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Politique

Pompiers pyromanes

COP26. Mascarade écologique et opération de com’ pour les dirigeants des grandes puissances

A quelques jours de l'ouverture de nouvelles négociations multilatérales pour le climat à l’occasion de la COP26, à Glasgow, la Russie et la Chine désertent le cadre, quand l’Occident en profite pour se repeindre en vert. A nouveau l'issue de cette dernière promet d'être, au mieux, un coup d'épée dans l'eau.

vendredi 29 octobre

Crédits photo : ONU Photo

La 26e Conférence des Nations unies sur le climat se tiendra à Glasgow, en Ecosse, du 31 octobre jusqu’au 12 novembre, un an après avoir été repoussée suite à la pandémie de Covid-19. Au sein du Scottish Event, les différents dirigeants politiques de la planète vont se réunir pour discuter des mesures à prendre pour le climat.

Les rapports du GIEC alertent depuis 1988 sur le réchauffement climatique en cours. L’enjeu est clair aujourd’hui : les émissions de gaz à effet de serre doivent diminuer de 80 à 90% d’ici à 2100 pour éviter un réchauffement au-delà d’1,5°C puis un rebond à 2°. Quelques semaines seulement après le dernier rapport inquiétant du GIEC qui établit que le seuil d’une augmentation de 1,5 degré pourrait être atteint dès 2030, la rencontre prend une tonalité particulière. Si rien n’est fait très rapidement, l’avenir décrit dans les dystopies telles que Snowpiercer pourraient sortir d’un cadre fictionnel.

Pourtant les espoirs sont ténus. Pour cause, depuis 1976, des dirigeants des pays se retrouvent lors de conférences mondiales sans que la dynamique du réchauffement climatique ne bouge d’un iota. Si certains accords ont été négociés et signés lors de ces rencontres, la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique signée lors du sommet de la Terre à Rio dans l’objectif de s’empêcher mutuellement « toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique » et son article 3, paragraphe 5, sont assez symptomatiques de la teneur de ces discussions : la liberté d’entreprendre et de commercer passe avant la protection des écosystèmes et « il convient d’éviter que les mesures prises pour lutter contre les changements climatiques, y compris les mesures unilatérales, constituent un moyen d’imposer des discriminations arbitraires ou injustifiables sur le plan du commerce international, ou des entraves déguisées à ce commerce ».

Six ans après l’accord de Paris en 2015 lors de la COP21, ces rencontres en grande pompe sonnent plutôt comme une succession de promesses non tenues. Presque 200 pays s’y étaient engagés à maintenir les températures en-dessous de 2°C, si possible de 1,5°C, d’ici à la fin du siècle par rapport à l’ère pré-industrielle, et à atteindre la neutralité carbone à mi-chemin. Aujourd’hui, le constat est qu’aucun pays n’a respecté cet accord, excepté le Bhoutan et plus globalement, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter à échelle mondiale !

Un enjeu diplomatique pour les dirigeants des puissances mondiales

La 26ème COP qui se tiendra ce début novembre à Glasgow en Angleterre du 31 octobre au 12 novembre 2021 se donne pour but de tenter - d’enfin - concrétiser le respect de ces différents accords par l’ajustement des objectifs ou encore le déploiement de nouvelles enveloppes pour les pays en développement. Pas moins de 30.000 experts, diplomates, lobbyistes et militants pour le climat seront présents. Pour autant, certains dirigeants et plus gros pollueurs mondiaux boycottent cette conférence qui se veut multilatéraliste comme Vladimir Poutine et très probablement Xi Jinping. « La Chine avait déjà affirmé qu’il serait difficile d’espérer une coalition pour le climat étant donné les tensions grandissantes avec les États-Unis, notamment sur la zone Asie-Pacifique » et cela risque « très concrètement de fragiliser les négociations au sommet décisif de la COP 26 » comme l’analysent Les Échos. Par ailleurs, si Xi Jinping a présenté de nouveaux engagements visant à atteindre son pic d’émission en 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2060 même auprès des acteurs internationaux la proposition a du mal à convaincre.

Si personne ne croit à ce discours de la part de « l’usine du monde » responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre mondiales, les pays occidentaux surfent sur la même stratégie. Dans la continuité du G7, Boris Johnson veut lui continuer le déploiement de son plan économique post-Brexit autour du « Global Britain », visant à conserver sa position économique dans l’échiquier mondial. Macron qui, à quelques mois des présidentielles, souhaite redorer son image écolo dans la continuité de son plan 2030, s’inscrit dans la même lignée et derrière le greenwashing, comme nous l’écrivions dernièrement dans nos colonnes : « Sans surprise, le plan France 2030 présenté par le gouvernement comme le plan miracle pour la transition écologique a fait la part belle à une vision économique ultra libérale. Derrière le vernis écologique le plan ressemble en réalité plutôt à un plan pro-patronal et concurrentiel pour booster la compétitivité des entreprises françaises. »

Il est clair qu’au-delà des discussions autour d’accords sur le climat, cette 26ème COP constitue un enjeu diplomatique important mais aussi économique. La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis se joue aussi sur les énergies dites vertes sachant que la Chine dispose sur son sol de nombreuses matières premières nécessaires à leur production et qui représentent des nouvelles chaînes de valeur très juteuses.

Nous ne pouvons rien attendre de la bourgeoisie !

Au mieux, donc, cette nouvelle COP constituera un coup d’épée dans l’eau. EELV s’engouffre pourtant dans la stratégie bourgeoise par les solutions institutionnelles face au désastre climatique alors qu’il est clair que le bilan des différentes COP est un échec criant. Yannick Jadot va jusqu’à revendiquer l’arnaque de la COP 26 en la décrivant comme « un moment essentiel qui doit sauver l’humanité »…

A rebours de ce genre de perspective, nous ne pouvons rien attendre des gouvernants qui valorisent les intérêts du patronat contre ceux de la majorité de la population et plus particulièrement notre camp social. C’est de toute urgence par la lutte sur les lieux de travail et dans la rue, cela en indépendance de classe, que nous pourrons espérer une inversion de la courbe des émissions de gaz à effet de serre !

Comme l’exprimait Adrien Cornet à l’occasion du meeting de lancement de la campagne d’Anasse Kazib : « La COP26 à Glasgow au mois de novembre sera une nouvelle mise en scène des patrons et des états à leur service qui vont collectivement faire semblant de se préoccuper du climat tout en faisant perdurer un système qui détruit cette même planète. Macron, comme la plupart des gouvernements capitalistes et les nombreux partis verts, nous promet une transition écolo main dans la main avec les entreprises. […] Le capitalisme détruit la planète, alors il va falloir détruire le capitalisme  ». Dans ce cadre, il est urgent d’exproprier les capitalistes, de leur arracher les moyens de production. On ne peut pas leur laisser les leviers de l’économie avec lesquels ils ne pensent qu’au profit et ce en particulier dans les secteurs stratégiques : énergie, transports, qui sont clés pour la transition. Cela doit se faire sous contrôle ouvrier. Nous n’avons aucune confiance dans leur Etat qui a démantelé EDF, privatisé le rail, …




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