Crédit photo : capture d’écran, RTS
Si le 13 juin marque le début du conflit par tirs interposés entre l’Iran et Israël, il est aussi synonyme d’une accélération des violences envers les palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie. Le gouvernement de Netanyahou a su profiter du détournement de l’attention mondiale vers cette nouvelle guerre régionale, aujourd’hui sous pause dû à un cessez-le-feu fragile, pour accélérer son entreprise génocidaire dans l’enclave palestinienne et la destruction des camps de réfugiés en Cisjordanie. Une opération entraînant des déplacements de population et des dizaines de morts et de blessés.
Dès le lendemain de l’offensive israélienne contre l’Iran, les autorités israéliennes bloquent les principaux points de contrôle et les routes menant à Hébron pendant quatre jours, rendant l’accès des organisations humanitaires impossible. Pendant ce temps et dans la continuité de l’opération « Mur de fer » lancée en janvier 2025 par Israël en Cisjordanie, Tsahal multiplie les raids et les violences envers les palestiniens.
Alors que les différents camps de réfugiés ont été vidés de leurs habitants par l’armée après le début de l’opération militaire du début d’année, Tsahal s’affaire à détruire méticuleusement ce qu’il reste des camps. Rue par rue, maison par maison, les bulldozers israéliens détruisent plusieurs bâtiments par jour.
Détruire les camps pour empêcher le retour des réfugiés
Quelques jours à peine après le début des frappes en Iran, la Cour Suprême israélienne autorisait la destruction de 90 immeubles, rendant impossible le retour des familles palestiniennes déplacées à leur domicile dans le camp de Jénine. Créé au lendemain de la Nakba en 1948 pour accueillir les milliers de palestiniens chassés de leurs terres, le camp a été complètement vidé de ses habitants par l’armée israélienne. Depuis, personne y compris la presse ne peut y pénétrer. Malgré le va et vient permanent des bulldozers, des palestiniens chassés depuis des mois tentent de revenir aux abords pour constater les dégâts et récupérer des affaires mais ils sont refoulés par les soldats en armes. Ne serait-ce que s’approcher trop près de l’enceinte est dangereux car les snipers dissimulés n’hésitent pas à tirer sur les palestiniens.
Livrés à eux-mêmes, les réfugiés trouvent tant bien que mal refuge dans des bâtiments publics aux abords du camp. Dans une école située sur les hauteurs de Naplouse, Nazmi Turkuman témoignait auprès de RTS depuis sa fenêtre, un mois après le début de l’opération : « D’ici on voit le camp de réfugiés. Toutes les deux ou trois heures, on voit de nouvelles maisons détruites, des bombardements, des tanks ».
« Quand j’ai compris ce qu’il se passait, je suis allé à l’entrée du camp. J’ai vu les machines qui mettaient mon immeuble à terre et j’ai voulu les confronter. Des proches m’ont retenu et m’ont dit : “Tu as déjà perdu ta maison, ne perds pas ta vie.” » raconte Hatem Abed Youssef Araraoui, un palestinien de 77 ans, auprès de Libération. Résidant dans le camp depuis quarante ans, le vieil homme raconte que depuis qu’il a reçu l’ordre de destruction de sa maison, il venait tous les jours sur le toit d’un immeuble non loin du camp pour voir si sa maison était encore debout. « Mon cœur est là-bas, avec elle. Regardez l’endroit où elle était : un tas de débris. C’est un désastre ». En près de cinq mois, l’opération « mur de fer » a fait des dizaines de morts et déplacé plus de 45 000 civils dans le nord de la Cisjordanie.
Hors des camps, rendre la vie impossible aux palestiniens
Au-delà des camps de réfugiés et ce dans tout le nord de la Cisjordanie occupée, les palestiniens subissent des violences de la part de l’armée israélienne et reçoivent des ordres d’expulsion. Karim, membre du personnel de Médecins sans frontières raconte comment les forces armées expulsent des familles entières de leurs domiciles : « Le 13 juin, les forces israéliennes ont fait une descente dans mon village à Tulkarem, elles ont déplacé de force les personnes qui vivaient dans deux immeubles résidentiels et les ont transformés en casernes militaires. Depuis, elles patrouillent régulièrement dans le village, mènent des enquêtes, des interrogatoires, des arrestations, des perquisitions et des détentions. » Empêchés par le blocage des routes et sous la surveillance de Tsahal, les organisations humanitaires comme Médecins sans frontières (MSF) n’ont pas pu assurer les soins qu’ils prodiguent habituellement aux palestiniens du nord de la Cisjordanie. Alors que de nombreux malades ont besoin de soins quotidiens, les équipes de MSF ont dû suspendre leurs consultations ambulatoires à Hébron et Naplouse, selon un article de l’organisation. Pour pouvoir bénéficier de soins et en raison de restrictions toujours plus nombreuses des autorités israéliennes, des malades atteints de pathologies graves ont dû faire des heures de route et passer des postes de contrôle à pieds. Privés d’infrastructures hospitalières et éducatives et de logement, intimidés et tués arbitrairement par les soldats de Tsahal et harcelés par les colons israéliens, la vie des palestiniens de Cisjordanie est sciemment rendue impossible par le gouvernement de Nethnayou qui entend bien vider la région des populations arabes. En même temps qu’il fait tout pour rendre la vie impossible aux palestiniens, le gouvernement a récemment annoncé la création de 22 nouvelles colonies en Cisjordanie.
Les journalistes dans le viseur
Comme les soignants, les journalistes ont interdiction de pénétrer l’enceinte des camps de palestiniens. Depuis le début de l’opération « mur de fer » la couverture médiatique du nord de la Cisjordanie est rendue de plus en plus difficile par Tsahal. Le reporter palestinien Bassam Abou Alroub qui documente la destruction du camp de Jénine témoigne auprès de RTS : « On filmait depuis le balcon d’un hôtel et ils ont tiré dans notre direction. Vous pouvez voir un grand nombre d’impacts de balles à l’intérieur de l’hôtel. Ils nous ont attaqués ». Le 21 mai, une délégation diplomatique européenne avait également essuyé des tirs de snipers alors qu’ils se trouvaient dans le camp de Jénine.
Selon l’ONU, la destruction des camps couplée aux coupures des axes routiers, la menace qui pèse sur les écoles et les structures de soin et les attaques toujours plus nombreuses des colons israéliens constituent une stratégie du gouvernement pour vider la zone de sa population palestinienne et constitue un crime de guerre.
Alors que l’État d’Israël bénéficie toujours du soutien de l’Union européenne et des États-Unis au lendemain de son agression réactionnaire contre l’Iran et qu’il poursuit son entreprise génocidaire, il est essentiel de maintenir la solidarité avec le peuple palestinien, à l’image des dockers au Maroc, au Chili, ou à Fos-sur-Mer en France qui se sont opposés aux livraisons d’armes.


