants de Bure est donc hautement politique sur plusieurs plans : Tout d’abord, ce procès vient en premier lieu questionner la politique énergétique de la France qui repose entièrement sur l’uranium d’Afrique. Ensuite, les moyens considérables déployés, aussi bien dans la répression de la mobilisation que dans l’enquête, viennent questionner l’impartialité d’une justice qui répond dans les faits, aux intérêts des groupes industriels. Enfin, l’enquête sur Bure est-elle devenue une expérimentation policière de répression des mouvements politiques, mêlant à la répression de terrain, une entreprise de renseignement digne du grand banditisme ?

C’est du moins ce que pensent les militant·e·s antinucléaires qui vont se retrouver toute la semaine face au bâtiment du tribunal. Dans le contexte actuel d’accentuation des politiques répressives, il est important de soutenir les prévenus du procès de Bure.




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