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COP26 : le « festival de greenwashing » se conclut par un nouvel échec fracassant à Glasgow

Après des prolongations des négociations d’une journée, la comédie de la COP26 prenait fin samedi 13 novembre avec la signature des accords de Glasgow. Sans surprise, l’échec de la COP est retentissant et les accords signés par les délégations des 196 pays participants nous emmènent tout droit vers un scénario catastrophique dont les premiers signes se font sentir.

mercredi 17 novembre

Crédits photo : REUTERS/Yves Herman

A l’instar de la COP21 et des sommets l’ayant précédé, la COP26 était présentée comme le sommet de la dernière chance. « Si Glasgow échoue, tout échoue », déclarait le premier ministre britannique Boris Johnson avant l’ouverture de l’évènement. Sans surprise, et malgré l’impact de plus en plus violent de la crise climatique, ce sommet s’est révélé une fois de plus incapable de prendre des résolutions à la hauteur de la catastrophe. Les décisions qui en ressortent nous entrainent droit dans le mur avec une augmentation globale des températures évaluée par l’ONU à 2.7°C à la fin du siècle… si les résolutions sont appliquées.

L’échec monumental du « Pacte de Glasgow pour le climat »

La COP26 a été l’occasion pour les Etats membres de se gargariser sur leurs « engagements climatiques ». Chaque Etat a en effet la liberté d’action pour atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris. Alors qu’il faudrait au moins réduire de 45% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5°C, les « engagements climatiques » présentés par les Etats conduiraient à l’inverse à une hausse des émissions de 14% sur cette période, comme le rapporte Le Monde. L’objectif de limiter à 1,5°C le réchauffement global, qui permettrait d’éviter une catastrophe totale est donc abandonnés dans les faits par la COP26.

Cet échec est acté par le « Pacte de Glasgow pour le climat », document final adopté par les 197 participants et présenté entre deux sanglots et excuses par Alok Sharma, ministre britannique présidant la COP26. Si au bout de 30 ans de COP, l’accord évoque pour la première fois explicitement les énergies fossiles, leur exploitation n’est absolument pas remise en cause. Comme l’écrit Le Monde : « Les pays sont encouragés à « accélérer les efforts » vers la « diminution » de l’utilisation du charbon « sans système de capture et stockage du carbone » et la fin des subventions « inefficaces » aux énergies fossiles ». Autrement dit, rien d’impératif en ce qui concerne les énergies fossiles, l’utilisation du charbon est tout à fait acceptable si elle est combinée à des technologie incertaines de captage du CO2 et seules les subventions jugées « inefficaces » sont à remettre en cause concernant le pétrole. On est bien loin de l’abandon nécessaire et urgent des énergies fossiles à l’origine de 90% des émissions de CO2 mondiales.

L’accord révèle également toute la dimension impérialiste des politiques environnementales internationales. Ainsi, le dossier des « pertes et dommages » a été balayé d’un revers de main par les États-Unis et l’Union Européenne, comme le rapporte Le Monde. Porté par une coalition de 134 pays du Sud structurellement plus vulnérables aux dégâts du réchauffement climatique (ouragans, sécheresses, inondations …) et historiquement beaucoup moins responsables de celui-ci que les Etats du Nord et leurs entreprises, ce dossier visait à prendre en compte ces spécificités pour permettre une « facilité de financement » face aux ravages environnementaux en cours et à venir. Cette mesure et ses potentielles retombées financières et légales étaient inacceptables pour le Etats impérialistes.

De même, l’accord est passé au-dessus de la question des fonds permettant la transition et l’adaptation des Etats en voie de développement. Cette résolution, adoptée il y a 12 ans lors de la COP21, prévoyait la mobilisation à partir de 2020 d’un fond de 100 milliards pour aider ces Etats. Cette somme n’a jamais été rassemblée dans son intégralité et la plupart du temps elle est versée sous la forme de prêts, accentuant l’étranglement par la dette des Etats en voie de développement. Ces accords économiques ne sont que des mesures cosmétiques insuffisantes qui ne mettent pas fin au pillage des Etats impérialistes sur les pays semi-coloniaux et dépendants, mais ils ne sont même pas capables de les remplir.

Pour continuer dans sa lancée impérialiste, l’accord comprend des résolutions sur le fonctionnement des marchés de carbone internationaux. Systèmes permettant aux pollueurs de payer pour soi-disant compenser leurs émissions et ainsi continuer à exercer leurs activités polluantes. Les systèmes de compensation prennent souvent la forme de projets de reforestation dans des pays majoritairement du Sud. Cette pratique renforce l’accaparement des terres et l’ingérence dans ces pays en plus d’être un mensonge écologique total comme le rappelle Mediapart.

Le « Pacte de Glasgow pour le climat » est donc un engagement ridicule sur le plan environnemental et ouvertement impérialiste, qui ne parvient même pas à sauver les apparences. Au vu des antécédents, on peut de plus être sûr que des pans entiers de l’accord tomberont aux oubliettes en fonction des intérêts des Etats, à l’image des 100 milliards de dollars qui avaient été promis aux pays en voie de développement lors de la COP21.

Les Etats-membres tentent la diversion

Le « Pacte de Glasgow pour le climat » est donc une catastrophe qui nous entraîne tout droit vers un scénario à +2.7°C. En se cachant derrière la difficulté de « faire consensus », les Etats membres tentent désespérément de redorer leur blason en brandissant des initiatives, coalitions, et tout un festival d’engagement.

Parmi ces engagements, le meilleur coup de pub est sans doute le BOGA, ou Beyond Oil and Gas Alliance qui regroupe 8 pays (Costa Rica, Danemark, France, Groenland, Irlande, Pays de Galles, Québec, Suède) s’engageant à sortir du gaz et du pétrole en arrêtant immédiatement l’autorisation de licences pour des nouvelles exploitations et en s’engageant à fixer une date de fin d’exploitation pour les licences en cours. Cet engagement vaut pour leur territoire mais ils pourront continuer à faire tourner leur économie grâce aux énergies fossiles en provenance de l’étranger. D’ailleurs, comme nous le rappelions la semaine dernière tous les gros producteurs de pétrole et de gaz (Russie, Etats-Unis, Arabie Saoudite, Canada, Irak, Norvège …) sont absents de cette alliance. De plus, la date de fin des exploitations n’est pas définie par le BOGA et l’engagement dans cette alliance n’a rien de contraignant. La même logique se retrouve dans les engagements sur la sortie du charbon, dont les principaux consommateurs sont absents

De la même manière, une trentaine de pays, dont la France au dernier moment, se sont engagés à stopper les investissements publics dans les énergies fossiles à l’étranger d’ici 2022. Mais les financements seront tout de même possibles si les projets comprennent des « dispositifs d’atténuation », expression vague qui intègre les incertaines stratégies de captage du carbone, mais qui pourraient également intégrer les dispositifs de compensation carbone précédemment évoqués, et les investissements privés ne seront bien entendu pas entravés.

Le festival des annonces continue avec entre autre un engagement d’une centaine d’Etats contre la déforestation qui reste très vague et permet notamment le remplacement catastrophique des forêts tropicales aux biodiversités riches par des forêts composées d’une seule essence pour l’exploitation, ou encore un engagement sur la réduction des émissions de méthane qui ne s’attaque qu’aux fuites issues de l’industrie pétrolière et constitue donc une manière d’entériner celle-ci pour les décennies à venir.

La frénésie avec laquelle les dirigeants du monde entier agitent leurs mesures et initiatives vaines dans une tentative de garder la face devant l’échec du pacte de Glasgow pourrait avoir quelque chose de comique si le réchauffement climatique ne menaçait pas directement la vie de millions de personnes.

Macron, encore plus mauvais que le reste

Macron décroche la médaille de la médiocrité dans une compétition très serrée. A l’issue de la COP, le ministère de l’économies et des finances a annoncé au journal Le Monde qu’aucun projet d’énergie fossile ne sera abandonné, « parce qu’il n’y en a pas sans captage et stockage de CO2 ». Tout en vantant son action climatique, Macron aurait manœuvré en sous-marin avec la Pologne et la Hongrie pour intégrer le gaz et le nucléaire dans la taxonomie des énergies dites vertes, qui oriente les financements publics.

Il a également profité de la COP pour annoncer la construction de nouveaux réacteurs nucléaire, comme le rapporte Reporterre. Finalement, il a été avec l’UE à l’avant-garde de la lutte contre les mesures d’aides aux pays du Sud, dont les « pertes et dommages ».

La COP 26 est une déroute dont même les organisateurs et les participants ne parviennent pas à masquer l’ampleur. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a ainsi fait une liste (non exhaustive) les objectifs (pourtant minimaux) non tenus par la COP : « la fin des subventions aux énergies fossiles, la sortie du charbon, mettre un prix sur le carbone » ainsi que l’aide financière aux pays du Sud.

Mais il ne pouvait en être autrement dans un sommet dominé par les principaux États impérialistes du monde, représentant leurs entreprises respectives, qui sont les principaux émetteurs de CO2 sur la planète. Le 26e échec de la COP n’est rien d’autre que le reflet de l’incapacité du système capitaliste à trouver une issue à la crise écologique qu’il a générée.

Des mobilisations ont pris place pour dénoncer ce « festival de greenwashing », et le « bla bla bla » de ces deux semaines de COP pour reprendre les mots de Greta Thunberg. Samedi 6 novembre, 100 000 personnes ont défilé à Glasgow. D’autres se sont réunies dans près de 200 évènements dans le monde.

L’échec de la COP montre de manière flagrante l’impuissance – et l’absence de volonté - des gouvernements pour faire face aux enjeux climatiques. En effet, pour stopper la crise climatique, s’attaquer frontalement à la propriété privée capitaliste est nécessaire afin de créer une organisation rationnelle de l’économie permettant de s’approcher d’un équilibre entre les rythmes naturels et les besoins humains. Alors que les deux semaines de débauche de négociations, accords, engagements, initiatives et discours nous mènent tout droit vers un scénario climatique catastrophique, il est plus qu’urgent de s’organiser en toute indépendance des Etats pour tirer le frein d’urgence et imposer notre programme aux responsables de la catastrophe.




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