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Notre classe

“Pas considérés comme membre du personnels soignants”

“Ça fait 10 ans que nous tirons la sonnette d’alarme” : les ambulanciers, oubliés de la crise du coronavirus

Personnels soignants et hospitaliers sont en première ligne de l’épidémie de Covid-19 qui touche la France depuis bientôt 3 mois. Parmi eux, les ambulanciers sont à l’avant-garde de la gestion des patients atteint du virus. Alexandre Vergnaud ambulancier et président de l’association des ambulanciers et des transports sanitaires de France (CATSUF), nous fait part des difficultés du secteur, accentuées par l’épidémie.

jeudi 26 mars

La crise engendrée par le Covid-19 montre un système ambulancier à bout de souffle. Pourtant acteurs majeurs dans la chaîne de soin et surexposés au risque d’infection, les ambulanciers semble être les grands oubliés du gouvernements au sein de la gestion de l’épidémie.

Révolution Permanente : De quels moyens disposent les ambulanciers pour faire face à l’épidémie de Covid-19 ?

Alexandre Vergnaud : Aujourd’hui, la plupart des ambulanciers gèrent environ 4 à 5 cas présumés par jours. Ce chiffre peut atteindre 6 à 8 cas en région parisienne, mais cela varie en fonction des régions et des départements. Nous sommes quotidiennement en contact avec des personnes porteuses, et, pour cela, nous utilisons des masques et des combinaisons intégrales pour nous protéger de la contamination. L’espace dans lequel nous intervenons et très réduit, environs 2 m² . Cette promiscuité dans le véhicule nous expose fortement à la circulation du virus.

RP : À quelles difficultés sont confrontés les ambulanciers sur le terrain ?

A.V. : Le problème vient notamment du matériel. Aujourd’hui, les masques que nous utilisons ne sont pas adéquats. Nous disposons de masque chirurgicaux, qui servent à se protéger des postillons. Dans le cadre de cette épidémie, ils ne permettent aucune protection quant à la transmission du virus. Nous devrions utiliser des masques filtrant pour garantir un minimum de sécurité.

Nous avons le problème du type de masques, mais aussi celui de la quantité. 50 masques sont distribués en tout et pour tout chaque semaine, à chacune des entreprises d’ambulances. Sachant qu’il s’agit de masques à usage unique, on tient environs 2 jours. Et concernant les combinaisons, nous viendront bientôt à en manquer. Nous dépendons alors du SAMU, qui nous dépanne du matériel, majoré sur les frais de l’hôpital public.

RP : D’où vient ce manque de moyen ?

A.V. : Cela fait une dizaine d’année que nous alertons l’État quant aux manque de moyens mis en place. Les ambulanciers ont un statut particuliers, pour la plupart nous travaillons dans le privé. Nos conditions de travail sont régulées par le Ministère des Transports et de la Santé, au sein d’une convention collective avec les entreprises privées d’ambulances.

Ce statut d’intervenants privés est au coeur du problème et du manque de moyens dans notre secteur, ainsi que de la dégradation de nos conditions de travail. Aujourd’hui le Ministère de la Santé donne des directives à suivre pour faire face au Covid-19, et nous ne sommes pas inclus dedans !

RP : E.Macron a annoncé une « prime exceptionnelle » ainsi que des « heures majorées » pour l’ensemble des personnels soignants. Vous n’êtes donc pas concernés ?

A.V. : En effet ! En tant qu’ambulanciers, nous n’avons droit à aucune des ces primes. De même, nous ne bénéficions pas de la prime Total, qui permet d’obtenir 50 euros de bons d’essence pour couvrir les frais de transport des travailleurs du domaine de la santé. Du fait de notre statut de travailleurs du privé affiliés au Ministère des Transports, nous ne sommes pas considérés comme membre du personnels soignants.

RP : Selon vous, quelles leçons devront être tirées après cet épidémie ?

A.V. : Le Covid-19 ne fait que montrer que l’organisation ambulancière telle qu’elle est aujourd’hui ne peut pas perdurer dans le temps. Ça fait 10 ans que nous tirons la sonnette d’alarme, sans être écoutés par le gouvernement. Sans évolution, c’est la mort de notre profession, et le risque que l’épidémie perdure.




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