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Politique

Capitalisme vert

COP 26. Macron fait du greenwashing pour masquer les cadeaux à Total et aux grands pollueurs

Affaibli sur le plan international et en pleine campagne présidentielle en France, Emmanuel Macron a tenté de se saisir de l’ouverture du sommet sur le climat à Glasgow lundi après-midi, pour se placer en leader mondial sur les thématiques écologiques… et masquer l’échec total de sa politique néolibérale « verte ». Décryptage.

mardi 2 novembre

Crédits photo : AFP

Onze minutes : c’est le temps qu’a duré l’intervention exaltée d’Emmanuel Macron lors de l’ouverture de la COP 26 à Glasgow, lundi après-midi. Un temps de parole quatre fois supérieur à celui prévu pour le discours de chaque chef d’État. Mais qu’importe : ridiculisé sur la scène internationale début septembre dans l’affaire des sous-marins australiens, en plein conflit sur la pêche avec Londres, et à quelques mois de l’élection présidentielle en France, Macron a décidé de saisir l’occasion du sommet mondial pour le climat pour se sauver la face et masquer l’échec de sa politique écologique sur le plan national.

Cherchant à se fabriquer une image de leader mondial en matière d’écologie, il a notamment sommé « les plus gros émetteurs » (avec la Chine et la Russie en ligne de mire) de « rehausser leurs objectifs » ou encore, affirmé la nécessité d’une solidarité internationale envers les pays les plus pauvres, en ce qui concerne la transition écologique. Mais si Emmanuel Macron cherche à renouer avec la posture universaliste autour de laquelle il avait fait campagne en 2017, son discours sonne creux après cinq ans au pouvoir et une politique écologique caricaturale, alors que la France ne respecte même pas les règles minimales qu’elle s’était elle-même fixée en matière de réduction des émissions, lors de la précédente COP à Paris en 2015.

Derrière la communication, Macron veut cacher l’hypocrisie des États capitalistes

« Au cours de ces six dernières années […] certains ont voulu quitter ou ont douté », a-t-il souligné en début d’intervention, lançant au passage un pic aux États-Unis, récemment revenus dans l’Accord de Paris de 2015. « Mais nous avons tenu bon et réussi à garder l’ensemble de la communauté internationale unie », s’est-il félicité.

Pourtant, aucun bilan sérieux n’est tiré de la COP 21, dont les engagements très minimaux en matière de réduction des émissions – qui fixaient comme objectif de maintenir le réchauffement au-dessous des 2°C – n’ont pas été respectés par les participants, pas même par la France, qui avait au contraire choisi en janvier 2020 de relever son budget carbone.

Si les organisations écologistes dénoncent une « inaction » et sont récemment parvenues à faire reconnaître l’État français coupable de « préjudice écologique », la justice ne daigne pas pour autant appliquer de sanction financière ou contraignante. Si Macron en appelle à « l’ambition » et à « revenir à l’objectif des 1,5°C », aucune mesure à la hauteur n’est en réalité mise en place.

Par ailleurs, alors que la COP26 s’ouvre à Glasgow, les dirigeants du G20 clôturaient ce week-end une nouvelle réunion tout aussi hypocrite en matière écologique. Comme mesure principale adoptée : un accord sur la fin des subventions de nouveaux projets de centrales électriques au charbon à l’étranger, bien que sur le plan national les économies maintiennent l’utilisation du charbon et qu’aucun plan concernant la sortie des énergies fossiles n’ait été envisagé.

Macron, fervent chevalier de la justice climatique ?

Parmi les autres thèmes phares de son allocution, le chef de l’État s’est longuement arrêté sur la question de la justice climatique : « cette transition doit être juste et accompagnée socialement ». Une ironie dans la bouche de l’instigateur de la taxe carbone, connu pour son orientation néolibérale en matière sociale comme environnementale et dont le quinquennat a été mis à mal par la révolte des Gilets Jaunes puis la grève contre la réforme des retraites.

Il serait selon lui question que les pays les plus riches aident à financer la transition écologique des pays récemment industrialisés, notamment au travers de partenariat commerciaux. « Ce sont les pays les plus pauvres, en Afrique, au Pacifique, en Amérique-Latine ou dans les Caraïbes, qui aujourd’hui vivent les premières conséquences de la crise climatique », a-t-il rappelé la larme à l’œil et avec, on l’aura, compris une attention particulière envers le continent africain auquel le chef de l’État souhaite « redonner sa pleine part dans cette bataille ».

Mais si le président français s’est soudain pris d’un penchant humaniste pour « le respect de la biodiversité » africaine, rappelons qu’Emmanuel Macron a récemment apporté son soutien au mégaprojet pollueur de Total en Ouganda. Aux côtés de la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) et de l’Uganda National Oil Company (UNOC), TotalEnergies prévoit en effet le déploiement d’un pipeline d’une distance équivalente à Rome-Paris. Un projet qui va provoquer le déplacement de dizaines de milliers de personnes entre la Tanzanie et l’Ouganda et les priver de lieu de vie et de leurs terres. Les associations écologistes ont notamment dénoncé le fait que ce projet met en danger l’écosystème d’une région où vivent 50% des espèces d’oiseaux et 39 % des espèces de mammifères du continent africain. Voilà le type de solidarité internationale que défend Macron.

Après la tragédie, la farce

Cherchant à se replacer sur une scène internationale sur laquelle il est affaibli, et en pleine campagne présidentielle, Macron a tenté de renouer avec sa posture de 2017 : celui d’un président humaniste, avec une pensée pour « les jeunesses qui veulent voir [les dirigeants] prendre des engagements ». Pourtant, après 5 ans, Macron restera avant tout le président de la loi « climat et résilience »critiquée par des dizaines d’organisations écologistes, syndicales et politiques –,celui qui a reculé sur l’interdiction des néonicotinoïdes (pesticides tueurs d’abeilles) sous la pression des lobbys, et qui aura versé des milliards d’euros de cadeaux aux grandes entreprises françaises les plus polluantes, dans le cadre du plan de relance.

Nous n’avons rien à attendre d’Emmanuel Macron, ni de l’ensemble des dirigeants qui défileront à Glasgow pendant les prochains jours, qui n’ont aucun intérêt à s’attaquer aux profits des grandes entreprises de l’énergie et des industries polluantes. Il est au contraire urgent d’exproprier les secteurs stratégiques comme l’énergie et les transports - qui sont clés pour la transition énergétique et ne peuvent être laissés à la merci de grands groupes, qui n’ont que faire du sort de l’environnement. Ces secteurs doivent être placés sous le contrôle démocratique des salariés et de la population : c’est la seule solution pour véritablement inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre.




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