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Mobilisation des soignants

CHU de Rouen. « Les collègues des urgences sont débordés » : la grève s’étend à d’autres services

Depuis le 27 décembre, les urgences du CHU de Rouen sont en grève reconductible pour protester contre le manque de moyens et de personnels dans l’établissement, dégradant les conditions de travail et rendant la gestion de la crise sanitaire impossible. Ce mercredi, deux services supplémentaires ont annoncé rejoindre le mouvement.

jeudi 6 janvier

Crédit photo : GUILLAUME SOUVANT/AFP

Depuis le lundi 27 décembre, le personnel des urgences du CHU de Rouen s’est déclaré en grève illimitée « pour protester contre la dégradation de ses conditions de travail et le manque de moyens humains et matériels », comme le rapporte 20 minutes. Frédéric Louis, secrétaire de la section CFDT du CHU de Rouen, rapportait auprès de l’AFP que le taux de grévistes étaient estimé à 100 %. Il expliquait en ce sens qu’en raison du manque de personnel dans l’hôpital, 40 postes d’infirmiers ne sont pas pourvus et une cinquantaine de lits fermés. « Tout cela entraîne une désorganisation aux urgences. Les collègues des urgences sont débordés à cause de patients qui stagnent du fait d’un manque de lits », témoigne-t-il auprès de l’agence de presse.

En clair, comme dans la totalité du monde hospitalier, le service urgentiste du CHU de Rouen est au bord de la rupture. En témoigne une urgentiste, ayant préféré garder l’anonymat, qui craint que les soignant du service soient appelés pour « boucher des trous dans d’autres services, entraînant le recrutement d’intérimaires, qui sont moins efficaces, aux urgences », révélant clairement la crise structurelle que traverse, comme tant d’autres, son établissement.

Ainsi, ce mercredi, ce sont deux autres services de l’hôpital qui ont décidé de rejoindre de concert le mouvement et déposer un préavis de grève pour le mercredi 12 janvier. Précisément, c’est l’unité d’hospitalisation d’attente (UHA) et l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) qui sont concernées. Deux services complémentaires des urgences jouant le rôle d’« unités tampons » selon les propos du secrétaire de Force Ouvrière du CHU Philippe Vasselin, rapportés dans le journal local Actu 76. « Pour les personnes qui doivent rester après un passage aux urgences, ce sont dans ces unités qu’elles sont placées en attendant l’hospitalisation » explique-t-il. Toujours pour le journal Actu 76, Guillaume Herlin, syndiqué chez SUD, rapporte de son côté : « C’est l’effet boule de neige… La saturation des Urgences amène maintenant ces unités à à leur tour saturer ». « La crise du Covid vient exacerber une situation déjà bien tendue », ajoute-t-il.

Selon le journal, la grève aura donc également lieu dans ces deux services à compter du mercredi 12 janvier toute la journée et durant la soirée. Les grévistes ont pour revendication le respect de leurs horaires de travail, ainsi que le recrutement de deux agents supplémentaires. A ce sujet, Phillipe Vasselin rapporte : « Une aide-soignante est partie, et elle n’a jamais été remplacée. La charge de travail a été répartie entre les autres soignants ». Ils demandent également la réouverture des lits en aval de ces deux services.

Encore une fois, la crise du Covid vient mettre en évidence le manque de moyens et de personnel chroniques dans l’hôpital public, manque résultant des politiques de casse de l’hôpital public qui se succèdent depuis plusieurs décennies. Ainsi, rien qu’entre 2013 et 2019, ce sont plus de 13 000 lits en hôpitaux qui ont été fermés. Ces fermetures se sont poursuivies durant la crise sanitaire et le manque de personnel était tel que 20% des lits en CHU et CHR étaient fermés en octobre dernier faute de soignants d’après une enquête du conseil scientifique.

Ainsi, ce sont les travailleurs qui paient les frais de ces politiques austéritaires envers l’hôpital public par la dégradation de leurs conditions de travail, les réquisitions et les horaires étendues.

Comme dans le secteur de l’enseignement, la gestion actuelle des hôpitaux par le gouvernement montre la nécessité de construire un réel rapport de force. En effet, depuis le début de la pandémie, celui-ci a démontré son profond mépris envers les travailleurs, maintenant à tout prix les écoles ouvertes sans protocole sanitaire conséquent et mettant toujours plus de pression sur les soignants sans jamais mettre un arrêt aux politiques austéritaires qui détruisent l’hôpital public. Dans la lignée de ce que font les grévistes du CHU de Rouen il est dès lors nécessaire de s’organiser afin d’imposer, par en bas, des moyens et des effectifs pour mettre en place une véritable stratégie sanitaire mais également pour combattre les dégradations incessantes des conditions de travail.




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