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Politique

Autoritarisme

« Carré régalien » : le nouveau coup de com’ réactionnaire de Blanquer

Un an après l'assassinat de Samuel Paty, Jean-Michel Blanquer instrumentalise une fois de plus les difficultés et les souffrances rencontrées par les enseignant·e·s. Reçu à Nice, le ministre annoncé en grande pompe le déploiement du « carré régalien ». Une énième opération de communication, qui, sous couvert de prévenir les violences et de lutter contre la radicalisation, vise à renforcer le dispositif répressif au sein de l'école pour y imposer l’autoritarisme et l’idéologie réactionnaire soutenue par Blanquer.

lundi 8 novembre

Crédits photo : Twitter Jean-Michel Blanquer

Ce vendredi, un peu plus d’un an après la mort tragique de Samuel Paty et l’instrumentalisation gouvernementale ignoble de cet attentat, Jean-Michel Blanquer était à Nice pour défendre le « carré régalien », un dispositif issu du Grenelle de l’Éducation et mis en place dans tous les rectorats pour répondre aux situations de crise que les enseignants peuvent rencontrer dans l’exercice de leur métier. Décliné en quatre axes, ce « carré régalien » entend répondre aux « problèmes » que le ministre de l’Éducation nationale identifie et qui sont devenus le cœur de son programme : valeurs de la République et laïcité, radicalisation et lutte contre les communautarismes, violences scolaires, harcèlement et cyberharcèlement.

On le voit, si le contenu du carré régalien reste flou, la philosophie globale du projet, est, elle, on ne peut plus claire. Dans la continuité de l’offensive lancée par le gouvernement autour des loi sécurité globale et loi séparatisme, le carré régalien traduit dans l’enceinte de l’école les thématiques que le gouvernement a mis à l’honneur et qui irriguent la campagne présidentielle, de Zemmour à Marine Le Pen, en passant par les Républicains : l’instrumentalisation de la laïcité à des fins islamophobes et discriminatoire, contre la gauche et l’extrême-gauche, ainsi que l’approfondissement d’une logique autoritaire visant à résoudre par la répression les problèmes réels auxquels peuvent se confronter les collègues.

Le dispositif est le résultat d’une pression forte qui s’exerce dans l’Education nationale : celle du « pas de vague » en vogue dans l’Éducation nationale. La parole des enseignants sur les violences et le silence imposé par l’institution s’est en partie libérée ces dernières années, notamment sous le coup d’un vent de ras-le-bol chez les nouvelles générations d’enseignants, et surtout après le suicide de Christine Renon, directrice d’école qui a mis fin à ses jours sur son lieu de travail et en laissant une lettre accablante sur les manquements de l’institution scolaire.

De fait, Blanquer ne peut plus ignorer la crise que connaît l’institution scolaire. Mais sa réponse se fait, comme toujours, pour répondre à son propre agenda politique et en ne mettant jamais la question des moyens sur la table ou du rôle joué par la casse progressive de l’école et des services publics et sociaux. Sous prétexte de protéger les personnels, le carré régalien vient traduire sur le terrain le « plan laïcité » que Jean-Michel Blanquer a appelé de ses vœux sous l’influence de Jean-Pierre Obin, auteur de l’ouvrage, Comment on a laissé l’islamisme pénétrer dans l’école. La dimension clairement islamophobe et stigmatisante de ce plan, comme en témoigne la campagne "C’est ça la laïcité" lancée à la rentrée scolaire ne dupe personne comme le rappelle Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, principal syndicat enseignant : « On estime qu’il y a une forme d’instrumentalisation de la laïcité par Jean-Michel Blanquer ». Elle dénonce un «  plan de formatage » piloté par le gouvernement derrière la formation de 1000 référents laïcité chargé de former les enseignants dans les diverses académies.

Le ministre de l’Éducation nationale, désormais à la tête de son Think tank le « Laboratoire de la République », entend prôner des valeurs telles que « l’humanisme et l’universalisme » pour défendre la République. Mais une fois traduite sur le terrain, ces grandes idées en reviennent comme toujours aux mêmes recettes sécuritaires que le gouvernement utilise pour discipliner l’école. Ainsi, Blanquer se félicite dans Nice Matin que « chaque recteur de France a auprès de lui des équipes prêtes à intervenir en appui des établissements, en prévention comme en réaction […] avec des équipes mobiles en lien avec la police et la justice ». Chaque rectorat possède désormais des équipes « Valeurs de la République » qui sont en lien au niveau national avec Philip Alloncle, un préfet longtemps en charge des polices municipales et de la sécurité privée au ministère de l’Intérieur. A rebours de toute mesure éducative, le ministre fait ainsi rentrer encore un peu plus la police dans les écoles.

Le renforcement des liens entre l’institution scolaire et les organes de répression d’État vise à instaurer l’idée d’une école en guerre, dernier rempart face à la barbarie d’un ennemis intérieur et qu’il faut à tout prix défendre contre les séparatismes, l’islamo-gauchisme et le wokisme. C’est le mythe du Front Républicain contre tous les éléments hostiles à la République que Blanquer cherche à traduire dans les faits, alors même que sa politique a conduit à fragiliser comme jamais auparavant le service public d’éducation.

Les violences qui touchent l’école ne sont que le reflet des violences qui touchent la société dans son ensemble. La précarisation croissante se répercute au sein de l’école, et la politique menée par le gouvernement dont Blanquer est l’un des plus fervents défenseurs n’ont fait que renforcer les difficultés économiques et sociales des classes populaires, auxquelles on demande de payer la facture des crises sanitaires et économiques. Pour rappel, tandis que des produits de première nécessité, comme le pain, le papier toilette, ou encore le carburant, voient aujourd’hui leur prix augmenter et mettent encore plus en difficulté les plus pauvres, les entreprises du CAC40 ont effectué des bénéfices record en 2021. Or, ce sont ces inégalités et la misère et l’isolement dans lesquels elles plongent certains de nos élèves, qui sont la cause première de la violence qui s’exprime à l’école. En cassant la santé, l’assurance chômage, l’école et tout ce qui peut être considéré comme un service public, le gouvernement encourage des violences qu’il n’a de cesse de réprimer ensuite.

Dans l’Education nationale, le projet de recours accrus aux techniques de management que la loi Rilhac ou encore les annonces de Macron à Marseille, le gel du point d’indice, le recours accru aux contractuels, la précarité des AESH, les suppressions de postes à tout niveau sont autant de facteurs qui encouragent la violence dans l’école. Plutôt que des équipes « Valeurs de la République » en lien avec la police ou des « carrés régaliens » qui viennent renforcer l’arsenal sécuritaire du gouvernement, c’est la rupture avec la politique de Blanquer qu’il faut revendiquer, l’embauche massive de personnels enseignants, éducatifs et de santé dans les écoles, ainsi que la réduction des effectifs dans les classes.




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