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Caen. 17 heures de garde à vue dans une "cellule repeinte avec sang, vomi, excréments"

Sur Facebook, Chloé témoigne de la répression qu’elle a subit au cours de l’acte 17. Violente interpellation, réflexions sexistes, longue heures de garde à vue… Nous relayons son récit.

mercredi 13 mars

« Oui oui la fille qui est écrasée au sol c’est bien moi sur cette photo… Chloé la pacifique… »

17h de garde à vue, après avoir été embarquée, menottée, et partie en fourgon à folle allure et sirène hurlante… Mon crime ?! Avoir osé, avec deux autres personnes, me mettre à genoux les mains en l’air, face à une ligne de policiers.

Ce que l’on me reproche officiellement : participation à un attroupement non déclaré (une manif gilet quoi) et le meilleur : entrave à la circulation des moyens de secours (dans une rue piétonne en étant à genoux sur le sol… alors qu’il n’y a pas de secours sur place).

Pour résumer :
Hier, à Caen, on n’a pas arrêté de se faire gazer (même dans des maisons, des jardins, en pleine rue sans prévenir, au milieu des passants !) on était poursuivis de partout… Ils gazaient à tout-va et sans voir ce qu’ils faisaient… On a protégé comme on pouvait les familles et les commerces que l’on croisait au milieu de cette cohue, poussés par des forces de l’ordre de plus en plus répressives…

Fin de journée, on est tranquilles, sans gilet jaune, à papoter avec des amis dans le centre-ville.
La BAC arrive, puis les Golgoth en tenues de combat derrière. Une première interpellation sous nos yeux, je me mets alors à filmer pour nous protéger, car la situation est tendue. Ils ont des postures menaçantes alors que nous étions à 5 mètres d’un manège avec des enfants dessus... 

Je leur crie de faire attention aux enfants… PAN ! Dans la gueule, un premier coup de bouclier pour me pousser

Je fulmine, car on était tranquille et qu’il y a des enfants autour de nous, leur attitude est inadmissible et faisait monter la pression ! Nous essayons alors de calmer la situation et de protéger les gens en nous mettant à genoux main en l’air pour prouver notre pacifisme.

Ils ont chargé sans sommation alors qu’il n’y avait aucun danger ou trouble, j’ai juste eu le temps de me mettre en boule pour me protéger des chocs venant de partout.

J’étais sonnée au sol, quand j’ai entendu dire « eux on les embarque ».

Quelques secondes après j’étais traînée puis plaquée au sol face contre terre, j’hurlais de colère et de douleur, car ils forçaient sur mes bras pour me tenir. J’ai vu Vincent plaqué au sol près de moi. Je lui ai demandé s’il allait bien… On nous a alors soulevé et emmené contre un mur. Quelques secondes après, l’air est devenu irrespirable : ils venaient d’envoyer du gaz.

J’avais du mal à respirer, j’ai demandé de l’aide aux policiers, qu’ils me protègent le visage avec mon foulard… ils m’ont regardé sans rien faire en me laissant suffoquer. Je me suis mise alors à genoux la tête entre mes jambes pour essayer de me calmer et de respirer…
Une fois les gaz dissipés, on nous a emmenés dans le camion. Dans le fourgon avec nous, une gamine de 13 ans a été aussi interpellée !!!

Zou ! direction la garde à vue… Ils sont partis en trombes, grillés des feux, monté sur le terre-plein central et même sur les travaux du tram… On aurait dit qu’ils transportaient des dangereux criminels.

Une fois arrivés au poste de police, je passe la première à la fouille. Avant de rentrer dans la salle, une policière me lance devant tout le monde : « Vous avez les cheveux longs, c’est pour exciter les hommes ?! »
Je garde mon calme, je ne relève pas…

Une fois dans la salle avec les deux policières, c’est reparti pour l’humiliation : « Vous êtes gilets jaunes, vous avez pas de métiers, hein, vous ?! » « Et puis avec vos cheveux, là, vous allez tous les exciter en cellule… ».

Je l’envoie bouler poliment et ça en reste là, je ne veux pas aggraver la situation, même si je trouve leurs propos à vomir.

Ma garde à vue se passe plutôt bien si on fait abstraction de la cellule repeinte avec du sang, du vomi, des excréments… et des toilettes à la turque dont je vous passerai les détails.

Je suis ressortie aujourd’hui. J’ai encore mal au bras. Mais rien n’est retenu contre moi… vu que je n’ai rien fait de mal.

Mais aujourd’hui en France on peut faire de 17h de garde à vue juste pour avoir osé lutter pacifiquement…

PS : Un énorme merci à tous ceux qui veillent sur moi depuis des semaines et à tous ceux qui se sont inquiétés… (pour votre sécurité je ne vous identifie pas… mais merciiii)

Gilets Jaunes, on ne lâche rien !!!




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