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Du Pain et des Roses

La pote à Bolloré

Canal+ censure le docu sur le sexisme et donne une tribune à Ménès, mais Schiappa défend la chaîne

Des scènes du documentaire « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste », qui dénonce les violences sexistes dans le milieu du journalisme sportif, ont été censurées par Canal+ pour couvrir Pierre Ménès. Schiappa a réagi pour défendre la chaine, la qualifiant de « lanceur d’alerte »

mercredi 24 mars

Crédit photo : BFM TV

Le site LesJours.fr-> a révélé que des scènes du documentaire de Marie Portolano « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste » basée sur les témoignages d’une vingtaine de journalistes sportives, ont été coupées et censurées par la direction de la chaîne Canal +, qui appartient en grande partie au milliardaire Vincent Bolloré, grand ami de Nicolas Sarkozy et de la classe politique bourgeoise.

Dans ces scènes censurées, on apprend notamment que Pierre Ménès, chroniqueur sportif a agressé sexuellement Marie Portolano en soulevant sa jupe mais aussi qu’il a embrassé de force la journaliste Isabelle Moreau. Dans la scène, on voit Marie Portolano confronter son agresseur quelques années plus tard et lui demander « s’il le referait aujourd’hui », question à laquelle Ménès répond « oh oui ». Invité dans l’émission Touche pas à mon poste, où une partie des images censurées ont été diffusées, le consultant sportif a cherché à se justifier en affirmant qu’il avait commis cet acte car il « n’était pas dans son état normal »…

Dans cette émission de la chaîne C8 détenue par le groupe Canal+, la direction de la chaîne, ainsi que Cyril Hanouna ont donc offert une véritable tribune à Pierre Ménès pour qu’il puisse se justifier, faire un rapide mea-culpa et surtout inverser complètement les rôles en se victimisant. L’aggresseur allant même jusqu’à expliquer que « parce que le monde a changé, c’est MeToo, on ne peut plus rien faire, on ne peut plus rien dire. […] Aujourd’hui, ça ferait un scandale affreux. Essaie d’embrasser Kelly sur la bouche tout à l’heure, tu verras que ça ne passera pas alors qu’y a cinq ans, ça serait passé crème ». Sur ce plateau, Hanouna et la direction de Canal+ se sont ainsi adonnés à un exercice visant à absoudre Pierre Ménès. Il suffit de voir avec quel complaisance Hanouna pose les questions à son confrère. Une insulte d’une violence inouïe pour les victimes de ces agressions sexuelles.

La numéro 2 du ministère de l’intérieur, Marlène Schiappa, a réagi, ce lundi, à la polémique sur BFM TV. La ministre qui avait osé défendre son collègue et ministre de l’intérieur Gérald Darmanin au sujet des accusations de viol qui le vise, a été plus prompte à dénoncer les agressions sexuelles commises par Pierre Ménès.

Cependant, si elle a dénoncé les actes et les propos du consultant sportif, la ministre n’a en revanche rien eu à redire sur la gestion de l’affaire par la direction de Canal + qui a censuré les images qui accablent le présentateur sportif pour ensuite lui donner une tribune pour qu’il se justifie. Pire, Marlène Schiappa a même été jusqu’à qualifier la chaîne de « lanceur d’alerte » sur RMC, alors que Canal+ a délibérément coupé des images au montage dans lesquelles Pierre Ménès admet avoir agressé sexuellement, afin de protéger son consultant. Comme le révèle l’article du site LesJours.fr, « Dès que l’idée du documentaire lui a été soumise, la direction de Canal+ savait que la séquence avec Pierre Ménès y figurerait. Mais une fois le documentaire tourné [...] sous l’égide de Gérald-Brice Viret, directeur des antennes, le directeur des sports Thierry Cheleman[...], et son adjoint Didier Lahaye exigent des auteurs que toutes les séquences avec Ménès soient coupées. La décision est prise de ne garder dans le documentaire que les témoignages de femmes ».

Marlène Schiappa applaudit et félicite donc une chaîne qui entretient largement le sexisme et les violences qui touchent les journalistes femmes puisque la direction de la chaîne a cherché à protéger des consultants sportifs coupables de harcèlement et d’agressions sexuelles en censurant un documentaire. Une chaîne qui en plus de censurer et protéger les agresseurs, organise des plateaux télé pour leur donner une tribune pour qu’il puisse justifier leurs actes. Un groupe de télévision qui ressemble à tout sauf à un lanceur d’alerte et qui, par ailleurs, laisse une tribune énorme aux discours racistes de l’extrême-droite les plus décomplexés, en invitant régulièrement des personnalités comme Éric Zemmour sur ses plateaux.

Ces révélations qui viennent une nouvelle fois briser l’omerta sur les violences sexistes et sexuelles dans le milieu journalistique après les dénonciations successives contre le journaliste Patrick Poivre d’Arvor. Des violences qui sont présentes de manière structurelle dans la grande majorité des milieux professionnels, comme dans la grande distribution par exemple avec le cas de Chronodrive où le harcèlement et le sexisme qui y sévissent commencent à être dénoncés.




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