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Jeunesse

Vidal sur BFMTV

Casse de la recherche, expulsion des CROUS, étudiants réquisitionnés... Aucune réponse de la ministre à la crise de l’université

Invitée de BFMTV ce lundi matin, Frédérique Vidal a répondu à des questions d’étudiants et de journalistes. Aucune réponse précise concernant les préoccupations grandissantes de la jeunesse scolarisée, qu’il s’agisse de la précarité ou des modalités d’examen.

mercredi 25 mars

Crédits photo : BFMTV

Questionnée par des étudiants et les journalistes de BFMTV ce lundi, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche semble bien en peine de répondre aux questions de plus en plus pressantes posées par la pandémie et la fermeture des universités.

« Nous revoyons les modalités de contrôle de connaissances » pour que les étudiants ne soient pénalisés ni par l’absence de stage ni par le fait que « tous les enseignements sont prodigués à distance ». Une déclaration d’intention louable, mais qui ne dit rien des mesures concrètes envisagées pour faire face à cette situation inédite.

Le virus est venu agir comme un révélateur, mettant en lumière des inégalités grandissantes au sein des universités et les conséquences dramatiques de la casse de l’enseignement supérieur et de la recherche opérée méthodiquement par les gouvernements successifs.

La priorité pour le ministère semble avant tout d’assurer la « continuité pédagogique » et l’effectuation des stages dans la mesure du possible. En témoignent les étudiants en alternance qui se sont vu notifier leur obligation de présence en entreprise à la place des cycles scolaires annulés tout en devant fournir un important travail universitaire :

« En plus de l’atmosphère générale stressante liée à la situation sanitaire critique, la pression nous ronge tous, dénonce Julie, étudiante en alternance. Nous devons continuer à travailler, travailler à la place d’étudier, et… étudier à la place de… dormir ? Je me demande encore comment je vais m’en sortir. »

La ministre s’est exprimée sans se préoccuper des conditions d’étude et de travail particulièrement dégradées qu’implique la situation : les enseignants obligés d’adapter leurs cours pour les mettre en ligne, les étudiants qui n’ont pas accès à internet, qui doivent s’occuper de leurs enfants, de leurs familles, qui se retrouvent confinés dans les taudis du CROUS ou même expulsés des résidences universitaires.

De plus, si le gouvernement et le CROUS envisagent de maintenir les bourses étudiantes au cours de l’été dans le cas où les cours seraient prolongés après juin, cette option implique que les enseignants déjà sollicités pour dispenser leurs cours en ligne devraient travailler de nombreuses heures supplémentaires et que les étudiants, habitués à des travaux saisonniers pour subvenir à leurs besoins le reste de l’année auraient simplement le choix entre travailler pour vivre ou poursuivre leurs études.

Enfin, aucun engagement n’a été pris vis-à-vis des milliers de travailleurs précaires des universités qu’il s’agisse du personnel administratif et des étudiants en contrats précaires, ou des vacataires et chargés de cours. Car pour de nombreux travailleurs de l’université, la situation implique pour le moment une absence totale de salaire. C’est ce que nous expliquait Gabrielle, étudiante travaillant au CROUS, qui s’est retrouvée sans revenus du jour au lendemain.

Pour sa part, Frédérique Vidal a tenté de rassurer sur les conditions de travail dans les laboratoires qui effectuent des recherches sur le coronavirus, en insistant sur les tenues de protection dont disposent les chercheurs, mais pas un mot sur les coupes budgétaires et l’assujettissement de la recherche aux intérêts du patronat.

« Nous ne nous laisserons pas abuser par un discours qui glorifie en façade la « mobilisation générale de la recherche » et la « solidarité », mais ne débloque de l’argent public que pour rassurer les grandes entreprises dénonce la coordination des facs et labos en lutte dans un communiqué rétablissement durable du système public de santé et de recherche. Travailleur·ses et étudiant·es refusent de payer la crise sanitaire, économique, sociale. »

Rien n’est dit non plus sur la situation dramatique des étudiants en soins infirmiers, réquisitionnés dans le cadre de leurs stages en établissements hospitaliers et payés 1,08€ de l’heure pour sauver des vies.

Face à ces paroles creuses qui ne répondent en rien à la situation de précarité grandissante dans laquelle sont plongés des dizaines de milliers d’enseignants, de chercheurs, d’étudiants et de travailleurs administratifs, il est urgent de revendiquer des mesures répondant à nos besoins essentiels.

Face à la précarité des étudiants expulsés des résidences du CROUS, privés de leurs revenus, il faut réquisitionner les logements vides et instaurer une allocation à hauteur du SMIC pour l’ensemble de la population sans emploi ou qui vivait déjà sous le seuil de pauvreté, pour les sans-abris et les mal-logés. Dans la situation, il est également urgent que l’ensemble des travailleurs précaires des universités soient embauchés en CDI, pour être assurés de garder leur emploi.

Les lois LRU, ORE doivent être abrogées et la LPPR doit être abandonnée. Au lieu de détruire l’ESR, des investissements massifs doivent être faits dans la recherche fondamentale, qui a été délaissée au détriment de notre santé et de nos vies. Les modalités d’enseignement et d’examen doivent être intégralement repensées pour ne pénaliser aucun étudiant, qu’il s’agisse de ceux qui n’ont pas accès à internet, qui s’occupent de leurs enfants, ou qui travaillent l’été pour financer leurs études.

Les stages en entreprise dans les secteurs non-essentiels doivent être annulés sans pénalité pour les étudiants et les étudiants réquisitionnés pour travailler dans la santé doivent bénéficier des meilleures conditions de travail et de protection face au virus, et être rémunérés au-delà du SMIC.




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