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Politique

Après "qu'ils viennent me chercher !"...

« Ça m’en touche une sans bouger l’autre ». Face au scandale Uber files, Macron et l’arrogance de classe

Suite au scandale qui a révélé ses liens avec Uber lors de son passage à Bercy, Macron a réagi par un « j’assume à fond » classique de la posture pleine de mépris du chef de l’État. Il a également justifié son action de lobbying pour Uber en expliquant qu’il l’avait fait pour « les jeunes des milieux difficiles ». Des arguments pleins de cynisme quand on connait la réalité des travailleurs ubérisés et qui ne suffiront pas à résoudre la crise profonde dans lequel est empêtré Macron depuis sa réélection.

mardi 12 juillet

Crédit photo : Agathe Lambert/ BFM TV

Les « explications » de Macron étaient attendues. Elles n’ont pas déçu. En visite dans l’entreprise STMicrolectronics en Isère, le président de la république a réagi au scandale « Uberfiles » qui révèle le travail de lobbying que l’ancien ministre de l’économie a mené au sein de l’appareil d’État en faveur de la multinationale Uber afin que celle-ci puisse s’implanter durablement en France.

Devant les journalistes, Macron s’est expliqué en employant un ton suffisant qui fait sa marque de fabrique, tout en cherchant à justifier son soutien à Uber : « je l’assume à fond, j’ai vu des chefs d’entreprise étrangers, je les ai vus ça a toujours été officiel avec des collaborateurs. J’en suis fier, s’ils ont créé des emplois en France je suis hyper fier de cela. Et vous savez quoi ? Je le referais demain et après-demain ! ».

Questionné sur les attaques de la Nupes à son encontre suite à la révélation du scandale, Macron s’est même autorisé une nouvelle sortie décomplexée tout en poursuivant son argumentaire selon lequel son lobbying pour Uber aurait eu pour but de « créer de l’emploi » pour les jeunes de quartiers : « ça m’en touche une sans bouger l’autre ! […] Ils ont perdu la boussole ! Quand on croit dans la justice sociale, dans l’égalité des chances, il faut se battre pour que les jeunes qui viennent de milieux difficiles aient des emplois. Cela n’a jamais été leur combat. Moi, ça a été le mien. Des jeunes qui, peut-être, votent pour eux aujourd’hui ont eu leur emploi grâce à ça ».

Les arguments de Macron pour justifier son action en faveur des intérêts d’une multinationale comme Uber pourraient presque faire rire quand on connaît la réalité de la situation des travailleurs Uber en France et à l’internationale. Loin des mots creux de « justice sociale » et « d’égalité des chances », derrière le statut « d’auto-entrepreneur » vendu par Uber, c’est bien plutôt la surexploitation et la précarité que Macron a promis à la jeunesse des classes populaires. L’argumentaire présidentiel vient en tous cas confirmer en creux, ce que tout le monde savait déjà : à l’Elysée ce sont bien les intérêts des riches et des patrons qui guident la politique à mener.

La sortie de Macron n’est pas sans rappeler l’affaire Benalla. En juillet 2018, face au scandale, Macron avait lâché le désormais célèbre « S’ils cherchent un responsable, c’est moi et moi seul ! Qu’ils viennent me chercher ! ». Bis repetita avec le scandale « Uberfiles ». Mais cette fois, la posture fanfaronne intervient dans un contexte d’importante fragilité pour Macron, qui se retrouve bien plus affaibli qu’en 2018. Sans majorité absolue, incapable d’appliquer rapidement ce pour quoi il a été mandaté par le patronat, pressionné par son opposition, le tout dans un contexte inflationniste extrêmement inflammable où les grèves pour les salaires à la base se multiplient en France et en Europe, ce nouveau scandale vient fragiliser davantage Macron qui apparait à court de souffle malgré sa façade de Bonaparte.

Quelques mois après le « qu’ils viennent me chercher », l’un des mouvements les plus subversifs de l’histoire de la Vème République, celui des Gilets Jaunes, éclatait et venait répondre à l’injonction de Macron. Comme dit l’adage, l’Histoire se répète toujours deux fois. Mais si elle devait se répéter, cette fois-ci, en plus des secteurs mobilisés lors des Gilets Jaunes, c’est avec l’ensemble des secteurs du monde du travail et des quartiers populaires qui font aujourd’hui les frais de l’inflation et de la vie chère qu’il faudra « aller chercher » Macron et les capitalistes dont il représente les intérêts.



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