^

Politique

Calais. Darmanin interdit à des associations de distribuer des repas aux migrants

Ce jeudi après-midi, Gérald Darmanin recevait la maire de Calais, et a notamment annoncé l’interdiction des distributions de repas aux migrants par des associations non mandatées par l’État. Darmanin poursuit ainsi la politique inhumaine et raciste du gouvernement et applique à la lettre les mots d’ordre de l’extrême-droite.

vendredi 11 septembre

Crédits photo : REUTERS/Thomas Samson

Ce jeudi après-midi, la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, rendait visite à Gérald Darmanin. Une visite qu’elle attendait avec impatience et qui lui a permis d’obtenir plusieurs mesures, tant réclamées par la droite et l’extrême-droite, sur la question migratoire : jeudi, la préfecture du Pas-de-Calais publiait ainsi un arrêté interdisant les distributions de repas aux migrants par des associations non-mandatées par l’État. Pour justifier cette mesure, la préfecture a prétexté que les distributions étaient “caractérisées par le non-respect des mesures de distanciation sociale dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, qu’elles créent des nuisances et que des déchets sont laissés sur place”. Un prétexte particulièrement grossier et cynique : les problèmes de distanciation sociale et de “nuisances” ne sont que la conséquence du manque de moyens (organisé par l’Etat) pour l’accueil des migrants et de la répression constante des personnes qui tentent de leur venir en aide, ne serait-ce que pour boire et manger !

Cette remarque « sanitaire » est d’autant plus odieuse que les migrants ont été livrés à eux-mêmes pendant le confinement et que la gestion répressive de la crise sanitaire a été une nouvelle occasion de réprimer et d’entraver l’aide au moyen d’amendes et de gardes-à-vue de personnes qui organisaient des maraudes. Pas de problème pour Darmanin à ce que les gens soient serrés dans le métro, au travail, dans les écoles (activités elles-aussi caractérisées par le non-respect des mesures de distanciation sociale dans le cadre de la lutte contre le Covid-19) tant que la machine économique reprend son cours, mais pas question que des distributions de nourriture soient organisées pour les migrants.

Toutes les associations non-mandatées par l’État se voient ainsi interdire de distribuer des repas aux migrants, les seules distributions autorisées étant celles de la Vie Active, financées par l’État. En effet, la préfecture considère que “l’ensemble des prestations assurées permet d’apporter aux personnes migrantes des prestations humanitaires suffisantes au regard des besoins de cette population notamment alimentaires”. Rappelons pourtant que “l’ensemble des prestations” est composé de 4 distributions quotidiennes de repas et de 38 robinets d’eau disponibles 5 jours sur 7, dont 22 seulement accessibles 7 jours sur 7. On a du mal à imaginer comment ces “prestations humanitaires” suffisent pour les environ 1400 migrants qui se trouvent à Calais, quand l’association l’Auberge des migrants, par exemple, indique à elle seule distribuer chaque jour entre 200 et 300 repas aux migrants dans le seul centre-ville, et plusieurs centaines d’autres dans d’autres endroits de la ville.

Ces centaines de personnes rejoindraient donc les quelques points restants de distribution (le principal se situe autour de l’hôpital de Calais) entraînant encore plus d’encombrement et donc moins de distanciation. Interrogée par Le Monde, La Vie active estime pour l’heure, avec ses distributions de plus de mille petits-déjeuners et déjeuners, toucher « peut-être pas la totalité, mais la majorité » des migrants. Le résultat de cette politique est onc une potentielle aggravation des risques sanitaires pour les migrants. Mais encore une fois comment la préfecture peut-elle faire semblant de s’intéresser à la santé des migrants alors que leurs quelques installations de fortune sont détruites par la police qui mène une véritable guerre d’usure contre les migrants ?

Car l’intention de Darmanin et de son valet préfectoral est évidemment loin d’être sanitaire ou alors au sens macronien du terme, à savoir comme synonyme de répression. En parallèle de la cruauté de la mesure, ce qu’elle implique est un contrôle renforcé de l’Etat sur les associations d’aides, les seules étant autorisées à agir étant celles qui sont financées par l’Etat, qui peut donc largement influencer leur politique d’intervention. En cas de mésentente, ou de non-respect des directives, plus de subvention et retour à la case illégalité, puisque association non-mandatée par l’Etat.

A la source des motifs qui ont poussé ces personnes à l’émigration, la responsabilité remonte toujours aux mêmes coupables parmi lesquels l’impérialisme français se distingue particulièrement pour son rôle de pillage économique, de déstabilisation politique, de violence. Après avoir affamé des régions entières, l’Etat français continue de mener la vie dure à ceux qui ont du fuir la misère, la guerre, les persécutions. Darmanin a par ailleurs annoncé l’arrivée de “trente nouveaux fonctionnaires”, en plus de la compagnie de CRS arrivée cet été. La politique du gouvernement se résume donc en deux mots : réprimer et affamer.

Par ailleurs, cette mesure raciste s’inscrit dans la séquence d’offensive sécuritaire et réactionnaire ouverte par l’extrême-droite durant l’été et dans laquelle s’est engouffré le gouvernement en reprenant et en banalisant les termes d’”ensauvagement” et de “séparatisme”. Cette politique ouvertement raciste répond à un triple enjeu pour le gouvernement : étouffer les critiques que les Républicains et le Rassemblement National pourraient émettre en occupant le terrain sécuritaire ; profiter de ce contre-feu idéal face à la triple crise économique, sociale et sanitaire qui gronde ; enfin, comme réaction de droite à la mobilisation anti-raciste qui a éclaté en juin dernier.

Mais comme le montre l’interdiction de distribuer des repas aux migrants, cette atmosphère rabâchée dans les médias par des invités tous plus réac’ les uns que les autres, par les sorties consciemment « chocs » de Darmanin et le focus établi sur une prétendue violence qui inonderait la société a des conséquences très concrètes sur les populations visées par le discours xénophobe et islamophobe de ce dernier. En ce sens, il est impérieux d’exiger l’accueil dans des conditions dignes de tous les migrants et migrantes, la régularisation de tous les sans-papiers et la fermeture de tous les Centres de Rétention Administrative.




Mots-clés

Racisme d’État   /    Crise sanitaire   /    Migrants   /    Racisme   /    Politique