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Jeunesse

Université Bordeaux Montaigne

CFVU à l’UBM. Sélection sociale : la présidence ne doit pas appliquer l’austérité du gouvernement

Ce jeudi se tenait à l’Université Bordeaux Montaigne la CFVU de rentrée, Commission de Formation et de la Vie Universitaire. Alors que la situation des étudiants est alarmante, la priorité était à la sélection, à l'heure où les conséquences des coupes budgétaires successives se font sentir. Petra, élue au CFVU de l’UBM pour Onzième Thèse

samedi 23 janvier

Crédits photo : f. l.

Entre autres points inscrits à l’ordre du jour de la Commission se trouvaient les modalités d’examens du premier et second semestre, mais aussi la sélection Parcoursup pour les prochaines années. Censée être l’instance représentative des étudiants mais étant sous-représentés, les étudiants ne peuvent pas y visibiliser leur situation ni y faire entendre leurs revendications. Les élus Onzième Thèse dénoncent ce fonctionnement pour montrer les failles de la « démocratie universitaire ». À l’UBM où la présidence dite « de gauche » dénonce la précarité étudiante sur son compte Twitter, s’oppose à la LPR et la sélection dans les discours, les décisions politiques qu’elle a défendu dans les derniers CFVU brisent l’illusion d’une direction progressiste de l’Université.

Cette illusion c’est que la « démocratie universitaire » n’en est pas une là où les étudiants dans leur grand ensemble n’ont pas de représentativité proportionnelle à leur poids réel. Alors qu’elles devraient être transparentes pour répondre aux besoins de tous les étudiants et que ces décisions les concernent directement, ces instances sont uniquement la courroie de transmission de la politique gouvernementale. Avec Onzième Thèse, nous avons été élus en CFVU et en CA l’année dernière avec la liste Étudiant.e.s en lutte, pour rendre compte de ce qui se discute et décide derrière le dos des étudiants, et porter les revendications de ceux-ci. Cependant, nous refusons de cogérer l’UBM aux côtés de la présidence, en appliquant la politique d’austérité du gouvernement, la même que les précédents, dans ces instances anti-démocratiques.

Ce que représente concrètement cette gestion de l’université, c’est par exemple la délibération, ce jeudi 21 janvier, de la réforme des formations professionnalisantes des DUT en BUT. Très sélectives d’origine, les places en DUT sont de nouveau réduites à l’UBM, faute de moyens : l’année prochaine, il y aura donc 60 places de moins sur la plateforme Parcoursup. « Il faut une marge de manœuvre pour les réorientations ! » justifie la vice-présidente du conseil. Alors que la pression à la sélection a tué une étudiante de la Sorbonne la semaine dernière après avoir reçu ses résultats de PACES, Parcoursup a ouvert ses portes aux milliers de lycéens ce 20 janvier, durcissant la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur.

La réduction des places sur Parcoursup permettrait, d’après la direction, d’interpeller le Rectorat en espérant une réaction favorable aux demandes d’investissements. La démarche est ubuesque : la présidence joue à la marge par la suppression des places et leur réhabilitation une fois la sélection opérée par l’algorithme de Parcoursup. Comme si l’UBM était en autonomie des directives gouvernementales : nous n’y croyons pas car l’UBM dépend justement des financements publics de l’Etat. Derrière cette logique conciliatrice se cache l’illusion d’obtenir, par les institutions, que le recteur ou la ministre réagissent en conséquence. Ce procédé apparaît clairement comme une cynique démagogie qui a pour seul objectif de se donner l’image d’une présidence qui lutte contre la sélection.

Dans ce même sens vont les prises de positions contradictoires concernant la LPR. D’abord affichée comme une liste d’opposition à cette réforme et se disant déterminée à lutter contre celle-ci par tous les moyens dont elle dispose, les décisions concernant les remontées des évaluations HCERES (Haut Conseil de l’évalutation et de la recherche de l’enseignement supérieur) lors de la CFVU de ce 21 janvier. Il s’agit d’auto-évaluations des enseignants-chercheurs concernant leurs enseignements et leurs unités de recherches. Un procédé concurrentiel dont le boycott avait été mené par plusieurs membres et structures de la communauté universitaire, dont Lionel Larré qui s’était positionné pour ne pas faire remonter les notes. Or la mobilisation contre la LPR l’année dernière coïncidait avec les élections de la nouvelle présidence dont est issue la liste de Lionel Larré. Ce dernier a dorénavant changé sa position car si le boycott des remontées de note avait pour objectif de court-circuiter les hautes sphères du système universitaire, Lionel Larré en est maintenant à la tête, trahissant ses engagements politiques.

Au-delà de mettre en difficulté les enseignants qui s’y étaient engagés à ne faire remonter les notes, trahis par la présidence, cette dernière a définitivement oublié la lutte contre la LPR. Aucune illusion n’est à nourrir dans les promesses institutionnelles d’instances et de structures qui ne nous représentent pas : ce sont aux étudiants, enseignants et personnels, de s’organiser pour lutter collectivement contre les attaques du gouvernement qui visent à détruire l’université publique.

D’autre part, comme l’a révélé le Canard Enchaîné ce mercredi, il y a du nouveau du côté de la marche forcée vers la privatisation de la fac : pour tous les étudiants de premier cycle (licence, BTS, BUT) une certification en anglais sera obligatoire. Le problème, c’est que ce test sera intégralement conçu par une entreprise privée, PeopleCert, dont nous avons appris l’existence dans ce CFVU. Contacté par Le Canard, le cabinet de Frédérique Vidal se justifie ainsi : « un choix du gouvernement » visant à «  mieux accompagner les entreprises sur les marchés internationaux concurrentiels, en permettant à chaque étudiant d’attester, à la fin de son cycle d’études, de son niveau d’anglais. ».

Après avoir supprimé la langue pour les L1 à l’UBM, et que désormais les certifications sont payantes, au CFVU, la vice-présidente relativise « l’importance des langues en première année », et explique que c’est pour proposer un enseignement linguistique en L2 et L3 de meilleure qualité, et pour ne pas reproduire la pression sur les profs.

Pour nous, il est inacceptable que le ministère impose que ce soit une boîte privée qui prenne en charge les certifications de langues, mettant en concurrence directement avec « sa propre administration » comme l’explique le Canard, qui va directement dégrader les conditions d’études des jeunes, et être vecteur de nouvelles inégalités. Mais également, nous revendiquons que tous les dispositifs doivent être gratuits pour l’ensemble des étudiants, ainsi que des embauches pour que les profs n’aient plus à subir le poids de la pression.

Enfin, alors que le dernier point concernait le retour des étudiants sur le campus, dont les dernières annonces ministérielles n’avancent pour l’instant rien, si ce n’est quelques initiatives type les groupes de 10 étudiants, retour partiel pour les premières années....sans moyens supplémentaires pour mettre un véritable plan en place.

Alors que la situation des étudiants est alarmante, nous avons porté à ce CFVU, qui comportait 17 points à l’ordre du jour que nous avons dû faire à une vitesse grand V, que l’on avait besoin urgemment d’un point dédié à la situation des étudiants, que l’on a même pas évoqué dans un point à l’ordre du jour. Nous avons porté avec d’autres organisations étudiantes de faire un CFVU exceptionnel, pour discuter des résultats du questionnaire sur le sort des étudiants, et prendre une décision cohérente avec cette situation, sur la question des modalités d’examen. Pour nous, il est évident qu’alors que des étudiants tentent de se suicider quasi quotidiennement, que la crise accroît les inégalités et les difficultés, la sélection doit se terminer. Ainsi qu’un plan d’urgence pour des moyens massifs pour les facs, avec l’abrogation de toutes les dernières réformes successives qui ont accéléré le processus de sélection des étudiants !




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