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Politique

ÉCHEC SANITAIRE

Carnaval à Marseille. Le gouvernement s’indigne pour mieux camoufler son échec

Comme un nouvel « en même temps » macronien. D’un côté, le gouvernement décrète un confinement « light » encourageant les déplacements en plein air, de l’autre, il s’indigne lorsque plusieurs milliers de personnes fêtent le carnaval en « extérieur ». Derrière cette « affaire », le gouvernement comme la classe politique a fait bloc de peur que ce rassemblement fasse tâche d’huile et remettent toujours plus en question l’autorité de l’Etat écornée par une gestion catastrophique de la crise sanitaire.

lundi 22 mars

Crédits photo : CHRISTOPHE SIMON/AFP

Une « polémique » montée de toutes pièces, sur fond de stigmatisation de la jeunesse

« L’affaire » n’est pas sans rappeler celle de la « rave-party » du nouvel an, organisée en Ille-et-Vilaine, et qui avait ouvert là encore un procès en « irresponsabilité » des participants comme des organisateurs. La fête bretonne avait en effet défrayé la chronique et fait l’objet d’un véritable déchainement médiatique, répressif et judiciaire, puisqu’un homme de 22 ans, mis en examen, risque même jusqu’à dix ans de prison.

Le carnaval marseillais fait lui aussi l’objet de multiples condamnations de la part, notamment, du Ministère de l’Intérieur qui déclare, par la voix de Camille Chaize, sa porte-parole, vouloir « judiciariser au maximum » la répression de cette fête qu’il juge « inacceptable, alors que tous les français font des efforts et s’adaptent ». La rhétorique gouvernementale cherche de toute évidence à faire passer les participants à la fête, et notamment les jeunes, pour des « égoïstes irresponsables ». Des condamnations d’une hypocrisie crasse alors que le gouvernement encourage pourtant les déplacements en « extérieur », conformément à sa stratégie qu’il qualifie de stratégie « du bol d’air ».

Mais comment affirmer d’un côté qu’il y a très peu de chance de se contaminer en extérieur tout en ouvrant un flot de condamnation contre les participants au carnaval ? En réalité, ce carnaval est un contre-feu idéal pour masquer la responsabilité de ce troisième confinement (qui n’en est pas un) chercher une issue pour cette séquence catastrophique, comme en a témoigné la cacophonie relative aux modalités des attestations.

L’expression d’une défiance grandissante

Mais en réalité, le fait que l’ensemble de la classe politique se soit épandue sur ce fameux carnaval illustre une autre peur : celle que l’autorité de l’Etat, largement écornée, soit encore davantage remise en question. En effet, ce rassemblement intervient au moment même où Macron décrète le nouveau confinement pour 16 départements, de quoi entamer le crédit de l’autorité que le gouvernement cherche à déployer pour garantir à sa mise en place.

Autant de questions qui taraudent profondément le gouvernement comme la classe politique. Un gouvernement qui exprime du reste sa fébrilité devant la menace d’une désobéissance grandissante, à un an des élections présidentielles, en réaction à ses propres échecs sur le terrain sanitaire. Le « pari » avait consisté en effet à « faire le dos rond » en maintenant l’ouverture de l’économie et des écoles à toute force, en usant de la vie sociale et des loisirs comme d’une variable d’ajustement. En témoignent en effet les déclarations de Jean Castex, à l’heure d’avancer le couvre-feu à 18h, courant janvier, qui affirmait vouloir faire la chasse aux « apéros et fêtes clandestines », cherchant par là à faire peser prioritairement la charge de la responsabilité sur la jeunesse et les pratiques personnelles. Mais le variant anglais, sa contagiosité et la pénurie de vaccins sont venus mettre à bas cette stratégie sanitaire inique et autoritaire.

Un récent sondage témoigne en effet de la lassitude et de la défiance à l’égard de ce nouveau confinement partiel décrété en fin de semaine. 47% des sondés déclarent qu’ils ne respecteront pas les restrictions, comme deux tiers des jeunes. Mais cette « inconscience » des carnavaliers, comme se plait à la nommer Renaud Muselier, président LR de la région PACA, n’est rien d’autre que le résultat d’un échec politique et sanitaire.

Des polémiques creuses et toujours pas de campagne vaccinale à la hauteur ni de moyens

Trouver des boucs-émissaires et des responsables du rebond épidémique est un assurément un recours pour le gouvernement qui enchaine les ratés dans l’organisation de la campagne vaccinale. Du reste, les hôpitaux sous tension n’ont toujours pas, un an après, les moyens adéquats pour faire face aux afflux de malades tandis que le privé n’est réquisitionné qu’en dernière instance.

Tandis que le gouvernement se refuse à déployer une véritable stratégie de prévention visant à briser les chaines de contamination, celle du « stop and go » atteint ses limites. Ces mesures, caractéristiques des gestions néolibérales, nous condamnent à supporter des restrictions lourdes qui entravent nos libertés et mettent en danger la santé psychologique de nombreuses personnes. Ce ne sont pas quelques milliers de carnavaliers qui sont responsables des calamités que nous endurons. Pour en finir avec cette épidémie, nous devons réquisitionner les lignes de productions des vaccins laissées inactives, libérer les brevets et fournir des moyens à la hauteur des besoins pour l’hôpital.




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