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CHU de Bordeaux. Grève des services de réanimation pour de meilleures conditions de travail

Suite à un appel national, les services de réanimation, soins continus et soins intensifs, se mettent en grève pour la reconnaissance des professions soignantes, notamment au travers de la prime de soins critiques, et contre la casse de l’hôpital public.

mardi 10 mai

Crédits photo : Révolution Permanente Bordeaux

Ce mardi 10 mai, c’est une partie des services de soins critiques, qui comprend la réanimation, les soins continus et soins intensifs, qui était présente sur le piquet de grève organisé devant l’hôpital Pellegrin à Bordeaux. Répondant à un appel national de la CGT Santé et Action Sociale, le personnel de la “réa” à Bordeaux s’est mobilisé, comme à Angers ou encore Montpellier. Aux côtés des grévistes, les syndicats CGT Santé et Sud Santé Sociaux étaient présents sur le piquet.

Les grévistes de ces services sont en colère : d’abord, ils manifestent contre un décret sorti en janvier dernier, reconnaissant seulement les métiers d’infirmières et cadres de santé pour toucher la prime de soins critiques, qui est à hauteur de 118€. Le personnel du reste des métiers comme les professions des aides-soignantes, des auxiliaires puéricultrices et puéricultrices, et des kinésithérapeutes ne sont pas bénéficiaires de cette prime de soins critiques, alors même qu’ils sont les principaux acteurs des soins aux patients.

En plus de ces revendications spécifiques, s’ajoutent des mots d’ordre plus généraux qui rejoignent ceux de l’ensemble des secteurs de l’hôpital : des lits et des effectifs suffisants pour respecter les ratios personnels/patients, une reconnaissance statutaire des compétences spécifiques, la reconnaissance de la pénibilité par la catégorie active et la transformation de la prime en revalorisation salariale pour une intégration aux cotisations retraites. En clair, des moyens pour l’hôpital public, pour le personnel, en proie à l’austérité menée depuis des années par les gouvernements successifs, qui détruit ce service public et vital.

Océane, aide-soignante en soins critiques et réanimation, et déléguée personnelle pour Sud Santé Sociaux, en grève au moment où on l’a interrogée témoigne : “le manque de personnel il est là, on s’auto-remplace”. Elle rajoute, face à l’indifférence de la direction, et le mépris du gouvernement : “Le problème existait déjà en amont du covid. La covid a fait que tout ça soit mis en lumière. Et finalement on réalise ce qui n’allait pas [...] Est ce qu’ils vont faire quelque chose ? On les a alertés, maintenant on peut plus attendre, en tout cas on lâchera pas !

Sur le piquet, les banderoles des urgences pédiatriques en grève la semaine dernière sont toujours présentes, et en plus, on peut voir une nouvelle : "Soyons RÉAlistes, exigeons l’impossible : plus de lits, plus d’embauches, plus de formations”. Sur les pancartes figurent aussi les demandes de revalorisation de salaires, et la fin de la précarité du personnel.

Delphine Bachellerie, technicienne de laboratoire en bâtiment cardiologie et syndicaliste CGT, se confie au micro de Révolution Permanente sur les restrictions budgétaires de l’hôpital que subissent les travailleurs et les usagers : “On est arrivés à un point de rupture, il faut le dire clairement. Quand j’entends aujourd’hui des soignants qui viennent nous voir, qui demandent aujourd’hui dans la liste de revendications à avoir du linge propre pour changer les lits des patients, je trouve ça déplorable. Dire qu’on a plus de biscotte et de café pour le petit déjeuner des patients et qu’on doit faire grève pour ça, c’est un scandale. Des soignants sont obligés d’expliquer à leur directeur comment faire des soins des patients [...] Des personnels au bord des larmes expliquent qu’ils n’ont pas le temps d’accompagner des patients en fin de vie, et de mettre en oeuvre tout ce qu’ils ont appris en formation”.

Guillaume Mauget, brancardier au CHU de Pellegrin et militant CGT que nous avons interrogé, explique comment l’hôpital public se transforme en véritable entreprise privée : “Ce qu’il faut savoir, c’est que l’hôpital public c’est un nouveau management qui s’est mis en place depuis plusieurs années, un management de type privé. [...] La direction part du principe que maintenant il faut faire de la privatisation. Depuis plusieurs années c’est une nouvelle politique de privatisation qui se met en place dans les CHU, [...] aujourd’hui il y a ce gros problème de la gestion de l’hôpital, on fait de la pression envers le personnel, on réduit les effectifs.

Sur le piquet, ça a été l’occasion pour les grévistes et syndicalistes présents d’envoyer un message de soutien à Christian Porta, syndicaliste, qui, avec le reste de ses camarades de sa section syndicale, subit un acharnement patronal de la part de sa direction. Dans une vidéo, Marie-Laure Charchar, travailleuse à la blanchisserie et secrétaire générale CGT du service, envoie son soutien, aux côtés d’autres délégués de la CGT du CHU de Bordeaux : “Avec mes camarades de la CGT on apporte tout notre soutien à Christian Porta et les militants de la section syndicale CGT Neuhauser

Comme l’ont revendiqué les grévistes en tractant auprès des passants en voiture afin de sensibiliser sur les raisons de leur grève, les problèmes qu’ils dénoncent ne datent pas de la crise sanitaire. Les restrictions budgétaires, les suppressions des lits et manque de personnels sont le résultat de l’austérité menée par les gouvernements néo-libéraux successifs. Allant vers une privatisation de l’hôpital, comme on le voit déjà dans certains services, le gouvernement Macron, dans la continuité de ceux qui l’ont précédé, veut faire payer les pots cassés de la crise sanitaire au personnel et aux usagers, en témoigne notamment la nouvelle mesure mise en place en début janvier 2022 avec le “forfait patients urgences”.

Plus que jamais, alors que la colère gronde à l’hôpital dans de nombreux services, il est urgent de s’allier aux hospitaliers pour défendre l’hôpital public avec accès aux soins gratuits pour toutes et tous. Alors que Macron II se prépare déjà aux attaques futures, avec comme point d’orgue la réforme des retraites, plus que jamais, il faut préparer la riposte. Mais cela nécessitera de construire un plan de bataille contre tout corporatisme et grève isolée par secteur, avec l’ensemble du mouvement ouvrier, de la jeunesse, et des secteurs populaires.

Pour soutenir le service de la réanimation en grève, le prochain rendez-vous est donné au rond-point de l’hôpital Haut-Lévêque, le mardi 17 mai à 10H.



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