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Politique

Supprimer 120.000 postes

CAP 2022. La Fonction publique bientôt à vendre au privé ?

Mercredi dernier, jour de présentation de la réforme sur la fonction publique, une société privée présente un rapport à Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, sur l'externalisation de services publics (hors ceux au cœur de mission d'Etat) vers le privé. Macron poursuit son projet néolibéral, les patrons lui disent merci !

mercredi 3 avril

Crédit photo : Corentin Fohlen

Présentée la semaine dernière en conseil des ministres, la loi sur la fonction publique prévoit la suppression de 120.000 postes d’ici 2022, le recours accru aux contractuels, le renforcement des clauses mobilité, l’individualisation des carrières ou encore la rémunération au mérite. Ce projet est dominé par un mot d’ordre : réduire pour tous les moyens ! Réduire le coût du service public, réduire le nombre de fonctionnaires, réduire la qualité du service rendu aux usagers. L’arme de destruction massive est lancée contre les fonctionnaires notamment dans la santé, l’éducation, l’audiovisuel public et les services administratifs de proximité.

Pour arriver à ses fins, quoi de mieux que le rapport juteux réalisé par la société Webhelp (spécialisée dans l’externalisation de la relation usager) en collaboration avec le cabinet de lobbying Altermind (se présentant comme une société de conseil innovante mettant la puissance académique au soutien des dirigeants). Selon le Canard Enchaîné, le fondateur du cabinet de lobbying, Mathieu Laine, homme d’affaire proche d’Emmanuel Macron, s’est vanté en 2017 d’avoir convaincu son ami de mettre en œuvre la suppression de l’ISF.

Le rapport est remis en personne par le PDG de Webhelp, Olivier Duha, société qui profitera directement de la politique qu’il propose au gouvernement. Ce rapport commence par souligner le coût exorbitant de la fonction publique pour l’État : 400 milliards d’Euros et ils endettent l’État pour des résultats insuffisants. La solution est toute trouvée. Recourir massivement à l’externalisation des services publics pour faire la « chasse aux inefficiences » et « faire mieux avec moins » à des entreprises privées comme Atos, Sodexo. C’est une proposition alléchante pour le gouvernement qui pourrait se targuer de 25 milliards d’économies sur le dos des fonctionnaires et des usagers. La collectivité publique resterait responsable du service mais confiera son exécution à un « partenaire » privé. En d’autres termes, il s’agit d’une sous-traitance généralisée à des entreprises privées de missions jusqu’ici accomplies dans les ministères. Les agents seront « invités » à repenser leur projet professionnel : aller travailler dans l’entreprise privée en vue d’une reconversion professionnelle et seraient embauchés par l’entreprise privée.

Imposer et généraliser le projet néolibéral dans la fonction publique : les loups du privé à l’attaque de la fonction publique !

Le rapport stipule que la « France accuserait un retard important par rapport aux pays les plus avancés dans ce domaine, comme les pays scandinaves ou les pays du Nord, adeptes du New Public Management. L’externalisation (consommations intermédiaires) ne représente que 28% des dépenses de fonctionnement en France contre plus de 48 % au Royaume-Uni, 44% en Finlande et près de 40% aux Pays-Bas, en Suède ou aux États-Unis ».

Cette « nouvelle gestion publique » est une expression proposée par Christopher Hood en 1991 pour désigner le tournant opéré dans l’organisation de l’État : introduction de la « culture du résultat », de la mise en concurrence des agents pour augmenter leur productivité sur le modèle du privé. C’est un modèle qui tente de s’imposer partout depuis la restauration néolibérale dans les années 80. Elle commence par la privatisation des entreprises publiques qui obéissent à la prévalence du marché de production : EDF-GDF, SNCF, aéroports de Paris...

Mais les loups du secteur privé ne sont jamais rassasiés. Ils sont aujourd’hui à l’affût de nouveaux profits sur le démantèlement de la fonction publique. Le projet est de confier au secteur privé les tâches administratives de base et jugées annexes comme la restauration, le gardiennage, l’informatique ou le nettoyage. Des entreprises comme Sodexo ou Elior dans les cantines scolaires ou des firmes dans le domaine informatique comme Atos sont les premiers s’intéresser à l’externalisation et y investir massivement. Ce marché est largement dominé par ce petit nombre de firmes qui dans leur logique de profit n’hésiteront pas à réduire drastiquement le nombre d’emplois, dégrader les conditions de travail, réduire les salaires.

En ce qui concerne les qualités du service pour les usagers, les expériences des pays voisins montrent que loin d’améliorer la qualité du service, c’est au contraire un service de moins bonne qualité et qui coûterait finalement plus cher aux collectivités car il faudrait rentrer dans le jeu de la concurrence avec les services qui passeraient au privé.

Par ailleurs, à l’heure des scandales multiples de ce gouvernement, la question de l’indépendance du public vis-à-vis du privé ne peut que se poser. Comment ne pas imaginer des cadres qui, passant du public au privé (et vice-versa), ne pas faire du lobbying pour leur entreprise et verser dans le conflit d’intérêt ?

Faire de nous de la chair à patrons !

Surdité face aux Gilets Jaunes et aux cris d’alarme sur les services publics notamment dans la santé, le gouvernement Macron a décidé de reprendre à grand train son agenda de contre-réformes après les lois Travail, la réforme de la SNCF.

Au nom du profit et des intérêts de ses amis du privé, Macron est en train de détruire tous les acquis sociaux conquis de haute lutte alors que le patronat cherche de nouveaux marchés avec une main d’œuvre corvéable. La classe bourgeoise se frotte donc les mains de la casse du statut des fonctionnaires. Ce statut qui limitait l’arbitraire patronal et renforçait les solidarités Ce n’est donc que par une solidarité consciente, une solidarité de classe, qu’on pourra répondre à l’entreprise de démolition sociale de la bourgeoisie et de ses porte-paroles politiques.

Les sept syndicats de fonctionnaires appellent à une journée de grève et d’actions le 9 mai pour protester contre ce projet de réforme, qui selon eux « tourne le dos aux principes de la fonction publique ». Affaibli par ses affaires et par la mobilisation des gilets jaunes qui protestent aussi contre la disparition de services publics depuis 4 mois, il est grand temps de construire un véritable plan de bataille pour faire plier ce gouvernement. Empêchons Emmanuel Macron, président des patrons de vendre le service public aux entreprises privées.




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