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Calais cœur de pierre

Calais : la mairie dépose des rochers sur les quais pour empêcher les réfugiés de s’installer

La maire LR de Calais Natacha Bouchart poursuit sa politique contre les réfugiés en installant des rochers sur les quais pour les empêcher de planter leur tente. Contre cette politique raciste et xénophobe, jeunes et associations luttent contre la mairie et cherchent à faire converger lutte contre la réforme des retraites et lutte contre la loi immigration.

Lev Haegman

14 mars 2023

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Calais : la mairie dépose des rochers sur les quais pour empêcher les réfugiés de s'installer

Crédits photo : Révolution Permanente

Le mercredi 08 mars dernier, des dizaines de personnes se sont retrouvées au quai de la Gironde de Calais, pour protester contre la politique d’enrochement de la mairie. Cette dernière vise à empêcher les réfugié.e.s et toute personne sans domicile de planter leurs tentes sur les quais, ainsi que les associations humanitaires d’effectuer sur ces derniers des distributions d’eau et de nourriture.

Une politique de la honte

Ce rassemblement, marqué par un déplacement symbolique de rochers visant à libérer un passage vers l’un des bancs condamnés, puis par le dépôt de certains des rochers déplacés devant la mairie, fait suite à l’installation, le mercredi 1er mars 2023, d’énormes rochers près du pont Mollien, quadrillant mètre carrés par mètre carrés toute une zone habituellement fréquentée par les réfugié.e.s et les humanitaires.

Sous le beffroi de l’Hôtel de Ville, l’enrochement du quai de la Gironde

Cette pratique d’enrochement est une nouvelle manœuvre de la maire Natacha Bouchart pour rendre impossible la vie des personnes exilées se trouvant à Calais. Cette maire les Républicains qui s’était déjà illustrée par le passé par sa défense d’arrêtés préfectoraux interdisant la distribution d’eau et de nourriture dans certains espaces de la ville, tous déboutés par le tribunal administratif de Lille. Comme le souligne un tract appelant au rassemblement, elle avait en effet déjà été utilisée les années précédentes.

Tout d’abord, fin mars 2020, près du fort Nieulay, où l’on trouvait des distributions alimentaires, des cliniques mobiles de la Croix-Rouge et des activités à destination des mineur.e.s isolé.e.s. Ensuite, en mars 2021, près de l’ancien Conforama, puis à l’été 2022 rue de Judée pour empêcher les distributions de nourriture et d’eau. Enfin, en septembre 2022, sur les quais de la Danube et de la Meuse, pour empêcher toute installation « pérenne » des personnes réfugiées.

Non seulement honteuse en soi, cette pratique est du reste raciste, tant elle tranche avec l’accueil qui a été fait aux personnes fuyant l’Ukraine, qui se sont aussitôt vues ouvert le Centre Européen de Séjour de la ville. Elle a également un coût, ainsi que l’ont souligné les membres de l’association Calais Food Collective lors du rassemblement : estimé à 45 000 € en septembre 2022, l’opération aurait cette fois-ci coûté 70 000 €, autant d’argent qui aurait pu, en lien avec les différentes associations humanitaires, être utilisé pour organiser un accueil digne des réfugié.e.s.

Lier lutte contre la réforme des retraites et lutte contre la loi immigration

Le rassemblement du 08 mars 2023 survenait le lendemain de la mobilisation contre la réforme des retraites du 07 mars. Lors de cette dernière, des jeunes venus prêter main forte aux différents collectifs et associations d’aide aux réfugié.e.s avaient défilé avec une banderole où l’on pouvait lire : « Calais, cœur de pierre », tournant en dérision le nom du centre commercial du centre-ville : « Calais, cœur de ville ». Ces jeunes s’étaient déjà illustré.e.s lors de la manifestation du 19 janvier avec une banderole affichant le slogan : « Détruisons les frontières, pas les retraites ».

Manifestation du 19 janvier à Calais

Comme nous l’indiquait l’un d’eux dans un entretien réalisé lors de la manifestation du 31 janvier, la lutte contre la réforme des retraites et celle contre les politiques racistes du gouvernement, à commencer par la loi immigration de Darmanin, participent d’un même front contre la marchandisation des êtres humains, marchandisation fonctionnant : d’un côté, « par le biais d’une réforme anti-sociale comme celle des retraites qui vise à faire travailler plus longtemps au détriment des plus jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi et au détriment du corps des travailleurs qui arrivent fatigués à l’âge de la retraite » ; de l’autre, par le biais d’une répression des «  personnes exilées qui arrivent en France, notamment avec les titres de séjour pour les métiers en tension où potentiellement on utiliserait la main d’œuvre étrangère pour des métiers difficiles dans lesquels il manque du monde et pour ensuite les renvoyer dans leur pays une fois qu’ils ont fini leur travail ».

Ces jeunes nous montrent ainsi la voie d’une nécessaire articulation des fronts, celui contre la réforme des retraites et celui contre la loi immigration, d’autant plus que les travailleuses et travailleurs immigré.e.s et sans-papiers, outre le fait d’être déjà les plus exploité.e.s, seront parmi les plus touché.e.s par ladite réforme

En finir avec l’Europe forteresse

La France et l’Europe continue de mener leurs politiques de répression des migrants par la militarisation croissante des frontières. Ce vendredi 10 mars 2023 se tenait le 36ème sommet bilatéral franco-britannique, lors duquel Rishi Sunak, le Premier ministre conservateur du Royaume-Uni, a promis à Emmanuel Macron une enveloppe de 541 millions d’euros pour assurer la « sécurisation » de la frontière. Depuis la signature des accords du Touquet en 2003, la frontière franco-britannique a, en effet, été déplacée sur les côtes françaises. En échange d’un dédommagement financier, la France prend ainsi en charge la surveillance de la frontière et la gestion des flux migratoires.

Cet investissement de 541 millions d’euros devrait couvrir le recrutement de 500 agents supplémentaires pour patrouiller sur les plages du littoral, mais aussi l’achat de drones, d’hélicoptères et d’aéronefs, ainsi que l’ouverture d’un nouveau Centre de rétention administratif (CRA) dans le Nord ou le Pas-de-Calais. Dénoncée depuis longtemps par les associations, cette politique de militarisation, en plus d’être inique, est un total échec.

En 2022, selon le Home Office, ministère de l’Intérieur britannique, c’est ainsi plus de 45 000 traversées qui ont eu lieu, tandis que janvier 2023 a vu près de 1180 personnes traverser la frontière britannique, et que le 06 mars dernier ce sont près de 200 personnes qui ont traversé la manche en une seule journée. Ces traversées nous rappellent, au demeurant, que la frontière tue, comme lors du tristement célèbre 24 novembre 2021, où 27 personnes sont décédées suite au naufrage de leur embarcation.

Contre l’offensive de la bourgeoisie que représente la réforme des retraites et contre le racisme d’État que représente la dernière loi immigration couplée à la militarisation des frontières, il est du devoir de la classe ouvrière, dans le mouvement en cours, de s’allier avec les secteurs les plus avancés dans la lutte contre toutes les formes d’oppression, et en particulier celle qui s’abat sur les exilés.


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