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Politique

Castaner porte plainte contre une affiche d’Info’Com-CGT dénonçant les violences policières

Le syndicat Info’Com-CGT est visé par une plainte du ministre de l'Intérieur. En cause, une affiche dénonçant les violences policières contre des adolescents.

Crédits photos : Info’Com-CGT

Mantes-la-Jolie, décembre 2018. Des adolescents à genoux, en ligne, les mains derrière la tête, entourés par des policiers armés de matraques… Les images de l’interpellation, filmées par les policiers eux-mêmes et accompagnées de commentaires humiliants, avaient suscité un tollé. En tout, 151 jeunes âgés de 12 à 21 ans avaient été interpellés près du lycée Saint-Exupéry. Castaner avait quant à lui défendu l’attitude des policiers et évoqué une “procédure classique”.

Le syndicat Info’Com CGT avait produit une affiche en réaction, représentant un ours en peluche ensanglanté aux pieds d’un policier, accompagné du slogan “Touchez pas à nos enfants !”. Cette dénonciation des violences policières n’a pas plu à Christophe Castaner, qui a engagé une procédure judiciaire contre ce syndicat des salariés de l’information et de la communication pour « diffamation publique envers des fonctionnaires de police ».

Pourtant, la police a bien fait s’agenouiller ces jeunes, et a bien pris l’initiative de les filmer et de les humilier. Du reste, la violence des forces de police, qui blessent et mutilent des manifestants, n’est plus à prouver. Demandons plutôt aux 2000 blessés et 21 éborgnés depuis le début du mouvement s’ils et elles considèrent que cette affiche est diffamatoire… Le syndicat dénonce “la création de toutes pièces d’une affaire qui vise la liberté d’expression, s’agissant en particulier d’une action policière plus que controversée”.

L’attitude de Christophe Castaner est parlante. Deux jours après les interpellations de Mantes-la-Jolie, l’Union nationale lycéenne (UNL) ainsi qu’une vingtaine de familles des jeunes interpellés avaient déposé des plaintes, notamment pour « actes de torture et de barbarie » et « diffusion illégale » de vidéo de personnes entravées. Malgré ces graves accusations et une indignation internationale, deux mois après, aucune enquête judiciaire n’avait encore été lancée, et le ministre affichait toujours son soutien infaillible aux forces de l’ordre. Arié Alimi, avocat des parties civiles, avait dénoncé “le mépris patent du parquet envers les mineurs victimes, ainsi qu’à l’égard des associations qui se sont constituées parties civiles”.

Mais le “premier flic de France” est un habitué du mépris ; lui qui avait déclaré le mois dernier « Quand je vois des banderoles "Castaner assassin", ça me fait mal »… Décidément, les affiches et les slogans semblent l’émouvoir plus que les jeunes violentés, les mains arrachées ou les yeux crevés. Rappelons que les violences policières en France sont dénoncées le Défenseur des droits, le Conseil de l’Europe, et dernièrement, par l’ONU, qui a récemment demandé à Macron une “enquête approfondie” sur “l’usage excessif de la force” sur les manifestants.

Dans son communiqué, Info’Com-CGT écrit : “Nous estimons, en tout exercice de la liberté d’expression, que la doctrine de répression appliquée aux manifestants vise à détruire la liberté de manifester. Amnesty International, entre autres, opte pour la même analyse. Mais pour le gouvernement toute opposition doit être éradiquée. Dans cette spirale enclenchée par le pouvoir, nous voyons fondre les droits démocratiques des syndicalistes, des manifestants, des résistants.” Le syndicat a lancé une pétition en ligne pour le retrait de la plainte, intitulée “Touchez pas à la liberté d’expression !”, et appelle à un rassemblement de soutien le 18 mars devant le nouveau Palais de justice de Paris.




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