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Casse sociale et Greenwashing. Renault annonce la suppression de 2000 emplois supplémentaires

Jeudi dernier, le constructeur automobile Renault a annoncé la suppression de 2000 emplois supplémentaires en France dans le cadre de son plan de restructuration. Sous couvert de reconversion écologique, c'est une nouvelle attaque d'ampleur contre les travailleurs, qui s'ajoute aux 4600 suppressions de postes déjà annoncées en 2020.

mercredi 22 septembre

Crédit : AFP

C’est dans le cadre de la restructuration de ses activités d’ingénierie et de support et du "virage électrique" opéré Renault que le constructeur vient d’annoncer la suppression de 2000 emplois supplémentaires en France, en plus des 4600 suppressions de poste déjà annoncées en 2020. À l’occasion de l’ouverture des négociations avec les syndicats sur un « accord social triennal » pour 2022-2024, c’est sous couvert de la transition écologique que le constructeur automobile justifie ces énièmes licenciements.

Le nouveau directeur général Luca de Meo, successeur de Carlos Ghosn, a entrepris un changement de stratégie pour le groupe qu’il a détaillé le 14 janvier dernier. La logique générale de cette nouvelle stratégie est à la fois de réduire les coûts tout en visant à vendre sur les marchés les plus rémunérateurs, à l’inverse de la stratégie passée qui visait l’extension géographique des ventes et le gain de part de marché face à la concurrence.

Selon le groupe, ces pertes sont en partie liées à la réduction d’activité dûe aux mesures sanitaires mais aussi à des problématiques plus structurelles du groupe qui nécessite cette restructuration du groupe, cette « Renaulution » selon le nom du plan stratégique.

Le plan se découpe en trois temps, d’abord de 2021 à 2023 une baisse importante des coûts à hauteur de 3 milliards d’ici 2025. Une réduction notamment sur les aspects de recherche et développement dont l’investissement passera d’actuellement 10% du chiffre d’affaires à moins de 8% en 2025, ainsi que sur le coût de production à l’unité en réduisant de 600 euros les coûts variables sur chaque véhicule produit. L’objectif est ici de maximiser l’extraction de plus-value sur chaque voiture vendue, afin de rentabiliser chaque vente plutôt que de chercher à tout prix l’extension des parts de marché. Ces coupes budgétaires sont à n’en pas douter une réelle attaque contre les conditions de travail dans les unités de production du groupe.

Ensuite de 2023 à 2025 le lancement de nouveaux modèles, principalement électrique afin de maintenir une position favorable des ventes du groupe notamment Europe, avec la volonté de tout même conquérir, du moins maintenir, ses parts de marché sur ce « nouveau marché ».

Pour autant le plan stratégique proposé par la nouvelle direction semble faite sur mesure pour renouer avec la rentabilité et permettre de verser de gros dividendes. En ce sens la crise sanitaire a en quelque sorte constitué un point d’appui pour le groupe afin de s’avancer vers une restructuration, en profitant généreusement des 5 milliards de PGE financés par le contribuable et en s’avançant dans une destruction de l’emploi inédite de 15 000 postes dans le monde dont 4600 en France. Le groupe a annoncé qu’il n’y aurait pas de suppressions de postes supplémentaires à la suite de la publication des résultats : or ce jeudi s’ajoutent les 2000 nouvelles suppressions, mais aussi nombre d’emplois précaires qui servent de variables d’ajustement. En effet, sur 40 000 travailleurs ce seraient près de 10 000 intérimaires, dont le statut précaire ne nécessite pas de PSE pour les mettre à la porte. 

C’est ce que la direction du groupe a déjà entamé. Si elle déclare que les neuf nouveaux véhicules électriques produits en France conduiront selon la direction de Renault, au recrutement de 2500 salariés. Une démagogie qui s’inscrit dans les discours de greenwashing patronaux, justifiant ainsi la suppression de dizaines de milliers d’emplois pour produire des modèles moins polluants. Une volonté écolo ? Non, plutôt un tampon marketing vert et l’objectif de faire plus de profits, en faisant payer la facture aux travailleurs. Derrière cette rhétorique hypocrite, se pose pour le géant constructeur français la nécessité de répondre à l’équation de retrouver le retour des bénéfices affichés au 1er semestre 2021, en prenant le tournant du marché de l’automobile au vol avec le virage vers l’électrique. 

Si les négociations avec les syndicats doivent se conclure à la fin de l’année, il est essentiel d’exiger zéro licenciement, zéro suppression de poste, et aucune baisse de salaire : ce n’est pas aux travailleurs de payer la perte de bénéfices, et encore moins sous couvert de greenwashing. Si pour l’instant les déclarations des syndicats restent timorées, en applaudissant la proposition de création de 2500 postes, il faut préparer une riposte contre ce géant de l’automobile, qui n’en finit plus avec ses annonces d’attaques contre les salariés. A rebours d’une logique de dialogue social c’est par la grève et les méthodes de la lutte des classes que les travailleurs pourront mettre un stop au patronat de Renault.




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