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Casse sociale. Le PDG de Renault veut se débarrasser de la Fonderie de Bretagne

Le PDG de Renault a annoncé ce dimanche sur RTL que « la Fonderie de Bretagne n'a pas vocation à rester dans le groupe Renault », et menace ainsi l'avenir du site et de ses salariés qui avaient pourtant obtenu une première victoire contre les licenciements ce vendredi.

lundi 1er juin

Les salariés de la Fonderie de Bretagne mobilisés. Crédit photo : Vincent Michel

Une semaine de lutte à la Fonderie de Bretagne et une première victoire vendredi

Un soulagement. C’est le mot qui revenait sur toutes les bouches vendredi dernier à la Fonderie de Bretagne à Caudan près de Lorient. Et pour cause, le 19 mai, Le Canard Enchaîné révélait que le groupe Renault envisageait de fermer quatre usines en France, dont cette filiale qui emploie 385 salariés pour fabriquer en 3/8 des collecteurs de pot d’échappement, des boîtiers directionnels, des bras de suspension, ou des moyeux. Une catastrophe puisque dans le secteur automobile on compte environ trois emplois indirects pour chaque salarié en CDI. Depuis, le groupe Renault et la direction de la Fonderie de Bretagne étaient resté silencieux et avaient refusé de communiquer sur les informations qui ont fuité dans la presse, faisant ainsi monter la tension et l’incertitude chez les salariés comme l’explique Yannick, ouvrier depuis 26 ans sur ce site. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de bloquer la production et d’occuper l’usine depuis lundi.

Alors après une semaine de mobilisation, quand le délégué CGT, Maël Le Goff, a annoncé à la sortie du CSE extraordinaire à la sous-préfecture de Lorient « ni fermeture ni repreneur » et le maintien des emplois, c’est avec un tonnerre d’applaudissement que les manifestants l’ont accueilli.

En effet, pour les ouvriers de cette usine bretonne, la fermeture du site serait un coup fatal à l’aune de la crise économique post-confinement. Depuis le mois de mai 2019 la production était déjà à l’arrêt, suite à un incendie accidentel dans l’usine, et les salariés avaient dû rester au chômage partiel tandis que la centaine d’intérimaire qui travaille habituellement sur le site avait été licenciée. Les réparations coûteront 20 millions d’euros et à peine la reprise effectuée avec des machines toutes neuves en février, c’est la pandémie de coronavirus et le confinement qui ont empêché le redémarrage de la production. Après tout cela, les salariés ne savaient plus à quoi s’attendre si ce n’est à ce que le ciel leur tombe sur la tête. Et pourtant, quand la presse a annoncé la volonté de Renault de fermer la filiale, la réaction a été immédiate dans une usine où les ouvriers ont hérité d’une longue tradition de lutte, comme l’explique Jérôme, 18 ans d’ancienneté à la Fonderie de Bretagne, interrogé vendredi par Révolution Permanente.

La dernière grande mobilisation en date remonte à 2009, lorsqu’en pleine crise économique l’entreprise était menacée de liquidation et que les salariés s’étaient battus pendant six longs mois. Ils avaient obtenu gain de cause sur le maintien de l’activité et des emplois en obligeant Renault à racheter l’outil de production passé quelques années plus tôt à l’italien Zen alors en cessation de paiement. A l’époque, la Société Bretonne de Fonderie et de Mécanique (SBFM) rebaptisée Fonderie de Bretagne lors du rachat, employait plus de 650 salariés sur le site sans compter les intérimaires et les sous-traitants. Mais le non-remplacement des départs en retraite et l’augmentation des cadences qui va avec ont permis à la direction de diviser les effectifs pratiquement par deux. Malgré tout 2009 reste ancré dans toutes les têtes comme le souvenir d’une victoire, au côté de l’ancien syndicaliste Pierre Le Ménahès aujourd’hui à la retraite, qui avait fait mouche sur le plateau de Jean-Pierre Pernault face à Nicolas Sarkozy en 2010. Et c’est en se remémorant cette lutte victorieuse que les salariés de la Fonderie ont reçu la nouvelle vendredi du maintien de l’activité sur le site.

Reculer pour mieux sauter ? le PDG de Renault a annoncé dimanche vouloir se débarrasser de la Fonderie de Bretagne

Seulement c’est ce même vendredi que Renault annonçait un plan d’économie de 2 milliards d’euros avec 15.000 emplois supprimés dans le monde dont 4.600 dans l’hexagone. Le constructeur ouvre ainsi le bal des plans de licenciement post-confinement dans l’automobile en France, notamment avec la fermeture annoncée de l’usine de Choisy-le-Roi, et les restructurations à Maubeuge et Flins. Une décision d’autant plus scandaleuse que le groupe vient de bénéficier de 5 milliards d’euros de prêt garanti par l’État, et qu’il est loin de déposer le bilan avec 25 milliards d’euros de bénéfices réalisés en dix ans et 10 milliards de trésorerie.

Une somme qui n’a pourtant pas empêché le PDG Jean-Dominique Senard – ancien patron de Michelin et grand habitué des plans sociaux – de déclarer le même jour dans [Le Mondehttps://www.lemonde.fr/economie/article/2020/05/29/jean-dominique-senard-il-s-agit-de-la-survie-de-renault_6041152_3234.html] que « la survie de Renault » serait conditionnée aux fermeture d’usine, restructuration, et autres plans de licenciement. Dans la même interview, le patron de Renault déclarait au sujet de la Fonderie de Bretagne, que « son avenir n’est pas dans le groupe Renault », jetant un flou sur les annonces qui venaient d’être faites concernant le maintien de l’activité sur le site, avant de confirmer [ce dimanche sur RTL - https://www.rtl.fr/actu/politique/retraites-le-patron-de-renault-favorable-a-une-duree-de-travail-rallongee-7800564311] que « parmi les solutions envisagées [pour la Fonderie de Bretagne], la cession en fait clairement partie ». Or vendre cette usine signifie sa mort puisque 70% de sa production est destinée au groupe Renault.

En réalité Renault conserve donc la perspective de supprimer des emplois et fermer des usines, dans le sillage du plan d’économie annoncé dans la presse ce vendredi. Pour cela le groupe s’emploie donc d’abord à diviser les salariés des différents sites, à l’instar de ceux de Maubeuge et de Douai mis en concurrence pour savoir si le premier continuera à produire les véhicules Kangoo ou si l’activité sera transférée sur le second pour fermer le site et licencier une partie des salariés. Ensuite en continuant de menacer les salariés de licenciement, le constructeur maintient la pression et ouvre la voie à « des accords de compétitivité », terme barbare pour désigner les accords d’entreprise pour augmenter le temps de travail et réduire les salaires.

A ce sujet Jean-Dominique Senard, toujours [interrogé au micro de RTL ce dimanche - https://www.rtl.fr/actu/politique/retraites-le-patron-de-renault-favorable-a-une-duree-de-travail-rallongee-7800564311] , s’est dit favorable à l’allongement de la durée hebdomadaire du travail ainsi qu’à la suppression d’un jour férié par an. Un point commun avec le ministre de l’économie Bruno Le Maire, qui déclarait le 25 mai dernier ne pas s’opposer à la fermeture d’usine Renault et à la « nécessité » de supprimer des emplois. Relocalisation et maintien des emplois riment donc avec casse sociale pour le ministre et le grand patronat, pour qui la course à la « compétitivité » signifie baisser les salaires. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si entre 2005 et 2017, la production automobile a baissé de 40% en France et perdu 100.000 emplois selon [Les Echos - https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/lautomobile-a-delocalise-dans-les-pays-a-bas-couts-143049]. En délocalisant les usines à l’étranger, en Europe de l’Est, au Maghreb et en Asie, les constructeurs exploitent une main d’œuvre moins cher, et engrangent des milliards sur le dos de travailleurs sur-exploités pour pallier à la baisse de la demande qui touchait déjà le secteur depuis la crise de 2008.

Mais si le secteur automobile était déjà en difficulté, la pandémie de coronavirus et le confinement ont accentué la crise en France qui a vu le nombre d’immatriculation de voitures neuves s’effondrer au mois d’avril tant chez Renault (-83,8%) que chez PSA (-84,3%), tandis que le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles (CCFA) cité par [Le Figaro - https://www.lefigaro.fr/societes/automobile-bruno-le-maire-veut-des-relocalisations-en-echange-de-l-aide-de-l-etat-20200511] table sur une baisse de 20% des ventes en 2020, et seulement à condition de bénéficier d’un plan d’aide de la part de l’État. C’est pourquoi les patrons des grands groupes automobiles ont tout fait pour pousser à la reprise du travail le plus tôt possible y compris pendant le confinement, quitte à exposer les salariés au virus ou à utiliser des masques pour produire des voitures plutôt que pour en fournir aux soignants qui en manquaient cruellement dans les hôpitaux.

Et les promesses de nouveau marché pour relancer la production autour de la voiture électrique et d’une transition écologique à la sauce Total ne sont que des illusions pour masquer ce qui est pourtant clair : avec le plan d’économie, les menaces de fermeture d’usines, de restructuration et de licenciement, le patronat et le gouvernement veulent faire payer la crise aux travailleurs. De l’argent pourtant il y en a, comme le démontre les 100 milliards d’euros mis sur la table par le gouvernement pour sauver les grandes entreprises, ou [le salaire du futur PDG du groupe Renault - https://www.lepoint.fr/economie/salaire-le-nouveau-patron-de-renault-mieux-paye-que-ghosn-10-02-2020-2362027_28.php#], Lucas de Meo, qui sera rémunéré par un salaire annuel fixe de 1,3 millions d’euros auquel pourra s’ajouter des primes lui permettant de gagner plus de 6 millions par an, soit plus que Carlos Ghosn qui empochait déjà 4,7 millions annuel lorsqu’il dirigeait le groupe.

Les travailleurs à Caudan ou à Maubeuge ont donc raison de refuser de payer une crise dont ils ne sont pas responsables. Mais pour gagner face aux patrons et à un gouvernement déterminé à parvenir à leurs fins, l’unité et la coordination à la base sont nécessaires non seulement entre les salariés du même site parfois avec différents statuts, intérimaires et CDI, mais aussi des différentes usines et entreprises, contre les fermetures de site, les licenciements, et les accords de compétitivité pour précariser les travailleurs. A cette condition seulement il est possible d’imposer des mesures d’urgence face à la crise telles que l’interdiction des licenciements et l’ouverture des livres de comptes pour que les salariés aient accès au détail de la trésorerie de leur entreprise, ne soient pas victimes de l’enfumage du patronat, et puisse financer les pertes en prenant ce que les patrons ont accumulé pendant des années sur leur dos. Mais surtout, pour les grandes entreprises comme Renault qui se sont enrichies en profitant des aides publiques – le groupe avait profité de 8 milliards d’euros de la part de l’État en 2008 avant de délocaliser une partie de sa production – et qui veulent aujourd’hui fermer des usines et licencier, il s’agit d’imposer leur nationalisation sans rachat et sous contrôle des travailleurs. Car aujourd’hui laisser les manettes aux grands patrons pour décider quoi et comment produire, cela signifie subir les attaques contre le monde du travail et se soumettre au risque de catastrophe écologique et sanitaire comme celle que nous venons de connaître.




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