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CGT Alstom : « la seule mesure sanitaire pour la santé des salariés, c’est le confinement, donc l’arrêt »

Alors que l’activité est arrêtée dans différents sites depuis deux semaines, la direction d’Alstom veut initier la reprise en arguant d’un référentiel très minimal. Pour la CGT Alstom, cette décision est dangereuse en période d’épidémie et l’arrêt doit être maintenue dans les activités majoritairement non-essentielles de Alstom. Entretien avec Boris Amoroz, délégué syndical central Alstom.

mercredi 8 avril

Crédit photo : ©PHOTOPQR/LE PARISIEN

Révolution Permanente : Bonjour, pourriez-vous revenir sur la situation de Alstom depuis le 16 mars et le début du confinement. Je sais que certains sites ont été arrêtés, est-ce qu’il y a des tentatives de reprise ? Et si oui, quelles actions sont menées face à celles-ci ?

Boris Amoroz : En réalité, toutes les activités n’ont pas été complètement stoppées. Par contre c’est vrai, une grande partie des activités se sont arrêtées les 17-18-19 mars. Il faut noter que ce n’est jamais l’entreprise qui a fait arrêter l’activité - pour elle, on pouvait toujours continuer. Ça a donc toujours été sur la base d’action des salariés ou des représentants des salariés, à travers soit des droits de retrait, soit des arrêts de travail que l’on a pu imposer l’arrêt de l’activité. La direction, quand elle voyait qu’il n’y avait plus personne pour travailler, disait aux gens de rentrer chez eux, et c’était réglé.

Par contre, il y a un certain nombre d’activités qui ont continué, où la production s’est à peine arrêtée : ça ralentit, forcément, parce qu’il y a eu des cas de Coronavirus ou des soupçons... ils ont mis un ou deux jours d’arrêt, un coup de nettoyage... Enfin, plus en général tout ça concerne la production. Pour le reste, ils ont directement mis en travail à distance tous ceux qui pouvaient l’être.

RP : Les salariés ont imposé l’arrêt de la production. Aujourd’hui, quasiment deux semaines après, où est-ce qu’on en est du côté de la direction sur la reprise de la production ?

Globalement, il y a une volonté d’Alstom, au niveau monde, de poursuivre l’activité, de la maintenir ou de la reprendre partout où c’est possible. Là où ça s’est arrêté, c’est soit que que les salariés see sont mobilisés, soit parce que les autorités gouvernementales ou locales interdisent le travail - comme au Canada ou dans le Nord de l’Italie. Actuellement, les usines canadiennes et les usines italiennes sont fermées ; c’est parce que les autorités ont dit vous fermez, mais ce n’est pas Alstom qui a décidé de ça.

Partout ailleurs, ils ont établi une logique qui est de mettre en place ce qu’ils appellent un « référentiel sanitaire » au niveau monde, qui doit être adapté au niveau des pays puis des sites, qui soi-disant respectent des règles... Or, ce référentiel ce sont simplement l’équivalent des gestes barrières donnés par le gouvernement quand on va à la boulangerie quoi. C’est-à-dire se tenir à plus d’un mètre d’une personne, etc... Mais ce n’est pas applicable à la vie professionnelle !

Seulement, aujourd’hui, ils disent que c’est la volonté de la direction, et qu’à partir du moment où ces règles sont mises en place sur l’entreprise, le travail devrait pouvoir reprendre. Il y a donc une volonté de faire reprendre cette semaine, ou la semaine prochaine sur les sites, avec, en France, une prime pour ceux qui reprendraient le travail.

RP : Face à ça, du côté de la CGT Alstom, qu’est-ce que vous revendiquez ?

Comme vous pouvez le voir dans nos communiqués, la revendication c’est l’arrêt de travail - ce qui n’a pas été simple, avec même des endroits où on n’a pas réussi à l’obtenir. La logique, c’est d’avoir une situation qui garantisse la santé, la sécurité sanitaire des travailleurs. Et aujourd’hui ce qu’on constate c’est que l’entreprise ne peut pas apporter une garantie sanitaire, dans le maintien de l’activité, aux salariés. Ce n’est pas possible, la seule mesure sanitaire qui peut garantir la santé des salariés, c’est le confinement. Donc c’est l’arrêt des activités.

Peut-être qu’on peut réfléchir, comme le met en place le gouvernement, un certain nombre d’activités qui seraient maintenues, des activités vitales, mais en ce qui concerne notre industrie, les activités vitales et primordiales seraient limitées. Ça va se limiter à la fourniture de certaines pièces pour des trains qui circulent, par exemple les locomotives de pétrole ou certains trains ou métro de la RATP. Mais, étant donné les stocks de rechange qu’ils ont, ça va faire des très très petites activités, c’est ce qu’on appelle chez nous les activités de service. De fait, compte tenu des diminutions de circulation qu’il y a eu à la RATP ou à la SNCF, les besoins sont énormément réduits.

La grande majorité des activités de production ne rentrent pas du tout dans le cadre des activités essentielles – et la direction n’en a d’ailleurs jamais fait la démonstration. On sait très bien qu’aujourd’hui si on sort un TGV d’usine de la Rochelle, la SNCF ne va pas aller le réceptionner, elle n’en a pas besoin, elle a d’autres chats à fouetter ! Si on sort une armoire électrique de signalisation, on ne va pas aller l’installer. Si on livre une nouvelle voie, des nouvelles caténaires, de toutes façons, il n’y aura pas de nouvelles lignes qui seront misent en service par la SNCF ou la RATP ces jours-ci. Sur la France on va dire que 98% ou 99% des activités ne sont pas primordiales pour le maintien. Pour celles qui le sont, il pourrait y avoir une réflexion sur la manière dont on les maintient. Par contre pour tout le reste, dans le cadre actuel de confinement, la seule solution c’est l’arrêt des activités.

RP : Justement on a l’impression que du côté du gouvernement il y a une volonté de jouer sur le flou pour permettre aux entreprises de reprendre ou de maintenir leurs activités non essentielles.]]

Je maîtrise un peu moins le sujet du gouvernement, mais en tout cas c’est ce que l’entreprise annonce, c’est ce qu’elle dit effectivement. Elle dit que le gouvernement n’a jamais dit d’arrêter la vie économique. En Espagne les usines ont fermé. En Italie aussi. Au Canada les usines sont fermées... Par contre en France et en Belgique, ils parlent de réouverture.

Ce que la direction a en tête, c’est très clair. Elle déploie son soi-disant référentiel sanitaire, elle regarde poste à poste si ça rentre dans les règles, et à partir de là pour eux c’est bon. Tant que chaque poste est à plus d’un mètre de son voisin, ça suffit. Il suffirait de suivre les règles du gouvernement, c’est-à-dire se laver les mains souvent et ne pas serrer la main à son collègue. C’est ça aujourd’hui que notre direction veut mettre en place. Ils lavent régulièrement la cantine, donnent des sceaux d’eau de javel aux salariés pour qu’ils lavent leurs outils, et puis voilà. Et si on est à moins d’un mètre du collègue, alors on aura un masque. Et ils disent qu’une fois qu’ils auront fini de cerner tout ça, ça peut reprendre partout. Pour nous, ces mesures, ce sont des choses qui ont été définies par la seule direction de l’entreprise. Jamais l’entreprise ne nous a démontré, avec ça, l’absence de risques sanitaires.

RP : Et vous en tant que syndicat, vous n’avez pas de droit de regard sur les conditions de reprise ?

Directement, non. La seule chose qui se passe, c’est que l’entreprise associe les CSSCT sur la manière dont le référentiel global est décliné poste à poste. C’est-à-dire qu’on a le droit de regarder où est-ce qu’on est à plus d’un mètre, et là où on est à moins d’un mètre. Mais ça se limite à ça. Donc c’est quelque chose qui ne nous va pas. Et vu que les CHSCT n’existent plus, les CSSCT sont des commissions, et l’entreprise ne va pas nous faire une consultation sur tout ça. Elle nous a présenté les choses, mais on n’est pas consultés, on n’est pas associés à la définition des choses.




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