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Monde

Le populisme : ennemi des Gilets Jaunes

Casse du code du travail et de la protection sociale : le "modèle Orban" de Marine Le Pen

Une « alternative », selon Thierry Mariani, nouveau venu du RN. Vraiment ? Car à bien y regarder, le modèle de la Hongrie, vanté par le RN, ressemble à s'y méprendre à celui qu'il prétend dénoncer, à savoir : casse du code du travail et de la protection sociale – le tout soutenu par une bonne dose de racisme.

lundi 21 janvier

L’abandon de la sortie de l’euro par Marine le Pen répond à un objectif clair : braconner sur le terrain de la droite en vue des européennes. Ainsi, désormais, les populistes européens Salvini et Orban sont érigés en modèle par le RN. Récemment, Thierry Mariani, ancien ministre néolibéral de Sarkozy, fraichement débarqué de LR, explicite l’objectif que se fixe le Rassemblement National : changer l’Europe de l’intérieur. « Désormais, on reste dans l’Europe mais on la change de l’intérieur. On garde l’euro mais on tente de changer sa gouvernance. Et ça, ça me convient ! (...) Pour la première fois, l’élection européenne a un véritable enjeu (...) avec Matteo Salvini ou Viktor Orban, une alternative se met en place. » explique-t-il.

Une « alternative », vraiment ? Car à bien y regarder, qu’il s’agisse de Salvini ou Orban, le modèle vanté par le RN ressemble à s’y méprendre à celui qu’il dénonce, à savoir : casse du code du travail et de la protection sociale – le tout soutenu par une bonne dose de racisme. En effet,Victor Orban, le premier ministre hongrois, use d’une même rhétorique « national-populiste ». Erigeant les étrangers en ennemis du « peuple », sa politique néolibérale sert en réalité mieux que tout autre les intérêts des industriels allemands. Les lois récentes, dites « lois esclavagistes », ont cependant fait face, pour la première fois, à une mobilisation massive du monde du travail et de la jeunesse.

En Hongrie : une loi pour que les patrons ne paient pas jusqu’à 400 heures supplémentaires

Derrière sa pseudo-rhétorique « illibérale », on décèle le visage peu reluisant et banal d’un capitalisme nationaliste qui dépend en réalité massivement des capitaux étrangers et des subventions européennes.

Prompt à mobiliser une rhétorique raciste pour détourner des problèmes réels, Orban reste en effet étrangement silencieux lorsqu’il s’agit d’évoquer les intérêts industriels étrangers – mieux, il les accueille à bras ouverts. Invité à prendre la parole au lancement d’une nouvelle ligne de production Audi, Orban trahissait la vérité du régime capitaliste qu’il défend malgré ses subterfuges « illibéraux » en déclarant :« La Hongrie aujourd’hui est inconcevable sans la présence d’Audi. » Les intérêts capitalistes étant toujours bien compris, et bien rendus, le PDG d’Audi devait déclarer à son tour :« Nous nous sentons comme chez nous dans votre pays. »

Dans la lignée de ces petits copinages entre amis, Orban a récemment fait face à des contestations massives dans la rue après avoir passé la « loi esclavagiste », une loi clairement écrite pour attirer les industriels allemands, qui relève la limite maximale d’heures supplémentaires que les travailleurs peuvent réaliser par an à 400 heures – celles-ci pouvant être payées jusqu’à 36 mois plus tard. Cela peut aussi être vu comme un geste pour anticiper les crises et se ranger du côté des entreprises en les rendant plus résistantes en cas de troubles économiques.

Quant à l’autre loi qui a déclenché les manifestations, elle concerne la création de dites ‘Cours administratives’, qui pourraient donner aux juges nommés par le FIDESZ [le parti de Viktor Orban] le dernier mot sur toute une série de questions concernant les dépenses publiques et la transparence. Cette loi est effectivement destinée à protéger les intérêts centraux du FIDESZ : il s’agit en réalité d’un clou supplémentaire sur le cercueil de l’Etat de droit et de la démocratie libérale. Attirer les industriels allemands – tant dénoncés, là encore, par RN ! – et réprimer la contestation, un joli modèle.

En effet, les subventions aux IDE – investissements directs étrangers – dans les industries qui produisent pour l’exportation revêtent une importance capitale pour Orban. Si dans le domaine de la communication politique Orban a déployé un discours ultra-raciste, ciblant les juifs et les migrants, en réalité, l’intérêt des capitalistes hongrois implique de dérouler le tapis rouge aux capitaux étrangers et de flexibiliser le marché du travail sur place. Outre les dons à l’industrie tels que les crédits d’impôt et les subventions aux entreprises, la Chambre de commerce allemande a ainsi été invitée à participer à la rédaction de sections clés de la réforme de l’éducation. L’une des conséquences de l’ingérence politique démontrée par les journalistes d’investigation est que la Hongrie dispose du niveau d’imposition des sociétés le plus faible des États membres de l’Union européenne.

Ainsi, ces changements portés dans la "Loi esclavagiste" s’inscrivent dans cette la continuité de la flexibilisation et la dérégulation du marché du travail, notamment la réforme du code du travail de 2012 qui a marqué un véritable tournant dans la flexibilisation avec une réglementation plus décentralisée du temps de travail cumulé alloué a été introduite, afin d’aider les entreprises à s’adapter aux cycles économiques très agités. La réforme leur a permis de forcer les travailleurs à faire des heures supplémentaires lorsque la demande est élevée, mais de les mettre dans une situation d’inactivité non rémunérée ou sous-payée lorsque la demande est faible.

Dans cette situation, le programme de travaux publics de Fidesz, le parti d’Orban, est venu remplacer les allocations chômage par un cadre qui prévoyait des allocations de travail en échange de travaux publics obligatoires. En somme, un retour aux travaux forcés.

Au « modèle » du RN opposer notre modèle de classe

Tout cela laisse donc, de nouveau, présager de quoi l’arrivée au pouvoir d’un parti comme le RN pourrait être faite. Le vernis « anti-austérité » ne suffit pas, loin de là, à mener une politique qui soit véritablement opposée au projet des classes dominantes. Comme on le voit avec ceux deux exemple, qu’il s’agisse de flexibiliser toujours plus le marché du travail ou de détruire la Sécurité Sociale, le néolibéralisme poursuit sa route. En effet, comme le rappelle justement l’économie Stefano Palombarini : « Une fois de plus, il est essentiel de souligner que le cœur du néolibéralisme n’est pas l’austérité budgétaire, mais une relation salariale « flexible », la main libre au patronat dans les relations du travail, une protection sociale pliées aux règles marchandes. L’austérité a été utilisée, en France comme ailleurs, pour montrer le caractère prétendument inéluctable des réformes néolibérales, qui sont à l’origine de la diffusion de la précarité, de la pauvreté et des inégalités grandissantes : autant de dynamiques qui ne seraient pas arrêtées, loin de là, par le simple passage à une politique budgétaire plus expansive. »

Dans un cas comme dans l’autre, la sécurité sociale est démantelée – au profit d’une allocation soi-disant universelle qui signifie le retour aux travaux forcés – et d’une flexibilisation continue du marché du travail. Des politique anti-sociales, faites de précarité, et qui emploient le racisme comme instrument de division de notre classe, pour mieux étouffer les contradictions de leur propre base sociale.

Face à ce discours qui fait disparaître la lutte des classes derrière un soi-disant « peuple », les mobilisations, en Hongrie ou en Italie, mais aussi en France, ont montré la voie à suivre pour lutter contre le néolibéralisme sous toutes ses formes. En Hongrie, pour la première fois, étudiants et travailleurs s’organisent explicitement en solidarité les uns avec les autres contre le régime d’Orban. En France, évidemment, les Gilets Jaunes, mouvement de masse, a mis à l’arrêt l’agenda néolibéral de Macron pour en proposer un autre.Ainsi, à mille lieux de la grossière récupération électoraliste de Le Pen, seule une mobilisation de la jeunesse et du monde du travail sera capable de mettre fin à la successions de réformes néo-libérales dont les populistes – derrière leur posture contestataire - sont les applicateurs en dernier ressort.




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