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Politique

Casse de l'hôpital public

Casse de l’hôpital et urgences pédiatriques : des enfants non pris en charge faute de soignants

L'épidémie de bronchiolite, particulièrement aiguë cette année, met sous pression les urgences pédiatriques d'un hôpital public déjà exsangue de la crise du Covid. Le Collectif Inter Hôpitaux dénonce les tri de patients auxquels sont contraints les soignants après des années de destruction de l'hôpital public.

lundi 1er novembre

Crédits photo : AFP

Ce 28 octobre, le Collectif Inter Hôpitaux alertait lors d’une conférence de presse sur la situation critique des urgences pédiatriques, confrontées à une épidémie particulièrement virulente de bronchiolite cette année, et dénonçait au-delà la « grande difficulté » de l’ensemble des services de pédiatrie des hôpitaux, « des urgences aux services les plus spécialisés ».

L’épidémie de bronchiolite met sous tension les urgences pédiatriques

« La première épidémie hivernale (la bronchiolite) dépasse dès à présent nos capacités de prise en charge. Pourtant nous ne sommes qu’au début de l’épidémie et le nombre de cas est encore loin en-deçà des pics des années précédentes », relatait la Dr. Véronique Hentgen, Pédiatre dans le service de pédiatrie générale du CH de Versailles. Le pic de bronchiolite est en effet estimé pour la fin-novembre, début décembre, confirme le professeur Romain Basmaci, secrétaire général de la Société Française de Pédiatrie, auprès du Huffingtonpost. Il s’agit d’une hausse de 20 à 30% de fréquentation des urgences par rapport aux hivers précédant le Covid que le professeur attribue en partie à la faible immunité des enfants, moins infectés par la bronchiolite durant l’épidémie de Covid 19, du fait des gestes barrières.

Cette hausse de fréquentation met sous pression des urgences et des services pédiatriques déjà sous tension. Le Collectif Inter Hôpitaux dénonce en ce sens un hôpital « dépassé », contraint à trier les patients :

« Aux urgences, nous trions les malades en fonction de leur gravité et nous sommes obligés de revoir nos exigences de surveillance à la baisse. Mais ce n’est pas la seule situation de tri dans notre service. Lorsque nous demandons à notre collègue ORL de différer une chirurgie pour une infection ganglionnaire, c’est du tri. Lorsque notre collègue neuropédiatre ne peut pas hospitaliser un enfant en proie à des crises d’épilepsie à répétition pour un électroencéphalogramme des 24 heures ‒ examen pourtant nécessaire pour adapter le traitement ‒, c’est à nouveau du tri. Lorsque nous disons à des parents que, malgré la déscolarisation complète de leur enfant depuis le mois de septembre en raison de douleurs articulaires, nous ne pouvons pas l’hospitaliser pour poser un diagnostic, c’est encore du tri. Lorsque notre collègue diabétologue ne peut plus poser de pompes à insuline car il n’y a plus de place d’hospitalisation, c’est toujours du tri. Toutes ces situations de tri ont des conséquences pour nos patients à court, moyen et long terme. Nous le savons, mais nous sommes impuissants. »

Une dénonciation démentie par le gouvernement, en la personne de Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée à l’Autonomie devant le Sénat qui a assuré qu’il « n’y a pas de tri, notamment dans les urgences », sans réagir aux exemples concrets donnés par les praticiens. Pour autant, Olivier Véran a évoqué « la possibilité, si besoin, de déclencher des plans blancs et de faire preuve de solidarité territoriale pour pouvoir libérer des places dans les services de pédiatrie générale ou d’urgences pédiatriques ».

Une situation de crise causée par la casse de l’hôpital public

Cette situation critique est la conséquence du manque de personnels et de l’insuffisance des moyens alloués à l’hôpital public qui ont conduit à des fermetures de lits successives. Début octobre, le rapport du conseil scientifique attestait ainsi de la fermeture de 20% des lits d’hôpitaux du fait du manque de soignants. De même, ce sont 27 000 lits qui ont été depuis 2013 dont 5800 en 2020, en plein milieu de la crise du Covid.

« A l’instar de la grave crise que traverse l’hôpital public, les services de pédiatrie font face à la fermeture de lits ou à l’impossibilité d’ouvrir leurs lits saisonniers par manque de puéricultrices et d’infirmières, d’auxiliaires puéricultrice et de pédiatres », rapporte ainsi le Collectif Inter Hôpitaux. A titre d’exemple 10 des 24 lits du service d’hépatologie pédiatrique du Centre Hospitalier Universitaire Bicêtre (APHP) ont été fermés faute de personnel, tout comme 4 des 32 lits du Centre Hospitalier de Versailles, ou encore jusque 23 lits de l’hôpital Necker.

Si le gouvernement s’est livré de manière scandaleuse à une culpabilisation des soignants, c’est bien la casse de l’hôpital public à laquelle il a plus que contribuer qui explique cette situation. Le manque de personnels en effet est surtout lié à un épuisement des soignants chez qui se multiplient les burn-out et le ras-le-bol face à des conditions de travail catastrophiques, encore aggravées par le manque de personnels, et des salaires très bas. Cette pénurie est particulièrement marquée dans les métiers les plus précaires de l’hôpital, comme les infirmiers.

« Nous rentrons dans les urgences avec la boule au ventre car nous ne savons pas si nous sommes en nombre suffisant. Nous regardons les plannings pour savoir s’il y a du renfort et parfois non. […] Le stress et l’angoisse montent car nous voulons prendre en charge aux mieux nos jeunes patients. », témoignaient Laurent Rubinstein et Yann Simon, infirmiers.

Les conséquences désastreuses de la casse de l’hôpital public, particulièrement mises à nu avec la crise du Covid, continuent ainsi de s’alourdir. Les vagues de colère à l’hôpital ces dernières années se sont succédées à mesure de la dégradation des conditions de travail, et reprennent de la force depuis un mois. En lien avec la lutte des soignants, il est nécessaire d’exiger un plan d’investissement massif dans la santé, qui passe par des recrutements et une revalorisation salariale, mais aussi un contrôle par les soignants sur le terrain.




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