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Notre classe

Externalisation dans les hôpitaux publics

CHU de Bordeaux. Témoignage d’une ASH : « Le travail est devenu une hantise »

Alors que l’externalisation des ASH est peu à peu mise en place par la direction du CHU de Bordeaux, une employée du bio-nettoyage de l’entreprise Elior nous fait part de sa lassitude et la pression qu’elle subit de la part de ses responsables mais aussi de la direction de l’hôpital.

lundi 29 mars

Dessin : Genguiz Gokaltay

Le mois dernier nous étions présents lors d’un rassemblement des ASH en grève, alors que leur place est menacée par l’externalisation de leur métier. Aujourd’hui c’est Lisa*, une employée du bio-nettoyage du groupe Elior qui nous fait part de ses conditions de travail et le peu d’attrait de l’entreprise afin de fournir un service digne, préférant bien entendu le profit.

Depuis l’arrivée de l’entreprise Elior au sein du CHU de Bordeaux, en octobre dernier, Lisa* nous relate que ses conditions de travail se dégradent de jour en jour : «  Nous avions déjà du mal à accomplir nos tâches du secteur qui nous était délimité de manière satisfaisante, maintenant ils nous rajoutent des étages entiers pour moi et chacune de mes collègues  ».

L’entreprise qui fait des centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires, ne fournirait pas non plus le matériel nécessaire ni même le nombre de blouses de travail nécessaires : «  La qualité des équipements n’en parlons même pas, on a pas de trous dans nos serpillières comme on a pu le voir à l’hôpital de Valenciennes, mais attendez quelques temps. Parce que là ils viennent d’arriver, on en reparle dans quelques mois  ». Idem pour les blouses de travail : «  ils sont censés nous en fournir 5 soit une par jour et les laver, nous en avons trois et c’est nous qui devons les laver ». Un problème, alors que ces agents passent dans des services à risque, confrontées aux maladies infectieuses et virales. Quant aux masques, Lisa* témoigne : « L’entreprise nous en a fourni oui, mais depuis novembre cela se compte sur les doigts d’une seule main  ».

La journée est répartie par son encadrement, qui semble se faire fi de la charge de travail, allant à l’encontre de toute logique. Une pression qui s’accentue alors que chaque tâche doit être tracée et est surveillée par une agent du CHU, chargée de contrôler les prestations. «  Cette dame est terrible, elle est extrêmement pointilleuse alors qu’elle connait nos conditions de travail, étant elle-même une ancienne ASH  ». Et cette charge de travail se traduit par des troubles musculo-squelettiques dû à des gestes contraignants et répétitifs, le tout augmenté par un manque de formation et de prévention sur les postures à tenir.

Les prix des loyers bordelais étant exorbitant comparés à leurs maigres salaires, leurs domiciles sont souvent loin de leur lieu de travail : « Je suis fatiguée, je me réveille à 4h du matin pour être à 6h au CHU  ». Une lourde journée de travail s’annonce alors coupée d’une heure de pause déjeuner non rémunérée : « Le self de l’hôpital nous est interdit et n’avons pas le droit à des plateaux repas ni de tickets restaurant. Soit nous devons payer notre nourriture au Relais H qui pratique des prix élevés, nous pouvons aussi amener une gamelle, certaines ne mangent même pas ». Parfois certaines sont employées en temps partiel, leur journée est coupée en deux, contraintes de rester sur leur lieu de travail des heures durant.

Cette pression, se traduit aussi par le nombre d’arrêts maladie, que Lisa* décrit ainsi : « Je me sens autant épuisée moralement que physiquement, pour moi le travail est devenu une hantise. Une collègue s’est faite virer car un responsable de service s’est plaint que son bureau ne soit pas assez propre, alors que lui même ne respecte pas l’hygiène de son bureau. Il s’en fiche, il sait qu’il y aura des gens comme nous pour ramasser à sa place  ».

Le mois dernier, le DRH du CHU Mathieu Girier annonçait qu’il aurait un oeil sur les salaires des employés qui travailleront pour le privé. La travailleuse ASH commente : « Il peut toujours jeter un oeil, même les deux s’il veut. L’entreprise privée fait ce qu’elle veut de ses employés, c’est un menteur et il le sait très bien !  » De plus, ces travailleuses et travailleurs intervenant par des entreprises extérieures au CHU, ne sont pas soumises à l’augmentation de salaire acquise par le Ségur de la Santé, tout comme la prime Covid : «  Nous n’y avons pas eu le droit à cette prime mais notre direction si !  »

Au-delà de la régression que veut imposer la direction sur les conditions de travail des salariées, c’est une situation d’autant plus scandaleuse en pleine crise sanitaire. En effet, l’externalisation du nettoyage, et en particulier dans les hôpitaux, ne peut être vue au rabais, ainsi elle met en danger non seulement les travailleuses, qui sans équipement donné font face à des zones à risque, mais aussi les usagers, dans un établissement de santé publique en pleine pandémie.

Alors que la direction du CHU semble prendre le chemin de l’externalisation maximale amenant à la casse de l’hôpital public, ce témoignage nous montre bien les dangers de celle-ci. Avec une absence totale de représentation syndicale, ces travailleuses doivent s’organiser à la base et réclamer leur réintégration immédiate dans les services du CHU. Mais aussi, se battre pour la création d’un comité d’hygiène et sécurité géré par les travailleurs eux-mêmes.

(*) : Le prénom a été modifié pour garder l’anonymat de la travailleuse qui a témoigné.




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